Antonio Solario, Madone à l’Enfant (détail), XVIe siècle
Huile sur toile marouflé sur bois • Coll. museo civico Belluno
La situation est peu commune. Volée en 1973 au musée civique de Belluno, en Vénétie, dans le nord-est de l’Italie, une superbe Madone à l’Enfant du XVIe siècle peinte par Antonio Solario (1465–1530) a refait surface. Dans un article publié le 10 mars, le journal britannique The Guardian a révélé qu’elle était détenue par une Britannique du nom de Barbara De Dozsa, habitant le comté de Norfolk… Sauf que cette dernière refuse de la rendre à l’établissement d’où elle a été subtilisée il y a plus d’un demi-siècle.
Listée parmi les œuvres volées les plus recherchées de la base de données d’Interpol et de la police italienne, la peinture avait été dérobée avec d’autres œuvres (dont certaines furent retrouvées peu après en Autriche) en 1973, un siècle après son acquisition par le musée italien en 1872. Sa propriétaire actuelle, Barbara De Dozsa, assure que son mari l’a achetée de bonne foi en 1973, l’année de son vol. Jusqu’à leur divorce, ils l’avaient gardée dans leur demeure, East Barsham Manor à Fakenham, un impressionnant manoir en briques du XVIe siècle où séjourna le roi d’Angleterre Henri VIII.
L’avocat Christopher Marinello a tenté plusieurs fois, sans succès, de la persuader du fait que rendre l’œuvre serait la « bonne chose à faire ».
En 2017, Barbara De Dozsa avait tenté de vendre l’œuvre dans une maison de vente aux enchères de sa région, mais quelqu’un a alors reconnu le trésor traqué. En 2020, la toile lui fut cependant rendue à cause d’une faille administrative : en raison du confinement dû à l’épidémie de Covid, les autorités italiennes n’avaient en effet pas été en mesure de fournir à la police britannique les documents nécessaires qui leur auraient permis de récupérer la Vierge à l’Enfant.
Musée civique de Belluno en Vénétie, Italie
© SFM ITALY G / Alamy / Hemis
La Britannique refuse désormais de la rendre, en s’appuyant sur le Limitation Act 1980, qui affirme que lorsque quelqu’un achète un bien volé, il peut être reconnu comme son propriétaire légal après plus de six ans si l’achat n’était « pas lié au vol ». Elle déclare par ailleurs qu’en lui rendant la peinture, la police a confirmé qu’elle en était la propriétaire légitime – ce que contestent formellement les autorités. L’avocat Christopher Marinello, spécialisé en art, a tenté plusieurs fois, sans succès, de la persuader du fait que rendre l’œuvre serait la « bonne chose à faire ».
« Son mari n’a pas dû payer plus de 200 livres sterling en 1973. Le tableau en vaut, peut-être, plus de 60 000 à 80 000 aujourd’hui. De Dozsa refuse de coopérer si elle n’est pas payée à sa juste valeur, mais elle ne pourra jamais le vendre. Les carabiniers l’ont enregistré dans leur base de données et ne l’enlèveront jamais. Dès que ce tableau partira pour l’Italie, il sera saisi », a ajouté l’avocat.
Le peintre de la Renaissance italienne Antonio Solario, dit « lo Zingaro » (« le Gitan »), fut formé à Venise avant d’exercer à Naples. Son style se rattache à la manière vénitienne de Giovanni Bellini et de Vittore Carpaccio. On lui doit notamment une Salomé conservée à la galerie Doria-Pamphilj de Rome, et plusieurs Madones, exposées notamment à Naples et à Milan, ainsi qu’à la National Gallery de Londres, au musée de Budapest et au Statens Museum for Kunst de Copenhague. Gracieuse, celle du musée de Belluno présente notamment un beau travail sur le drapé du voile de la Vierge. Un petit trésor que l’Italie espère récupérer au plus vite.
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