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WEEK-END ARTY

48 heures à Lisbonne, où fado et douceur de vivre riment avec art et patrimoine

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Publié le , mis à jour le
C’est un sentiment qui saisit chacun de ses visiteurs : Lisbonne, ville mélancolique, littéraire, où l’âme de Fernando Pessoa plane sur les placettes et où l’on pleure d’amour dans les cafés de fado, possède un charme à nul autre pareil. Avec ses kiosques, ses pavés brillants, ses trams qui montent et descendent des rues vertigineuses, la capitale du Portugal a bien des atours – y compris artistiques. De la fondation Gulbenkian au musée d’Art ancien, tour express de la ville, en 48 heures (mais on y resterait volontiers plus longtemps).

Jour 1 – 10h. Un café, une belle place, et puis Maria Helena Vieira da Silva

Commençons la journée tout en douceur dans le centre historique de la ville, mais à l’écart des flux de touristes : sur la place des Mûriers, le temps semble s’être arrêté. Ce jardin aux arbres centenaires retient les lecteurs sur de jolis bancs ombragés, et un kiosque permet de prendre un café salvateur, avant d’attaquer une première visite. Discrète mais enchanteresse, la fondation dédiée à la peintre Maria Helena Vieira da Silva (1908–1992) et à son époux hongrois Árpád Szenes (1897–1985) s’ouvre sur la place : elle introduit à un duo qui dédia sa vie à l’art, entre leurs deux pays respectifs et Paris, où ils se rencontrent à l’académie de la Grande Chaumière. Portraits et compositions abstraites, grands formats, cartes à jouer… Avec, parfois, un invité contemporain.

La fresque des époux sur la Fondation Arpad Szenes-Vieira da Silva à Lisbonne
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La fresque des époux sur la Fondation Arpad Szenes-Vieira da Silva à Lisbonne, 2018

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© Wikimedia Commons

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Fondation Arpad Szenes-Vieira da Silva

11h30. L’une des plus belles fondations au monde

Un coup de métro plus tard, nous voici arrivés à la fondation Calouste-Gulbenkian, située tout au bout de l’avenue de la Liberté (les Champs-Élysées locaux) et après la place du Marquis de Pombal (la place de l’Étoile locale), dont on admirera au passage le fier monument édifié en 1934. Le lieu doit sa renommée internationale à son fondateur, un milliardaire arménien féru d’art et bien malin (il a profité de la déroute soviétique pour arracher à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg certains de ses chefs-d’œuvre). Car son parc est immense, labyrinthique avec tous ses recoins, car son restaurant est bon et sympathique, et parce que ses nombreuses salles et expositions temporaires sont tentaculaires, on y restera plusieurs heures, éblouis par l’architecture signée Alberto Pessoa, Pedro Cid et Ruy Jervis d’Athouguia. À ne pas manquer ? La collection d’œuvres de René Lalique, Les Bulles de savon (1867) d’Édouard Manet, le Portrait d’un vieil homme (1645) de Rembrandt

Édouard Manet, Les Bulles de savon
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Édouard Manet, Les Bulles de savon, 1867

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Huile sur toile • 100,5 × 81,4 cm • Coll. Fondation Gulbenkian, Lisbonne • © Wikimedia Commons

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Fondation Gulbenkian

15h. Petite pause dans un endroit charmant

Après une telle visite, on amorce l’après-midi tranquillement dans la librairie-galerie Tinta nos Nervos, bonne adresse d’un quartier adorable, non loin du Jardim da Estrela, l’un des plus jolis parcs de la ville. L’endroit semble microscopique au premier abord, mais il est en réalité constitué d’une suite de petites surprises : d’abord, une librairie de romans graphiques, livres pour enfants et bandes dessinées (avec de très nombreux titres en français !), puis une galerie d’art, qui met en avant des œuvres sur papier, et enfin un salon de thé avec vue sur une courette intérieure. On fond ! Et on y reste à lire, le temps d’une pause bien méritée. Non loin de là, le musée des Marionnettes n’est pas incontournable mais sa visite est à noter pour les familles, qui apprécieront sa scénographie soignée et la diversité internationale des marionnettes représentées.

La Librairie-Galerie « Tinta nos Nervos » et ses azulejos en fleurs
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La Librairie-Galerie « Tinta nos Nervos » et ses azulejos en fleurs

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© DOME Photography

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Librairie-galerie Tinta nos Nervos

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Musée des Marionnettes

16h15. Finir en beauté avec la plus grande collection publique du Portugal

Encore quelques pas et vous voici au musée national d’Art ancien, inauguré en 1884 dans un palais immense du XVIIe siècle, perché au-dessus du Tage. Ici, c’est toute l’histoire du Portugal qui s’exprime fièrement avec des collections européennes, asiatiques et africaines. Dont, par exemple, de superbes paravents japonais racontant l’arrivée des Portugais sur leur sol en 1543, avec leurs caravelles chargées de vivres et d’espoirs commerciaux. Le musée permet également de découvrir quelques grands noms de l’art lusitanien, tels que Josefa de Óbidos (1630–1684), remarquable artiste femme du XVIIe siècle à la touche particulièrement douce (on tombe sous le charme de ses figures aux joues si rouges), mais aussi de revoir quelques Européens chers à notre cœur, comme Lucas Cranach ou Élisabeth Vigée Le Brun. Bon à savoir : le musée ne souffre pas d’un trop grand nombre de visiteurs, et c’est quasiment seul qu’on déambule dans ses salles. Le soir, dînez donc chez Geographia, à deux pas de là, où la cuisine se fait l’expression de l’histoire coloniale portugaise, avec des spécialités venues des quatre continents (Brésil, Macao, Sao Tomé-et-Principe…).

