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Les “Wooden Dolls” d’Alexandre Girard éditées par Vitra
© Vitra
Elles auraient pu rester confinées dans les archives du Vitra Design Museum, à Weil-am-Rhein, mais l’éditeur a décidé de les commercialiser en les reproduisant à la main, exactement comme elles avaient été créées dans les années 1950. Résultat : les « Wooden Dolls » (soit « poupées en bois » en anglais) sont devenues de véritables mascottes pour la marque, parfaites pour égayer une chambre ou une étagère, seules ou en famille nombreuse.
Leur créateur n’est autre qu’Alexander Girard (1907–1993), l’un des architectes d’intérieur et designers textiles les plus importants du XXe siècle. Aux côtés de Charles et Ray Eames ou de George Nelson chez l’éditeur américain Herman Miller, il révolutionne les motifs et les couleurs du mobilier moderne en apportant sa touche éclectique et fantaisiste. « Pour comprendre les ‘Wooden Dolls’, nous souffle Stine Liv Buur, représentante des Classics chez Vitra, il faut connaître son enfance. »
Né à New York en 1907, Alexander Girard passe ses premières années à Florence, en Italie, avant de déménager en Angleterre à l’âge de dix ans. Sa mère est américaine et son père, franco-italien, est un antiquaire passionné qui lui donne rapidement le goût de l’art. Tous deux écument aussi les marchés artisanaux et boutiques de souvenirs.
Quelques « Wooden Dolls » parmi des jouets sur une étagère
© Vitra
Très tôt fasciné par l’art populaire – il conservera toute sa vie l’un de ses premiers jouets, un Pinocchio en bois comme on a l’habitude d’en fabriquer à la main à l’époque –, Alexander Girard prend l’habitude de glaner des objets au fil de ses innombrables voyages. Si bien qu’il finit par amasser avec sa femme Susan environ 130 000 pièces. Des jouets, des miniatures mais aussi des textiles venus d’une centaine de pays différents, qu’il léguera plus tard au musée d’Art populaire international de Santa Fe, près de chez lui, au Nouveau-Mexique. Dans l’espace réservé à cette immense collection, on peut y lire son mantra « tutto il mondo è paese », un proverbe italien signifiant « le monde entier est notre ville natale ».
Les « Wooden Dolls » sont fabriquées à partir de bois massif découpé à la scie à ruban puis peintes à la main par des experts.
Quant aux poupées, c’est en 1952 qu’il se met à créer ses propres objets folkloriques inspirés par les kachinas mexicaines, les kokeshis du Japon, les marionnettes indiennes ou même les robots. Sa scie à ruban fraîchement acquise lui permet de couper facilement le bois, de tracer des angles nets pour le torse et d’exécuter des courbes pour façonner des têtes bien rondes. Sur cette base, il vient peindre des yeux stylisés, des sourcils étonnés, des bras ballants et toutes sortes de motifs : rayures, losanges, détails vestimentaires ou poils hérissés. Certaines sont même accessoirisées d’une plume sur la tête ou de rubans autour du cou.
« C’est impossible de repérer une origine plus qu’une autre, un motif culturel spécifique. Girard a réussi à mixer les styles, à articuler son propre univers », remarque Stine Liv Buur. Proche de Rolf Fehlbaum, le fils du fondateur de Vitra, Alexander Girard confie à la fin de sa vie – soit au début des années 1990 – sa collection de poupées au Vitra Design Museum. En 2007, après les avoir longuement étudiées, l’éditeur suisse décide de produire en édition limitée une dizaine de modèles en respectant la méthode originelle de son créateur. Les « Wooden Dolls » sont fabriquées à partir de bois massif (du sapin blanc) découpé à la scie à ruban puis peintes à la main par des experts. « On en a d’abord sorti onze, puis quatre, etc… La famille s’est agrandie au fil des années. Certaines seraient trop compliquées à produire car elles sont composées de plusieurs pièces qui s’imbriquent », précise Stine Liv Buur, qui nourrit l’espoir d’en éditer encore d’autres.
Le diablotin rouge d’Alexandre Girard
© Vitra
Aujourd’hui, il faut compter un minimum de 120 euros pour obtenir l’un de ces petits totems livrés dans une élégante boîte en bois. Pour la responsable des Classics, difficile de définir laquelle de ces créatures fantaisistes se vend le mieux… Peut-être le diablotin rouge avec ses petites dents en avant, sa tenue façon pyjama et sa queue fourchue : « Il fait immédiatement sourire avec son air malicieux. Les gens l’adorent ». Avec leurs moues rigolotes et leurs couleurs festives, les poupées s’acquièrent au coup de cœur. Loin des jouets produits en série à l’autre bout du monde, celles-ci sont uniques et, comme le précisent les petits-enfants du créateur dans une interview menée par Vitra, « universellement identifiables ».
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