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Daniel Buren, Photo-souvenir : Halte colorée pour l’hotel Cipriani, travail in situ, 2024
© DB-ADAGP, 2024 / Photo Marco Valmarana / Courtesy Daniel Buren, Galleria Continua et Belmond
« La première fois que je suis venu à Venise, j’étais adolescent. J’y allais pour faire comme tout le monde, mais je dois dire qu’au moment où j’ai débarqué dans la gare et mis le pied sur le quai pour prendre le vaporetto, j’ai été conquis. Et je n’avais encore rien vu. » Daniel Buren (né en 1938), baskets blanches et veston noir, a le sourire solaire de ses 16 ans ce matin d’avril, lorsqu’il nous confie ce souvenir à la terrasse de l’hôtel Cipriani, où l’une de ses installations vient d’être inaugurée face à la lagune.
L’œuvre est une petite rotonde aux parois tantôt transparentes, tantôt couvertes de filtres colorés. Un abri où ne résonne que le bruissement de la fontaine de pierre qui y trône, vestige d’un passé lointain, alors que l’hôtel n’existait pas encore. C’est un îlot dans l’île, où la lagune se contemple comme un reflet. Un songe orange, bleu, rouge… Ici, la frénésie de la place Saint-Marc, les flots de touristes et les bâches publicitaires qui selon Buren ont « dégradé considérablement » Venise, semblent bien loin. Car dans ce lieu de villégiature privilégié, niché à l’extrémité est de l’île de la Giudecca, la Sérénissime n’a rien perdu de son charme suranné, ni de son imperturbable majesté.
Daniel Buren devant son installation « Halte colorée pour l’hotel Cipriani, travail in situ », 2024
© DB-ADAGP, 2024 / Photo Marco Valmarana / Courtesy Daniel Buren, Galleria Continua et Belmond
Fondé en 1956 par Giuseppe Cipriani – père d’une autre institution vénitienne, le Harry’s Bar où seraient nés le carpaccio et le cocktail Bellini –, ce luxueux établissement n’a d’extérieur pourtant rien de tapageur.
D’une confondante simplicité architecturale avec ses façades ocre rose se fondant dans le décor, l’hôtel Cipriani cache bien ses trésors : un luxuriant jardin embaumant la glycine et le jasmin (Casanova y serait venu séduire les jeunes recluses du couvent voisin), mais aussi un palazzo nommé Vendramin avec vue sur le bassin de Saint-Marc et surtout, summum du luxe, une mythique piscine de 33 mètres de long bordant la lagune.
L’hôtel Cipriani du groupe Belmond à Venise installée à la pointe est de la Giudecca
© Hotel Cipriani, A Belmond Hotel, Venice
Depuis sa naissance, ce refuge cinq-étoiles attire autant la high society britannique que l’intelligentsia menant grand train, de Françoise Sagan à Truman Capote ; sans oublier les stars d’Hollywood en quête de discrétion, telles que Sophia Loren, George Clooney ou Lady Gaga.
Daniel Buren, Photo-souvenir : Halte colorée pour le Copacabana Palace, travail in situ, 2023–2024
© DB-ADAGP, 2024 / Photo Gabriel Tesserolli / Courtesy of the artist, Galleria Continua and Belmond
Mais en ce début du mois d’avril, c’est pour l’art contemporain que vibre le Cipriani ! Le 20 avril, s’ouvriront les portes de la 60e Biennale de Venise, grand-messe mondiale de l’art, entraînant dans son sillage un archipel d’événements, d’expositions, de soirées et d’installations aux quatre coins de la cité lacustre. L’hôtel, désormais dans l’escarcelle du groupe Belmond (propriété de LVMH), a alors l’habitude d’accueillir les figures les plus en vue du milieu, à l’instar du galeriste Larry Gagosian ou du collectionneur François Pinault, lequel peut y admirer, depuis le palazzo Vendramin, son musée privé, la Punta della Dogana. C’est à la veille de ce raout international que le Cipriani a inauguré l’installation de Daniel Buren, Halte colorée, travail in situ (2023), fruit d’une carte blanche offerte par Belmond dans le cadre de son programme annuel d’art contemporain baptisé « MITICO ».
