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L’œuvre de René Letourneur à l’accueil du Fiermonte Museum
© Fiermonte museum / Photo Cosimo Pastore
C’est un lieu traversé par l’amour : l’amour de deux hommes pour une femme, l’amour de deux petits-enfants pour cette même femme, et enfin l’amour de tout ce beau monde pour l’art. Situé au cœur de Lecce, dans les Pouilles, le Fiermonte Museum a ouvert ses portes en avril dernier, alors que la Biennale de Venise battait son plein.
Il s’agit de la version augmentée d’un premier musée – le M.A.M.A Family Museum – fondé en 2018 par Fouad Giacomo et Antonia Yasmina Filali en hommage à leur grand-mère, l’artiste Antonia Fiermonte (1914–1946). S’ils ne l’ont jamais connue, sa présence-absence constitue le ciment de leur histoire familiale. Rembobinons…
Projection d’une reconstitution vidéo de l’artiste Antonia Fiermonte dans l’une des salles du musée
© Fiermonte museum / Photo Cosimo Pastore
Violoniste et peintre de talent, Antonia Fiermonte n’a que 17 ans quand elle rencontre René Letourneur (1898–1990), lauréat du grand prix de Rome, venu passer quatre ans dans la Ville éternelle. C’est le coup de foudre. La jeune fille devient la muse, le modèle, la femme de l’académicien avec qui elle s’installe en France, à Fontenay-aux-Roses. Seulement, le sculpteur Jacques Zwobada (1900–1967), qui vit à une trentaine de mètres du couple, tombe également sous le charme de la belle Italienne.
Au bout de quelques années, Antonia finit par céder à l’attirance qu’elle éprouve également pour son voisin, divorce pour mieux l’épouser, mais meurt brusquement, à l’âge de 32 ans. Le deuil rapproche René et Jacques, lequel décide de réaliser un mausolée pour la disparue, à Mentana, au nord-est de Rome. Décoré de la Légion d’honneur en 1963, il figure aujourd’hui dans les collections du Centre Pompidou.
Le bas-relief de René Letourneur dans la suite « Marbre » au Fiermonte Museum
© Fiermonte museum
L’accrochage du Fiermonte Museum, qui se dévoile au-delà d’une imposante porte en bois, d’une cafétéria et d’un jardin, suit la trajectoire de ces trois héros : depuis la rencontre entre le sculpteur René Letourneur, associé au mouvement Art déco, et son homologue Jacques Zwobada, passé d’un académisme rigoureux à un lyrisme plein de sensualité ; jusqu’à leur réconciliation après la disparition de leur amour commun ; en passant par leur collaboration en 1929, récompensée par le premier prix du concours international pour le Monument à Bolivar à Quito, en Équateur. Une salle met subtilement en scène le rapprochement de Jacques et d’Antonia à travers un portrait d’elle par lui et la réciproque… À côté de ces deux dessins empreints de tendresse, un hologramme de la jeune femme surgit dans un tourbillon de lettres, évocation de la correspondance entre les deux amants.
À gauche, les escaliers extérieurs du musée donnant accès aux chambres. À droite, la salle 4 de l’exposition « René Letourneur, Jacques Zwobada, mon cher frère »
© Fiermonte museum / Photo Cosimo Pastore
Une visite virtuelle du mausolée de Mentana est projetée sur un grand écran à mi-parcours, tandis qu’une expérience en réalité augmentée est proposée au sous-sol du musée. Si la sculpture domine nettement, sous les traits d’imposantes figures en marbre ou en bronze, des documents d’archives et quelques dispositifs de médiation (juste ce qu’il faut) rythment la visite. Une section se voit même entièrement réservée aux esquisses et aquarelles colorées d’Antonia Fiermonte. On ne peut s’empêcher de voir l’influence de Letourneur dans la volupté de certaines courbes et celle de Zwobada dans l’enchevêtrement de formes arrondies.
La Suite « Peplum » du Fiermonte Museum à Lecce en Italie
© Fiermonte museum / Photo Martina Loiola
Avis à ceux qui ont toujours rêvé de dormir au milieu d’œuvres d’art. Au-dessus de cet espace muséographique ô combien touchant, quatre chambres thématiques seront prochainement accessibles. La « suite nocturne » sera consacrée à la musique (Antonia jouait du violon ; Zwobada, du violoncelle), la « suite péplum », au cinéma (le frère d’Antonia, Enzo Fiermonte, a fait carrière à Hollywood) ; la « suite avant-garde », à la peinture, commune aux trois amis/amants ; et la « suite marbre », à la sculpture, trait d’union entre Letourneur et Zwobada. Il est prévu que les hôtes puissent parcourir les salles d’exposition de nuit. Une bougie ou une lanterne à la main ? Les conditions de visite restent encore à confirmer.
La cour du musée utilisée pour différents évènements
© Fiermonte Museum
Ce concept hybride, où l’offre muséale prédomine malgré tout, s’inscrit en réalité dans un paysage hôtelier plus large. Les Filali sont propriétaires à Lecce du Palazzo Bozzi Corso, somptueux palais XVIIIe où le design de Le Corbusier, Gio Ponti et Ettore Sottsass fréquente l’art d’Edgar Degas, d’André Lhote et de Maurice Estève. À cinq minutes à pied, la Fiermontina Luxury Home, qui appartient également à la famille, dispose d’un jardin peuplé d’oliviers centenaires et de sculptures, dont Harmonie II de René Letourneur et Le Couple de Jacques Zwobada. Sans oublier la statue de bronze Les Deux Sœurs de Fernand Léger, dont Fouad Giacomo Filali s’avère un grand admirateur. Mais ça, c’est une autre histoire…
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