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Chaise Mullca 510, réédition par Label édition
© Label Editions
« Arrêtez de vous balancer sur la chaise ! », « Défense d’écrire sur le dossier de son voisin. », « Retourne à ta place. » Elle en a entendu des remarques autoritaires, canalisé des esprits turbulents et redressé des dos avachis… La chaise Mullca éveille les souvenirs de tous les élèves depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui. Elle est d’une esthétique simple, faite de matériaux confortables, entre le bois de l’assise et le métal tubulaire des côtés, résistante à tous les chocs, même au zéro pointé. Le matin, elle racle le sol d’un bruit strident lorsque les collégiens se lèvent à l’unisson pour accueillir le professeur. Le soir, elle est souvent retournée puis posée sur la table pour faciliter le ménage de fin de journée. Une véritable madeleine de Proust… Qui n’a pas été si évidente à inventer !
Classe d’école primaire, vers 1965
© Roger-Viollet
Avant elle était apparu le modèle 511, en réponse à la demande de l’Éducation nationale. La société Mullca, fondée en 1947 par l’investisseur Robert Müller et l’inventeur Gaston Cavaillon (Mullca associant les deux premières syllabes de leurs noms de famille), reprend alors le dessin d’une assise d’avant-guerre en l’adaptant aux nouvelles techniques industrielles de soudure à l’acier. C’est un échec cuisant : plusieurs experts, dont le ministre Eugène Claudius-Petit, la qualifie de « chaise la plus laide du monde ». Chaque élève l’ayant essayée se souviendra encore des échardes s’enfonçant dans les doigts de part et d’autre de l’assise en bois. Des progrès restent à faire. Il faudra la structurer de métal…
C’est chose faite en 1964 : Cavaillon encadre son nouveau modèle de tubes métalliques colorés dans lesquels il crée des fentes pour y faire glisser l’assise et le dossier. Ainsi, les fixations – vis et rivets qui peuvent éventuellement engendrer des blessures – disparaissent à jamais. Le designer cambre davantage la ligne des pieds, les fait reculer le plus possible pour que l’élève positionné au dernier rang ne cogne pas le dossier contre le mur (ou ne puisse trop facilement se balancer en arrière !) La touche finale : Cavaillon dessine un petit creux en plein centre de l’assise, incurvant le bois postformé. C’est confortable, et incite le dos à se tenir bien droit… Empilable, hyper robuste (elle peut supporter jusqu’à une tonne), facile à réparer, disponible en six tailles de la maternelle au lycée et en une seule finition bois de hêtre et structure verte, la Mullca 510 ne tarde pas à être référencée. C’est décidé : elle assiéra tous les écoliers de France.
Dans un nuage de gaz lacrymogène, jeune femme tirant une chaise face aux CRS, mai 1968
© HIOGLU /SIPA
En mai 68, elle sert de projectiles contre les CRS lors des manifestations étudiantes !
La production est colossale, estimée au total à plus de 12 millions d’exemplaires… Dès la première année de son monopole, la société Mullca peine à honorer son contrat. Complètement débordée, dépourvue du matériel nécessaire, elle prête sa licence à ses concurrents qui continuent à fabriquer la chaise sous ses instructions. Malgré ces difficultés, la 510 devient peu à peu un symbole… En mai 68, elle sert de projectiles contre les CRS lors des manifestations étudiantes ! En 1985, Sir Terence Conran l’intègre dans la collection de la marque Habitat en noir satiné, puis en 1989, lors du bicentenaire de la Révolution française, elle est éditée en bleu, blanc et rouge. Marianne du mobilier, reflet d’une époque contestataire, la Mullca 510 marque l’inconscient collectif tout en demeurant anonyme et mystérieuse. Encore à ce jour, rares sont les personnes qui connaissent son nom et son histoire…
Chaises en situation dans un restaurant d’entreprise
© Label edition
Pourtant, « c’est la chaise qui nous a le plus supporté dans notre vie », rappelle Nicolas Girard, ancien commercial pour la marque Habitat et le Conran Shop (fondé par Sir Terence Conran) qui s’éprend follement du modèle quelques années après la cessation d’activité de Mullca (en 1996 le monopole est supprimé et les normes ont évoluées). « On m’a chargé de trouver une chaise pour un séminaire. Je suis tombé sur la nostalgique Mullca 510 et en ai commandé deux cents à une usine située dans le Cantal qui avait conservé les outils de fabrication. Les invités ont été tellement séduits qu’ils sont repartis avec ! » nous confie-t-il. Après cet étonnant succès, Girard décide en 2013 de fonder la maison « Label édition » pour perpétuer le modèle authentique de nos écoles.
Rose anglais, bleu marine, vert tilleul, rouge carmin… L’entrepreneur élargit la gamme de coloris, permettant à l’utilisateur de jouer entre les teintes du bois et celles du métal tubulaire. Il réédite aussi les bureaux et les tabourets destinés aux laboratoires de chimie et SVT (que de souvenirs !), puis décline le fameux modèle en fauteuil et en chaise de bar. Made in France, la 510 originale est disponible à partir de 170 euros. Mais attention aux copies ! Girard approuve : pour s’assurer de son authenticité, il faut monter dessus et rebondir. Si le bois se plie ou se casse, il s’agit d’une copie ! Selon lui, « elle est indestructible » … Une méthode à ne surtout pas reproduire en salle de classe, sous peine de colle immédiate !
Label édition
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