André Gill, Courbet, peint par lui-même, La Lune. Nouvelle série. N°66. 9 juin 1867
Illustration de périodique, estampe en couleurs • 49 x 34 cm • Coll. Musée Carnavalet, Histoire de Paris • © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Le point commun entre Félix Nadar, Gustave Doré, František Kupka ou encore John Everett Millais ? Ces artistes de renom, reconnus pour leurs tableaux, leurs photographies ou leurs dessins, ont aussi œuvré dans les pages de grands journaux !
Non pas en tant que journaliste, mais bien comme dessinateur, voire pour certains comme caricaturiste, contribuant ainsi largement à l’avènement, au XIXe siècle, de la presse illustrée. C’est justement sur cet âge d’or que revient abondamment Press Graphics. The Golden Age of Graphic Journalism (Taschen) – une plongée vertigineuse dans l’univers du dessin de presse de 1819 à 1921, où l’on croise une multitude d’illustrateurs pour la plupart désormais tombés dans l’oubli.
À gauche, la une du Petit Journal « L’Apache est la plaie de Paris » (20 octobre 1907). À droite, la une du Grelot « Victor Hugo, avant la lettre » par Bertall (11 juin 1871)
Illustrations de périodique, estampes en couleurs • non renseigné / 50 × 32,5 cm • © Wikimedia Commons © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Au commencement de cette révolution graphique, une grande révolution mécanique. Exit, la presse à cylindre, adoptée à partir de 1811 par des journaux comme le Times à Londres puis par les imprimeries parisiennes, qui se trouve rapidement remplacée par de nouveaux procédés de reproduction de textes et d’images. Toujours plus performants, ils ont contribué à l’apparition et à la distribution à grande échelle des premiers titres de presse illustrée – à l’instar, outre-Manche, du pionnier Illustrated News (créé en 1842) qui dans son sillage, a inspiré la création en France de L’Illustration (dès 1843) et de bien d’autres, du Petit Journal à l’Assiette au beurre.
Dans ce siècle qui a, selon la célèbre formule de Charles Baudelaire, « le culte des images », la presse illustrée concurrence le livre et s’impose comme un média de masse qui façonne les opinions. Sa puissance exaspère les puissants, qui répondent à ce tour de force par des mesures de censure stricte. Mais c’était sans compter sur l’audace de certains directeurs de journaux, prêts à en découdre avec les ennemis de la liberté d’expression !
Charles-Joseph Traviès & the Becquet Brothers, “Voici Messieurs, ce que nous avons l’honneur d’exposer journellement …” dans le journal “La Caricature”, Paris, 3 juin 1834
Lithographie • © TASCHEN
Parmi eux, Charles Philipon, féroce dessinateur à la tête de La Caricature puis du célèbre Charivari – la bête noire de Louis-Philippe, qui n’a pas hésité à illustrer, dans la lignée des célèbres têtes d’expression de Charles Le Brun, la métamorphose du visage boursouflé du monarque en poire ! L’âge d’or de la presse illustrée coïncide avec celui de la caricature : les pages des journaux se couvrent d’impitoyables dessins moquant l’actualité et font émerger des figures telles qu’Honoré Daumier, André Gill – qui signe les célèbres unes de L’Éclipse –, ou encore Cham – particulièrement apprécié pour ses caricatures d’œuvres exposées au Salon.
Gustave-Henri Jossot, « Tout est perdu, même l’honneur » du journal « L’Assiette au Beurre », 1 juin 1907
Estampe en couleurs • © DR
Si la presse illustrée a galvanisé l’opinion publique, elle a aussi suscité l’intérêt de bien des artistes, à commencer par Van Gogh, dont la collection comprenait quelque 1 500 estampes extraites de journaux internationaux. Un trésor qu’il considérait comme une « Bible pour artiste » ! Véritable laboratoire graphique, la presse et ses illustrateurs, replacés au XXe siècle par les photographes, ont aussi préparé le terrain des avant-gardes. « Grâce à eux, la peinture a été libérée de l’académisme », affirmait ainsi le peintre Jacques Villon (demeuré moins célèbre que son frère, Marcel Duchamp). Des Arts incohérents à Dada, nombreux sont les courants à s’être imprégnés de ses codes esthétiques comme de ses procédés (association texte/image, jeux de typographie, collages en tout genre…) Ultime preuve, s’il en fallait encore une, de l’immense apport de la presse illustrée et de ses artistes à notre imaginaire collectif !
Press Graphics. The Golden Age of Graphic Journalism
Par Alexander Roob
« Press Graphics. The Golden Age of Graphic Journalism » d’Alexander Roob (Ed. Taschen)
Taschen
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