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VOYAGE CULTUREL

Tirana en Albanie, nouvelle destination culturelle au passé recomposé

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Publié le , mis à jour le
Longtemps isolée du reste du monde par une dictature autoritaire, la capitale de l’Albanie déploie petit à petit ses ailes. Tandis que les lieux phares de sa douloureuse mémoire sont aujourd’hui transformés en musées et ateliers d’artistes, ses rues se peuplent de bars et de cafés branchés.

Pour prendre ses marques dans la capitale albanaise, il faut démarrer avec un tour de sa place centrale, la place Skanderbeg, où se rejoignent tous les chapitres de son histoire, et tous ses axes géographiques. La place Skanderbeg, la plus grande zone piétonne des Balkans, abrite des vestiges de l’époque du joug ottoman (du XVIe au début du XXe siècle), à l’instar de la Tour de l’Horloge et de la mosquée Et’hem Bey, des immeubles de style fasciste hérités des années d’occupation italienne (1939–1943), et des bâtiments emblématiques de l’architecture soviétique.

Parmi ces derniers, l’imposant Palais de la Culture, construit en 1959, abrite un opéra, une bibliothèque, une librairie, ainsi que plusieurs cafés, où il fait bon se prélasser et observer la vie grouillante de l’immense place, avant de la traverser pour rejoindre le musée national historique, le plus grand du pays.

Le musée national historique, de l’Illyrie à la Renaissance albanaise

Le musée National Historique, sur la place Skanderbeg
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Le musée National Historique, sur la place Skanderbeg

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© Franck Guiziou / hémis

Actuellement en rénovation, le musée national historique devrait rouvrir ses portes d’ici 2028. Si ses vastes collections – retraçant les riches histoire et histoire de l’art de l’Albanie, de l’Illyrie à la Renaissance albanaise, en passant par l’art de propagande soviétique jusqu’à l’ère postcommuniste – sont pour le moment inaccessibles, il est cependant toujours possible d’admirer la gigantesque mosaïque sur sa façade. Ses 440 m², 11 mètres de hauteur et 40 mètres de largeur illustrent, dans un style propre au réalisme soviétique, les « Albanais », selon son titre. On y découvre 13 personnages représentant les différents chapitres de l’histoire du pays : un guerrier illyrien, des combattants contre l’Empire ottoman, un ouvrier communiste, Mère Albanie représentée comme une jeune femme en costume national…

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Musée National Historique - Albanie

Plongée au centre de la terre dans le Bunk’Art 2

Bunk’Art 2, musée souterrain installé dans un ancien abri antinucléaire du ministère de l’Intérieur
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Bunk’Art 2, musée souterrain installé dans un ancien abri antinucléaire du ministère de l’Intérieur

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© Franck Guiziou / hémis

Après ce grand bol d’air, on retient son souffle pour plonger au cœur de Tirana – au sens propre comme figuré. Fortement marquée par la dictature communiste d’Enver Hoxha, qui dirigea le pays pendant 40 ans de 1945 à sa mort en 1985, la capitale albanaise garde des traces aussi visibles qu’invisibles de cette sombre époque, où surveillance et secret étaient les mots d’ordre. Hanté par la peur d’une guerre nucléaire et de l’invasion de forces étrangères, le dictateur fait construire des centaines de milliers de bunkers à travers le pays, qui en compte près de 200 000…

Bâtis en béton armé, ces refuges souterrains sont difficilement démolissables. La plupart sont aujourd’hui laissés à l’abandon et restent inaccessibles au public. Deux d’entre eux ont cependant été transformés en musées. Aux abords de la ville, le très grand Bunk’Art 1 raconte le fonctionnement quotidien de cet espace clos, utilisé en son temps par les autorités albanaises. Au centre de la ville, le plus petit Bunk’Art 2 offre une immersion aussi instructive qu’effrayante dans l’époque de la guerre froide et de la dictature en Albanie – de ses prisons et ses pratiques de tortures aux dernières années de paranoïa avant la chute du régime.

