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Guillaume Bresson dans son atelier new-yorkais, le 23 décembre 2024
© Jean-Yves Lemoigne pour Beaux Arts Magazine.
Cela n’a pas toujours été une partie de plaisir et il lui a fallu suivre un chemin tortueux avant d’en arriver là, dans cet atelier new-yorkais où ont été peintes les toiles qu’il présente cet hiver au château de Versailles. Comment franchir le Rubicon pour rejoindre la Grosse Pomme, qui reste la ville de tous les fantasmes et de toutes les désillusions ?
C’est en 2016, à la faveur d’une proposition de résidence à Brooklyn, gérée par une structure associative américaine, que Guillaume Bresson a sauté le pas. Mais c’est aussi parce que, malgré le succès de ses toiles pugnaces et baroques mettant en scène des bagarres entre jeunes dans des parkings souterrains, il ne trouvait pas tout à fait son compte dans la manière dont elles étaient reçues. « Les gens se sont enflammés contre moi, raconte-t-il. Ma peinture figurative à la facture classique a été taxée de réactionnaire. »
Guillaume Bresson a-t-il fait les frais du désamour qu’une large partie de la critique et des institutions françaises a longtemps manifesté – le changement est très récent – envers la peinture figurative ? Probablement.
Il est peut-être arrivé trop tôt… Quand il entame ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts, quai Malaquais, à Paris, débarquant de sa Toulouse natale où il a fait ses armes en graffant les murs et en dansant au son du hip-hop, le jeune homme ne trouve pas sa place dans les ateliers, « à part celui de François Boisrond, membre de la Figuration libre. Mon travail ne devait pas être en accord avec la pensée des autres, soupire-t-il. Je n’ai jamais vraiment réussi à m’intégrer. » En 2007, diplôme en poche, il part pour Berlin, capitale encore bon marché et aux ateliers vastes, dans un pays où la peinture, quelle qu’elle soit, n’a jamais connu de baisse d’intérêt.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2008
C’est par ses scènes de bagarre dans un parking souterrain, chargées d’électricité et de détresse sociale, que l’artiste s’est fait remarquer à la fin des années 2000.
Huile sur toile • 170 x 300 cm • © Bertrand Huet / tutti image / Courtesy Guillaume Bresson et Galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles.
« Je ne peins jamais que deux tableaux en même temps, je n’ai donc pas besoin de beaucoup d’espace. »
Il y reste deux ans avant de rentrer à Paris pour recevoir le prix Sciences Po pour l’art contemporain, participer à l’exposition des jeunes espoirs de l’art contemporain en France (« Dynasty » au Palais de Tokyo) et vernir son premier solo show chez Nathalie Obadia, qui est toujours sa galeriste. Fâché avec la critique, il quitte à nouveau Paris, direction Toulouse et la maison de ses parents. Bresson cherche à se renouveler et à abandonner ce motif du parking qui lui colle à la peau. Sa manière est un peu laborieuse, confesse-t-il, lui qui travaille au rythme d’« un tableau tous les six mois ou de trois en un an ».
Quand il arrive à New York, tout est différent. La pression économique, l’effervescence… tout cela le contraint à se défaire « d’une posture par trop romantique », celle de l’artiste sinon maudit, du moins rêveur, guettant l’inspiration. Car s’il jouit d’un atelier à Brooklyn, il n’y est ni logé, ni nourri, ni blanchi. « Il fallait que je loue un appartement et même que je paie des intermédiaires pour participer à des meetings avec les professionnels du milieu de l’art. Je me suis mis sur la paille pendant quatre ou cinq ans. Sans compter que je ne parlais même pas anglais. »
Peu importe. Guillaume Bresson s’y sent bien et entreprend des démarches pour y rester une fois sa résidence terminée. Il obtient le visa d’artiste (d’une durée de trois ans) en sollicitant l’appui de personnalités des musées français et commence à constituer un dossier pour obtenir une carte verte de résident.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2020–2022
Ce tableau, où les personnages fuient en toute hâte on ne sait quelle menace, s’inscrit dans un décor urbain américain, de ceux dont l’artiste est désormais familier depuis son installation outre-Atlantique.
Huile sur toile • 150 × 339 cm • © Bertrand Huet / tutti image / Courtesy Guillaume Bresson et Galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles
C’est l’un de ses pairs, Thomas Fougeirol, qui facilite son adaptation à la vie trépidante de New York. « Il m’a loué un bout de son grand atelier, où il a coutume d’accueillir des artistes de passage, m’a montré les magasins où acheter du matériel pas trop cher et m’a présenté à un couple d’amis portoricains qui proposait une colocation à Bushwick. »
En 2019, c’est dans ce même quartier gentrifié qu’il finit par avoir son propre studio, quitté l’an dernier pour un logement plus petit dans un immeuble où travaillent d’autres artistes, des designers ou des photographes, à Greenpoint, au nord de Williamsburg. « Je ne peins jamais que deux tableaux en même temps, je n’ai donc pas besoin de beaucoup d’espace », explique-t-il. Ni de voir beaucoup de monde : Bresson aime se tenir un peu à l’écart de la faune artistique contemporaine, « un peu à l’abri des choses trop récentes ».
