Le phénomène est encore naissant mais il prend de l’ampleur. Depuis quelques années, le milieu hôtelier s’ouvre au monde de l’art, entraînant des signatures émergentes et confirmées à créer dans des établissements le plus souvent haut de gamme, à même de soutenir leurs idées. Exposition ou acquisition en jeu ? Les modèles varient mais riment tous avec une visibilité accrue pour chaque résident.
Pionnier en la matière, La Ferme Saint Siméon relance une initiative lancée il y a vingt ans. Le Hameau des Baux inaugure son programme de résidence cette année. Ancienne abbaye espagnole aux accents désormais luxueux, Abadía Retuerta nourrit un dialogue entre plusieurs générations. Au Montenegro, Mamula Island Hotel offre une expérience insulaire propice à la créativité. En quête d’un décor tropical ? Direction l’Hotel Belmar, au Costa Rica.
Le Pavillon du domaine de Saint Siméon à Honfleur
© Collection Saint Siméon
En 1825, Pierre-Louis Toutain et sa femme transforment une ferme normande en une auberge, la Ferme Saint Siméon, qui deviendra le refuge des impressionnistes, dont Eugène Boudin, Claude Monet et Jean-Baptiste Camille Corot. En 2000, l’établissement, désormais affilié au groupe Relais & Châteaux, décide d’inviter des étudiants des Beaux-Arts de Paris à séjourner et créer entre ses murs.
Interrompu en 2003 au profit d’une ambitieuse rénovation, ce programme de résidence va renaître de ses cendres à l’occasion du bicentenaire de l’arrivée du couple fondateur à Honfleur : en mars prochain, puis entre novembre et décembre, une poignée d’artistes internationaux, sélectionnés à l’issue d’un appel à candidatures par les propriétaires et un panel d’experts, se verront offrir le gîte, le couvert et un espace de travail, pendant une à deux semaines. Une condition : laisser une production, quelle qu’elle soit, derrière eux, comme la nature morte au lièvre qu’Adolphe-Félix Cals aurait donné à la mère Toutain pour la remercier d’un repas chaud préparé la veille et qui trône dans le restaurant gastronomique du cinq-étoiles. Si la première édition sera réservée aux peintres, les prochaines s’ouvriront peut-être à l’écriture ou à la sculpture.
La Ferme Saint Siméon
20, Rte Adolphe Marais, 14600 Honfleur
À partir de 170 € la nuit.
Hôtels Les Petites Maisons au Hameau des Baux
© Beyond Places
Inauguré au cœur des Alpilles en 2023, le Hameau des Baux abrite une collection vouée à se développer via un programme de résidence. Dès l’automne prochain, l’établissement de 21 chambres, chacune peuplée d’éditions limitées de Sophie Calle, Peter Doig, Eva Jospin, entre autres grands noms de la scène contemporaine, sera agrandi pour accueillir à tour de rôle deux ou trois artistes, dont les productions seront ensuite présentées dans le cadre d’un group show. Un thème imposé : la nature.
Une acquisition à la clef. Matt Frenot et Lise Chevalier, dont une œuvre vient d’être achetée, sont les premiers à s’être imprégnés des lieux. On doit ce projet à Constance Breton, la directrice artistique des lieux, qui présélectionne les candidatures avant de les soumettre à un jury composé de la direction, d’un commissaire d’exposition, d’un artiste et d’un galeriste. Ce modèle sera bientôt appliqué aux autres adresses de la collection Les Petites Maisons, qui tend à raviver des hôtels de charme par le biais de l’art. Le prochain ouvrira à Megève début 2025.
Le Hameau des Baux
285, Chem. de Bourgeac, 13520 Paradou
À partir de 280€ la nuit.