Depuis 2022, le groupe hôtelier invite en effet des artistes à intervenir dans quelques-unes de ses adresses les plus prestigieuses avec la fidèle complicité de la Galleria Continua, réseau de galeries disséminées dans le monde, rompu aux expériences artistiques hors normes. Si les éditions précédentes accueillaient différents artistes, d’Anish Kapoor à Loris Cecchini, cette année, c’est Daniel Buren seul qui a investi six lieux avec ce qu’il nomme modestement des « Haltes colorées ».
Daniel Buren, Photo-souvenir : Halte colorée pour la villa San Michele, travail in situ, 2024
© DB-ADAGP, 2024 / Photo Marco Valmarana / Courtesy Daniel Buren, Galleria Continua et Belmond
Au Mount Nelson dans la ville sud-africaine du Cap, il a dressé, là-aussi autour d’une fontaine, des colonnes habillées de miroirs et de bandes colorées, sa signature. À Rio de Janeiro, c’est l’immense façade immaculée du Copacabana Palace qu’il a animée d’un élégant jeu de lumière et de formes en métamorphosant ses fenêtres en vitraux chatoyants.
À 21 ans à peine, se souvient-il, il s’était déjà emparé de la totalité du Grapetree Bay Hotel dans les îles Vierges britanniques.
Dans l’ancien monastère de la Villa San Michele, non loin de Florence, il a aussi inondé la verrière du bar de l’hôtel de couleurs flamboyantes, tandis qu’au Castello di Casole, il a érigé trois cadres XXL arborant ses fameuses bandes blanches et noires, pour mieux mettre en perspective l’époustouflant paysage des collines toscanes alentour. Enfin, dernier volet, qui sera dévoilé le 30 avril, la Residencia à Majorque verra, quant à elle, sa terrasse coiffée d’une féerique pergola arc-en-ciel.
Daniel Buren, Photo-souvenir : Halte colorée pour le Castello di Casole, travail in situ, 2024
© DB-ADAGP, 2024 / Photo Marco Valmarana / Courtesy Daniel Buren, Galleria Continua et Belmond
Avec Venise, ce sont donc six installations sur trois continents pensées spécifiquement pour chaque lieu – in situ, selon la doctrine de l’artiste qui a fait de la planète son atelier depuis les années 1960. Le défi, lancé par Belmond il y a plus d’un an, n’avait pas de quoi effrayer pour autant l’infatigable octogénaire. À 21 ans à peine, se souvient-il, il s’était déjà emparé de la totalité du Grapetree Bay Hotel dans les îles Vierges britanniques, le recouvrant de mosaïques colorées et de bandes blanches et noires…
Photo-souvenir : Halte colorée pour l’hotel Cipriani, travail in situ, 2023–2024
Détail • © DB-ADAGP, 2024 / Photo Marco Valmarana / Courtesy Daniel Buren, Galleria Continua et Belmond
À Venise, le choix de la rotonde n’a pas coulé de source. C’est en observant le peu d’attention – excepté de la part des enfants – portée à l’historique petite fontaine de la terrasse de l’hôtel Cipriani, que le plasticien a finalement eu l’idée de la mettre en évidence, de lui ériger cet écrin coloré d’où jaillit le modeste témoignage d’une Venise oubliée, chère à l’artiste. Un havre où chacun pourra venir trouver refuge le temps de la Biennale, le lieu étant ouvert à tous les visiteurs. Celui qui fut sacré Lion d’or en 1986 aura, quant à lui, préféré échapper à l’effervescence de l’événement, appelé par les mille et un projets auxquels il continue de se consacrer inlassablement. Sa fontaine de jouvence.
MITICO 2024 – Daniel Buren. Halte Colorée, travail in situ pour l’hôtel Cipriani
Du 3 avril au 30 septembre 2024
Avec la collaboration de la Galleria Continua
Hotel Cipriani, A Belmond Hotel, Venice
Giudecca 10, 30133 Venise, Italie
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’hôtel Cipriani.
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