Francis Bacon, Trois études de Lucian Freud, 1969
Huile sur toile • 198 x 147,5 cm • Coll. particulière • © The Estate of Francis Bacon / All rights reserved / Adagp, Paris and DACS, London 2025. © Christie's Images / Bridgeman Images
C’est une œuvre majeure de l’art contemporain qui est partie en fumée. L’édition papier d’Il Giornale dell’Arte de février vient de confirmer une rumeur qui courait depuis un certain temps : un précieux triptyque du peintre britannique Francis Bacon (1909–1992), Trois études de Lucian Freud (1969), d’une valeur de 142 millions de dollars, a été entièrement détruit au domicile de l’acteur Anthony Hopkins dans les violents incendies de janvier qui ont ravagé la ville californienne de Los Angeles.
Très représentative du travail de Francis Bacon, qui affectionnait les triptyques et les portraits torturés, l’œuvre représentait trois fois sur fond jaune le peintre britannique Lucian Freud (1922–2011), petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse Sigmund Freud. Après l’avoir rencontré en 1945 par l’intermédiaire de leur confrère Graham Sutherland – auteur d’un portrait controversé de Churchill –, Bacon l’a peint à de multiples reprises à partir de 1951.
Anthony Hopkins dans « Freud’s Last session », 2023
© LILO / SIPA
Le triptyque appartenait à l’acteur Anthony Hopkins (né en 1937), connu notamment pour son rôle de tueur en série Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux (1991) au côté de Jodie Foster. Présenté dans de nombreuses rétrospectives internationales, il avait un temps été dispersé, pour être finalement reconstitué par le collectionneur romain Francesco Simone Niquesa. Il avait ensuite été acheté en 2013 chez Christie’s par la collectionneuse Elaine Farrell Wynn pour la somme astronomique de 142,4 millions de dollars, devenant à l’époque le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères.
On ne sait pas quand ni comment Anthony Hopkins, qui ne s’est pas exprimé directement à ce sujet, en est devenu propriétaire. Le comédien l’avait en tous cas installé dans sa maison de Los Angeles, acquise six millions de dollars en 2021 dans le quartier de Pacific Palisades, zone très prisée des stars, dont la quasi-totalité est partie en fumée durant le mois de janvier dernier.
Dans cette maison désormais réduite à un tas de cendres se trouvaient également d’autres trésors : de nombreuses œuvres d’art, mais aussi des manuscrits précieux (dont un original de Macbeth de Shakespeare datant du XVIIe siècle, signé par le dramaturge), un piano Steinway & Sons, des grands crus Romanée-Conti, ainsi que le fameux masque d’Hannibal Lecter porté sur le tournage du film.
Si les musées Getty s’en sont sortis sains et saufs grâce à un bon système de prévention anti-incendies, de très nombreuses œuvres d’art détenues par des particuliers ont été détruites par ces feux. Parmi elles, un grand nombre d’Andy Warhol, très apprécié dans la Cité des anges, ou encore la collection de Ron Rivlin rassemblant 200 œuvres d’artistes comme Damien Hirst et Keith Haring. A également disparu une grande toile du peintre français Guillaume Bresson, possédée par le collectionneur Lionel Sauvage, qui a néanmoins réussi à sauver in extremis sa collection de 150 pièces de Watteau, dont certaines seront présentées à partir de mars au château de Chantilly.
« Alors que nous tentons de nous remettre de ces feux dévastateurs, il est important de se rappeler que la seule chose qu’on emporte avec soi, c’est l’amour qu’on donne », a écrit avec philosophie Anthony Hopkins sur ses réseaux sociaux. Ces incendies, qui ont perduré durant trois semaines, ont fait au moins 29 morts, chassé plus de 100 000 personnes de leurs domiciles et détruit 12 % de la surface de Los Angeles, soit 16 000 hectares et des milliers de logements, dont des maisons d’architecte témoignant de l’âge d’or d’Hollywood.
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