Le domaine d’Abadía Retuerta à Valladolid en Espagne
© Abadía Retuerta
Dans cette ancienne abbaye fondée en 1146 cohabitent une centaine d’œuvres d’horizons et d’époques variées. Situé près de Valladolid, en Espagne, Abadía Retuerta abrite des peintures, des sculptures, tapisseries, dessins allant du XIIe siècle à nos jours. Depuis trois ans, des artistes locaux et internationaux sont conviés à vivre et travailler entre ses murs. L’occasion de tutoyer des maîtres comme Eduardo Chillida, Francesco Guardi, Joan Miró, et de laisser une trace.
À Abderrahim Yamou ont succédé le duo Los Bravú, formé par Andrea Gómez et Diego Omil, ainsi que Leonor Serrano Rivas. Chaque séjour mène à la production d’une pièce vouée à rejoindre la collection de l’établissement qui, en 2025, consacrera un week-end entier à l’artisanat. Cette double initiative est née d’une collaboration avec Frenesí Fine Arts, une agence de conseil montée par deux historiennes de l’art. « Nous ne sommes pas qu’une destination de luxe. Il s’agit pour nous de renforcer notre identité et notre patrimoine, en tant que hub culturel et artistique », explique un porte-parole de l’hôtel.
Abadía Retuerta
Abadía Retuerta N-122, km. 332,5, 47340 Sardón de Duero, Valladolid, Espagne
À partir de 530 € la nuit.
Une destination d’expériences au cœur de la Ribera del duero
Vue de Mamula Island Hotel au Monténégro
© Rebeca Hope / Mamula Island, Montenegro
Construit au XIXe afin de protéger l’entrée de la baie de Kotor, utilisé comme camp de concentration dans les années 1940, le fort de Mamula, île monténégrine longtemps restée inhabitée, se révèle depuis l’an dernier sous un jour nouveau, celui de l’hôtellerie de luxe. Soucieux de perpétuer l’histoire du site, le general manager Juan Tamames Navarrete a vite impliqué des artistes d’horizons variés dans cette métamorphose et dans la création d’un patrimoine nouveau.
À la scène locale incarnée par Irena Haidar, Ana Prvački et Milica Janković répond une brochette internationale que constituent la Mexicaine Natalia Ramas, passée par Château La Coste, le Grec Angelo Plessas et l’Espagnole Clara Cebrián. Sans oublier la designer Dörte Bundt, qui signe des œuvres textiles réalisées sous les yeux émerveillés de quelques clients. Chaque résident reste a priori une dizaine de jours et s’engage tacitement à ouvrir son atelier aux curieux ou du moins à échanger avec les visiteurs.
Mamula Island Hotel
Mamula island, Mirišta, Monténégro
À partir de 585 € la nuit.
Un hôtel entouré par la mer… plus d’informations sur le site
Coquelicot Mafille à la résidence artistique de l’Hôtel Belmar au Costa Rica
© Hôtel Belmar
Ouvert en 1985, l’Hotel Belmar porte le nom de son fondateur, Pedro Belmar qui, avec sa femme Vera Zeledón, a voulu transposer le charme des chalets alpins dans un cadre tropical. Modèle d’écotourisme, ancré à Monteverde, en plein cœur d’une forêt humide du Costa Rica, cet établissement se définit également comme un havre de créativité. Depuis 2019, des artistes s’y succèdent quatre fois par an pour y chercher et, le plus souvent, y trouver l’inspiration.
L’idée de cette résidence, mise entre parenthèses le temps de la crise sanitaire, revient au propriétaire des lieux, amateur d’art qui a déjà eu l’occasion de collaborer avec le MoMA quand il travaillait encore à New York. À ses côtés, Martha Palacio coordonne les projets de chaque résident. Tous se voient offrir le gîte, le couvert, un espace de travail et du matériel. De cette initiative découle bien souvent des visites d’atelier, des cours d’arts plastiques et/ou des discussions avec la clientèle de l’hôtel. Le rêve.
Hotel Belmar
300 meters east of the gas station, Provincia de Puntarenas, Costa Rica
À partir de 460€ la nuit.
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