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Bunk’Art 2

Le quartier du Blloku et la Vila 31, sur les pas du passé

Intérieur de la Vila31
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Intérieur de la Vila31

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© Philipp Funke

Retour à la lumière ! Une fois sorti de terre, les rues animées du quartier du Blloku, à une petite dizaine de minutes de marche du Bunk’Art 2, revivifient. Par ailleurs, le choix ne manque pas pour ravir les papilles : l’ancien quartier des dignitaires du régime, qui y vivaient en quasi huis clos (d’où son nom), a remplacé peur et portes fermées pour pavillons lumineux et papillons sociaux. Les anciennes demeures des politiciens de haut rang accueillent aujourd’hui bars huppés et cafés branchés – on recommande un passage par le KINO, dont le mobilier vintage, le jardin, la programmation de DJ sets et la liste alléchante de cocktails offrent un cadre idéal pour une pause café ou apéro.

La plus symbolique des villas politiques, l’ancienne maison du dictateur Enver Hoxha, était restée en retrait de la mouvance. Ce n’était que partie remise : mi-avril dernier, la Vila 31 a ouvert ses portes au grand public. Transformée en résidence d’artistes par la fondation Art Explora, la maison hantée ne l’est plus tant : l’esprit de création fait souffler un vent de renouveau dans ses chambres et ses salons modernistes, qui ont gardé leur charme désuet, mais ont été allègrement allégés de leur charge politique. Des open studios réguliers permettent de passer le pas de la porte.

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Vila 31 - Albanie

La pyramide pour prendre de la hauteur

La Pyramide, ancien mausolée brutaliste érigé en 1988
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La Pyramide, ancien mausolée brutaliste érigé en 1988

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© Franck Guiziou / hémis

On continue notre cheminement sur les pas d’un passé troublé : après la demeure d’Enver Hoxha, direction la pyramide de Tirana. Érigé en 1988 à la mémoire du dictateur suite à son décès, l’ancien musée Enver-Hoxha est rapidement tombé en désuétude à la chute du régime en 1991. Depuis 2021, il retrouve une nouvelle identité en tant que centre culturel, où expositions et programmation de médiation redonnent de l’élan à la grande pyramide, qu’il est aujourd’hui permis de grimper grâce à ses nouvelles marches. Du haut de sa pointe, on découvre Tirana à vue d’oiseau.

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Pyramide de Tirana

La Maison des feuilles, la police secrète à découvert

Maison des Feuilles, exposition de photos de personnes responsables des violations des droits de l’homme sous le communisme intitulée Visages de la Dictature
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Maison des Feuilles, exposition de photos de personnes responsables des violations des droits de l’homme sous le communisme intitulée Visages de la Dictature

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© Franck Guiziou / hémis

Retour sur terre pour une visite à la Maison des feuilles, telle que surnommée depuis des décennies par les locaux. Cet ancien QG de Sigurimi (« sécurité » en albanais), le service de renseignement du régime, a été transformé en musée historique en 2017. Son nom fait référence au feuillage vert qui couvre joliment sa façade, mais rappelle aussi toutes les opérations de camouflage qui s’y tenaient. Guidé par un parcours édifiant, on découvre au fil des salles les multiples rouages de l’ancien organe de police politique, qui faisait feu de tout bois pour écouter et surveiller la population – de capteurs audio cachés dans des tableaux à des manteaux couvrant discrètement un viseur photo dans leurs boutons de manche.

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Maison des feuilles - Albanie

Promenade au vert dans le Grand Parc

Le Grand parc (Parku i Madh) et le lac artificiel
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Le Grand parc (Parku i Madh) et le lac artificiel

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© Franck Guiziou / hémis

De la Maison des feuilles au Grand Parc de Tirana, il n’y a que quelques arbres de distance. Parmi les destinations préférées des locaux, l’immense espace vert pourrait bien être surnommé le Central Park des Balkans. Un tour du grand lac, suivi d’un café au soleil ou d’un dernier verre de raki dans l’une des guinguettes bordant l’eau, bouclent la boucle d’un week-end conjugué au passé recomposé.

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Grand Parc de Tirana

8R6G+P4W, Rruga Herman Gmeiner, Tiranë 1000, Albanie

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