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Charleston Farmhouse à l’heure printanière
© Alamy / hémis / Photo Carolyn Clarke
C’est un lieu unique, à l’apparence modeste et aux ambitions immenses. Au cœur de la campagne verdoyante du Sussex, dans le sud-est de l’Angleterre, Charleston Farmhouse est à la fois une maison de campagne et un atelier moderniste, un refuge paisible et une résidence « manifeste » pour un petit groupe de jeunes indociles anglais qui, au siècle dernier, ont créé une sorte d’abbaye de Thélème où l’art le plus audacieux et une certaine liberté de mœurs régissaient le cours des jours et des vies.
Charleston Farmhouse est aujourd’hui une maison-musée qui se visite tout au long de l’année et dont l’aménagement intérieur, comme celui du jardin, atteste de l’originalité de ceux qui ont vécu là, en marge des rigueurs moralistes d’une société britannique tout juste sortie de l’ère victorienne.
Virginia Woolf, née Stephen, photographiée en 1902 par un anonyme.
© Londres, National Portrait Gallery Photo © G. C. Beresford, 1902.
En France, on sait peu de choses du groupe de Bloomsbury. En Grande-Bretagne, on voue un culte à ce cénacle, issu de l’upperclass, qui a donné au XXe siècle un nouveau souffle à la littérature, aux arts, à l’économie et à la politique. L’instigatrice du groupe est une jeune femme peintre, Vanessa Bell, dont la sœur n’est autre que l’écrivaine Virginia Woolf.
Leurs amis, maris, amants sont Roger Fry et Clive Bell, critiques d’art, John Maynard Keynes, théoricien de la macro-économie, Duncan Grant, peintre dans une veine postimpressionniste, Leonard Woolf, fondateur des éditions Hogarth Press… En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, Vanessa Bell loue avec son amant Duncan Grant, à une heure trente de train de Londres, un bâtiment de ferme qu’ils transforment en un charmant cottage bordé par un étang bucolique. Ils décident d’y vivre dans un décor qu’ils créeraient eux-mêmes et imaginent des chambres personnalisées pour chacun de leurs invités. Virginia Woolf et son mari sont des visiteurs assidus, même si dès 1919 ils achètent de leur côté une maison dans le village voisin de Rodmell, demeure qui se visite aussi aujourd’hui.
La salle à manger. Le papier peint a été dessiné par Vanessa Bell, les poteries sont de la main de Quentin Bell, le portrait au mur a été peint par Duncan Grant
© Lee Robbins
Pénétrer dans Charleston Farmhouse, c’est entrer dans un monde à part où chaque mur, chaque objet, chaque tableau a une histoire. Vanessa Bell et Duncan Grant sont à l’origine des principaux décors tels que les bouquets de fleurs peints sur les portes ou les motifs abstraits qui ornent les placards, la grande table ronde de la salle à manger, les cheminées, les chambranles des fenêtres…
« Nous sommes juste sauvages, étranges, innocents, naturels, excentriques et industrieux plus qu’on ne saurait le dire. »
La céramique, que pratique avec assiduité Quentin Bell, le fils de Vanessa, est omniprésente – des carreaux à motifs de poisson au-dessus de l’évier de la cuisine, des lustres à petits trous qui prennent la forme de passoires, suspendus au plafond par des colliers de perles de verre. La maison vibre de couleurs, et tout particulièrement les tapis et les tissus des fauteuils, créés dans le cadre de l’Atelier Omega, une petite entreprise d’objets d’artisanat et de décoration fondée en 1913 par Roger Fry, Vanessa Bell et Duncan Grant. Ils y produisent ensemble des meubles, des tapisseries ou des vases dont les couleurs franches et les formes simples tranchent avec l’austérité des intérieurs victoriens. Dans la lignée du mouvement Arts and Crafts, ils déplacent les lignes entre beaux-arts et arts décoratifs et agissent sous le signe, anonyme, du collectif. Leurs créations portent simplement la lettre Omega en guise de signature.
Vue du salon décoré par les peintres Vanessa Bell et Duncan Grant
© Lee Robbins
Le jardin de Charleston Farmhouse regorge lui aussi de surprises. Un sphynx en briques se cache dans les buissons. Une sirène en fibre de verre lévite entre deux arbres. Des copies de sculptures classiques ponctuent les murets en silex, typiques du Sussex. Un coin de repos et de lecture se signale par un sol de mosaïques, entre des envolées de roses trémières, de dahlias et de glaïeuls, à l’ombre de magnifiques pommiers. La nature indomptée est ici en accord avec l’esprit des lieux, que résume avec humour Virginia Woolf : « Nous sommes juste sauvages, étranges, innocents, naturels, excentriques et industrieux plus qu’on ne saurait le dire. »
Préparer son voyage
Charleston Farmhouse
Firle • East Sussex • +44 1323 811 626 • charleston.org.uk
Comment s’y rendre ?
Avec Eurostar
Une fois arrivé à Londres (gare de Saint-Pancras), il faut prendre un train de banlieue de la ligne Thameslink (toutes les heures) qui dessert Lewes en 1 h 30 environ. Des taxis sont toujours présents à la gare de Lewes pour rejoindre Charleston Farmhouse.
Où dormir ?
The Grand Brighton
97-99 King’s Road • Brighton • +44 1273 224 300 grandbrighton.co.uk
Plutôt que loger à Lewes (la ville la plus proche du village de Firle), il est préférable de dormir dans la cité balnéaire de Brighton, à une quinzaine de kilomètres, où hôtels et restaurants abondent. Une adresse réputée depuis son ouverture en 1864.
East Sussex National
Little Horsted • Uckfield • +44 1825 880 088 eastsussexnational.co.uk
On peut aussi choisir de rester au vert, dans un hôtel-golf qui s’étend sur 445 hectares de campagne, à une vingtaine de kilomètres de Firle.
Où se restaurer ?
Caccia & Tails
charleston.org.uk/food
Dans un bâtiment voisin de Charleston House, un café-restaurant dont la carte est italienne : les salades et les soupes sont servies avec de délicieuses focaccias.
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