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Détail de la façade de la Maison-atelier Lurçat, 2025
© Antonio Martinelli
Nichée dans une allée pavée et verdoyante du 14e arrondissement de Paris, la villa Seurat fut, au siècle dernier, un véritable refuge d’artistes. Salvador Dalí, Chaïm Soutine, Chana Orloff… Tous y ont laissé leur empreinte. C’est également là, dans ce havre de création discret, que Jean Lurçat (1892–1966), peintre-cartonnier et figure essentielle du renouveau de la tapisserie moderne, a vécu et travaillé.
Un siècle après sa construction, sa maison-atelier ouvre pour la première fois ses portes au public, à partir du 4 juillet prochain. L’occasion de découvrir une minutieuse restauration de cinq ans menée par l’Académie des beaux-arts, à qui le lieu a été légué en 2010 par Simone Lurçat, veuve de l’artiste.
La scénographie restitue avec subtilité l’univers domestique et artistique de l’artiste.
À l’instar de sept autres maisons-ateliers de la villa Seurat, celle-ci a été conçue en 1925 par André Lurçat, frère de Jean et architecte emblématique du mouvement moderne. Pensée comme une œuvre globale, la maison reflète son esthétique rigoureuse : façade blanche sans ornement, volumes simples, grandes baies vitrées, mobilier intégré… Une architecture fonctionnelle et lumineuse.
La Maison-atelier Lurçat, villa Seurat, 2025
© Antonio Martinelli
La restauration du lieu, fidèle à l’état d’origine, a relevé plusieurs défis, dont celui de retrouver les couleurs exactes des murs. Jean Lurçat faisait régulièrement repeindre son intérieur, superposant au fil des années différentes teintes. Les restaurateurs ont dû mener un véritable travail de fouille chromatique ! Orchestrée par Jean-Michel Wilmotte, membre de l’Académie, la scénographie restitue ainsi avec subtilité l’univers domestique et artistique de l’artiste.
La visite de la maison s’articule sur quatre niveaux. Au rez-de-chaussée, une première salle resitue le lieu dans le contexte de la villa Seurat. Des photographies évoquent la vie de Jean Lurçat, tandis qu’un espace présente les récentes acquisitions de l’Académie, dont un splendide canevas de laine signé Marthe Hennebert, première épouse de l’artiste. Les étages dévoilent les pièces de vie restaurées, où se conjuguent le mobilier intégré d’André Lurçat et les céramiques en faïence de Jean, jusqu’à la petite cuisine aux murs jaune beurre.
Au deuxième étage, le séjour révèle une tapisserie tissée à Aubusson, véritable plongée dans la cosmogonie poétique de Lurçat. Non loin, L’Oiseau de feu qui dit le vent, tapisserie réalisée en 1945 avec Louis Aragon, témoigne de l’engagement de l’artiste dans la Résistance. Le dernier étage, baigné de lumière naturelle, mène à l’atelier de l’artiste, prolongé par une terrasse décorée de carreaux en céramique – la seule du genre dans la villa Seurat.
Jean Lurçat, Solaria, 1963
Tapisserie en laine • 163 × 123 cm • Coll. Maison-atelier Lurçat • © Adagp, Paris 2025
Si l’essentiel des grandes tapisseries de Jean Lurçat est conservé à Saint-Laurent-les-Tours, dans le Lot, la villa Seurat devient aujourd’hui un lieu ressource complémentaire, centré sur la vie quotidienne et le processus de création de l’artiste. Grâce à son riche fonds documentaire (carnets, lettres, maquettes, archives inédites), la maison-atelier se positionne aussi comme un véritable centre d’étude pour les chercheurs et passionnés d’histoire de l’art. Avec cette ouverture, c’est une mémoire vivante de l’œuvre et de la pensée de Lurçat qui s’ancre dans le tissu culturel parisien.
Maison-atelier de Jean Lurçat
À partir du 4 juillet 2025, le public sera accueilli chaque vendredi et samedi sous forme de visites guidées.
4 Villa Seurat • 75014 Paris
www.academiedesbeauxarts.fr
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