Mais au cours de ces années new-yorkaises, il a appris à organiser sa pratique. « Si les premiers mois j’ai continué sur mon pauvre rythme, en bossant trop peu, j’ai fini par trouver des solutions pour diviser le travail en étapes successives. Par exemple en préparant les couleurs à l’avance comme les peintres à fresque, de manière à adopter une cadence plus fluide et plus rapide. » Il utilise Photoshop pour dresser ses compositions. Et cesse désormais de « dramatiser le travail de peinture ». Guillaume Bresson a pris confiance et se détend. Aux États-Unis, il observe également l’art américain du XXe siècle, le minimalisme surtout.
Avant de peindre, l’artiste prépare ses compositions en agençant de petites figurines articulées sur un bout de table et en leur faisant prendre la pose, tout en s’appuyant sur des portraits photographiques de modèles réels.
© Jean-Yves Lemoigne pour Beaux Arts Magazine.
« Les tableaux de Robert Ryman, Blinky Palermo, Kenneth Noland ou Ellsworth Kelly, qui sont montrés ici, au MoMA ou à la Dia:Beacon, dans des salles immenses, ont pesé sur mon rapport au support. Même si ça ne se voit pas, j’essaie d’entretenir avec la toile une plus grande proximité, en soignant les apprêts et en étant plus sensible à la matière. » Il s’est même risqué, lui l’indécrottable peintre des corps puissants pleins de fougue et d’emportement, à des compositions abstraites. Dont il confesse que, de son point de vue, « elles ne marchent pas encore ».
« À partir de ce répertoire d’images stocké dans mon ordinateur, je réagence, sur toile, les personnages, rectifie leur posture ou leur expression. »
À ce stade, l’influence de sa migration vers l’Ouest semble donc salutaire. Même s’il reste attaché à une relative « lenteur de production », il est devenu plus productif et ne rougit plus de sa cadence de réalisation : « un grand format par an, plus six à dix moyens ou petits formats ». Il a les idées claires sur son processus : « J’organise des séances de pose avec des modèles, qui peuvent être des amis ou des inconnus, croisés dans des workshops ou même dans l’Ehpad de ma grand-mère en Picardie. Je dirige les séances mais j’embauche un photographe. À partir de ce répertoire d’images stocké dans mon ordinateur, je réagence, sur toile, les personnages, rectifie leur posture ou leur expression. »
Guillaume Bresson, Sans titre, 2023
Ces corps entremêlés et emportés par leur chute sur un décor aussi nu que funeste prennent, à force de contorsions, une dimension baroque.
Huile sur toile, diam • 64,5 cm • © Bertrand Huet / tutti image / Courtesy Guillaume Bresson et Galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles
Les peintures de Guillaume Bresson se nourrissent donc du vivant, du contact (des sujets entre eux et d’eux avec le peintre). C’est une peinture qui ambitionne de transposer sur la toile, patiemment, dans l’isolement de l’atelier, l’énergie du live. En ce moment, il travaille à une série sur les danseurs du métro new-yorkais qui chorégraphient, dans les rames au milieu des passagers, des acrobaties époustouflantes. Sa compagne, Rafaela Lopez, a déjà réalisé un film sur ces prodiges. Bresson n’est plus si seul à New York.
Quand il le fut, comme chacun, au moment des confinements dus à la pandémie de Covid-19, ne pouvant plus solliciter aucun modèle, il avait fait appel à son père pour prendre la pose. Sur des fonds très sombres, très noirs, il en a fait la matrice de corps qui, tête en bas, bras serrés sur la poitrine, tombent sans rien à quoi se raccrocher.
La série a été exposée en partie à la galerie Nathalie Obadia en 2023 et sera montrée à Versailles. Sa veine baroque l’y prédisposait. Bresson s’est également retrouvé à candidater à un appel d’offres pour fournir une tapisserie contemporaine à Notre-Dame. Sans succès, mais les deux études seront montrées à sa galerie parisienne. En revanche, commande lui a été dûment passée par un autre lieu de culte catholique, l’église Saint-Eustache, pour qu’il y dresse un pendant à l’Apothéose du saint tutélaire, peinte par Simon Vouet au XVIIe siècle.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2023
Le pinceau, classique, de Guillaume Bresson peint ici un corps athlétique et céleste, emporté par sa puissance même et esquissant
finalement comme un pas de danse contemporaine.
Huile sur toile • 54,4 × 45 cm • © Bertrand Huet / tutti image / Courtesy Guillaume Bresson et Galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles.
Autre commande, dans le cadre du Grand Paris : celle d’une fresque de quelque 200 mètres carrés au sein de la future gare « Stade de France ». Il l’envisage déjà (alors que la livraison est prévue pour 2031) comme un Parnasse de Saint-Denis, dans l’esprit de celui de Raphaël au Vatican, œuvre monumentale réunissant poètes antiques et contemporains sous l’égide d’Apollon. Bresson entend en faire un portrait collectif des différents artistes dyonisiens, toutes disciplines confondues. Un projet dont la réalisation aura lieu, bien sûr, in situ. L’artiste devra alors sortir de son atelier, et de sa réserve.
Guillaume Bresson. Versailles
Du 21 janvier 2025 au 25 mai 2025
Château de Versailles • 78000 Versailles
www.chateauversailles.fr
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