Le Musée National d’Art Ancien au crépuscule
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Le Musée National d’Art Ancien au crépuscule

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© Alamy / Hemis / Amanda Ahn

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Museu Nacional de Arte Antiga

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Restaurant Geographia

Rua do Conde 1, 1200-608 Lisboa, Portugal

Jour 2 – 10h. Une adresse historique, et un peu d’art contemporain !

Le café Brasileira, au cœur du quartier du Chiado, est l’un des plus beaux et des plus anciens de la ville. Tout au long du siècle passé, les écrivains s’y sont pressés en quête de chauffage et d’excellent café (l’enseigne, son nom l’indique, vendait du café brésilien de premier choix). Parmi eux, Fernando Pessoa a laissé un souvenir impérissable, et c’est à côté de sa sculpture que les touristes défilent pour poser… Malgré sa forte fréquentation, le café reste agréable, avec son décor des années 1920 et ses serveurs tirés à quatre épingles. À deux pas, on change de décor au musée national d’Art contemporain, dans un bâtiment réhabilité en 1988 par Jean-Michel Wilmotte. Avec son petit jardin de sculptures et ses nombreuses expositions temporaires, le lieu permet de vivre au rythme d’un art aussi bien portugais qu’international. Avec, en ce moment, différentes monographies (le peintre lisboète Nikias Skapinakis, Jorge Barradas, Veloso Salgado, mais aussi une exposition de joaillerie, une collection d’affiches…).

Vue des salles d’exposition du Musée National d’Art Contemporain du Chiado
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Vue des salles d’exposition du Musée National d’Art Contemporain du Chiado

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© Musée National d’Art Contemporain du Chiado, Lisbonne

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Museu Nacional de Arte Contemporânea do Chiado (MNAC)

12h. Direction Belém !

On saute dans un tram pour foncer dans le quartier de Belém, excentré certes mais immanquable pour les amateurs d’art moderne comme de patrimoine ancien. C’est à Belém que vit le président du Portugal, et c’est ici, aussi, que se visitent quelques incontournables, comme l’immense monastère des Hiéronymites (Mosteiro dos Jerónimos), la tour de Belém et, pour les gourmands, la pâtisserie Pastéis de Belém, qui enfourne depuis 1837 ces délicieux petits flans sucrés typiques du Portugal. Essuyez les miettes au coin de votre bouche et dirigez-vous vers le MAAT, spectaculaire musée d’Art, Architecture et Technologie inauguré en 2016. Les lignes souples de l’architecture sont signées Amanda Levete Architects et la programmation est hyper éclectique, avec, rien qu’en ce moment, des propositions d’Hervé di Rosa, Luisa Cunha, Ana Cardoso et Sandra Rocha. Canon, et emblématique de cette « nouvelle Lisbonne » qui se dessine avec ses bâtiments flambant neufs et le renouveau bobo des commerces du centre.

Le MAAT : Musée d’Art, d’Architecture et de Technologie
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Le MAAT : Musée d’Art, d’Architecture et de Technologie

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© Wikimedia Commons

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MAAT

15h30. Tourbillon d’art moderne au musée Berardo

José Berardo (né en 1944) n’est pas un ange, loin de là. Ses affaires, dettes et procès en témoignent… Reste qu’il est un amateur d’art à la mesure de Gulbenkian, et que son impressionnante collection d’œuvres d’art moderne et contemporain nourrit l’un des plus beaux et plus riches musées du pays. Toujours à Belém, donc, le musée Berardo a été inauguré en 2007 pour héberger les œuvres de Marcel Duchamp, Joan Mitchell, Sol LeWitt, Piet Mondrian, Victor Vasarely, Pablo Picasso, Jackson Pollock, Cindy Sherman, Jean Dubuffet, Louise Bourgeois… Beaucoup d’Américains, beaucoup de Français, beaucoup d’œuvres monumentales, bref, de quoi résumer le XXe siècle par ses plus grandes stars. De très copieuses expositions temporaires s’ajoutent au parcours permanent.

Le musée est installé dans un vaste complexe, le Centre Culturel de Belém, qui comprend des jardins, des auditoriums et organise des événements tels que des marchés de créateurs. Ne manquez pas, si vous êtes amateurs d’architecture contemporaine, l’espace d’exposition et d’expérimentations Garagem Sul, installé dans ce même bâtiment. Enfin, dernier conseil avant de quitter la ville : le musée national des Carrosses vaut absolument le détour, avec sa collection unique en son genre des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, qui plaira particulièrement aux enfants tout en offrant aux plus grands un aperçu des richesses passées du Portugal…

Le Musée Coleção Berardo, art moderne et contemporain
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Le Musée Coleção Berardo, art moderne et contemporain

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© Berardo Collection Museum, Lisbonne

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Museu Coleção Berardo

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Garagem Sul

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Museu Nacional dos Coches

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Paris-Lisbonne : en route !

Où dormir ? 

Un tout nouveau Mama Shelter, chaîne hôtelière d’origine française, a ouvert à Lisbonne il y a quelques mois. Lits au confort inégalable, déco marrante et restaurant surexcité composent l’ADN de cette enseigne très bien placée dans la ville, à deux pas du métro Rato (et de la fondation dédiée à Árpád Szenes et Maria Helena Vieira da Silva). Des adresses plus intimistes ou plus authentiques pourront êtres dénichées par les voyageurs. Mais rappelons que Lisbonne, à l’instar de Barcelone ou Paris, souffre beaucoup de la pression exercée par les plateformes de location de logements entre particuliers : privilégier l’hôtel, c’est privilégier l’économie locale.

Mama Shelter, Rua do Vale de Pereiro 19

Comment s’y rendre ?

Vols quotidiens et directs depuis les aéroports de Charles-de-Gaulle et Orly (durée : 2h35).

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