Reportage

Qui sont les Compagnons du devoir ? Reportage dans leur « maison » de Pantin, avant ses portes ouvertes

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Ils apprennent un métier, confirment leurs acquis lors d’un « Tour de France » qui va de « maison » en « maison », et incarnent une certaine excellence à la française : mais qui sont les Compagnons du devoir ? Juste avant les portes ouvertes du 22 mars dans toute la France, nous nous sommes rendus dans la maison de Pantin (Seine-Saint-Denis), où sont notamment à l’honneur les métiers des matériaux souples – cordonnerie, maroquinerie, tapisserie.
Journée portes ouvertes des Compagnons du Devoir et du Tour de France
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Journée portes ouvertes des Compagnons du Devoir et du Tour de France

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© lescompagnonsdudevoir

Il est le prévôt de la maison, autrement dit son directeur… Pourtant, l’homme qui nous tend la main n’a que 23 ans. Rien d’illogique puisque les Compagnons du devoir commencent jeunes, nous explique rapidement Tanguy Poisvert. Si certains s’inscrivent après le baccalauréat, les plus jeunes entrent juste dès le brevet des collèges et n’ont que 15 ou 16 ans. Ils poursuivent ensuite leurs études en CAP ou en bac pro, avec d’abord un système d’alternance professionnelle (six semaines en entreprise et deux semaines de formation), puis le fameux « Tour de France ».

La maison de Pantin date de 2015, nous explique notre guide, qui nous mène d’abord dans la grande salle à manger – lieu important, puisque ses longues tables disent beaucoup de la philosophie de cette école singulière : « Chacun peut venir avec son camarade, mais il doit aussi discuter avec son voisin, même s’il ne le connaît pas. » Chez les Compagnons, on apprend autant un métier qu’un savoir-vivre, précise Tanguy Poisvert. Un tableau attribue différentes missions logistiques aux étudiants : « Notre bâtiment fait 4 000 m2, les ateliers 800, mais nous n’employons que deux personnes pour le ménage », détaille-t-il, car chacun doit prendre soin des lieux.

Les Compagnons du Devoir : développement des facultés d’adaptation
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Les Compagnons du Devoir : développement des facultés d’adaptation

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« Par exemple, on nettoie son établi aussi pour la personne qui viendra après. » Encore très jeune, le prévôt sait bien qu’un adolescent peut trouver contraignant de devoir ranger et nettoyer, mais cet apprentissage va chez les Compagnons de pair avec « le métier » : bien travailler et se comporter correctement vont nécessairement ensemble, et c’est ce qu’apprennent les jeunes en vivant en communauté du matin au soir, en dormant et en mangeant sur place. Leurs chambres, d’une dizaine de m2 chacune, sont aussi vérifiées. « Ce n’est pas militaire », sourit Tanguy Poisvert, mais personne n’est livré à lui-même.

Une règle humaniste

La philosophie des Compagnons est en tout cas restée intacte : il s’agit de vivre et de travailler ensemble, de voyager dans la communauté, de « favoriser la qualité des rapports humains ».

Au mur de la salle à manger, la « Règle des Compagnons du devoir » est encadrée, indiquant qu’on apprendra dans ces lieux à « rêver de faire de sa vie quelque chose en complétant sa maîtrise de la technique par d’autres richesses humaines comme la culture, l’art, la spiritualité… » En face de la Règle, sont affichés les portraits des trois fondateurs du compagnonnage – le roi Salomon, Maître Jacques et le père Soubise –, dont la légende un brin fantaisiste fait remonter l’existence des Compagnons à l’édification du temple de Jérusalem au Xe siècle avant J.-C.

En réalité, inscrit depuis 2010 à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le compagnonnage remonterait plutôt au Moyen Âge ; le musée dédié à son histoire à Tours raconte ainsi que deux vitraux du XIIIe siècle, l’un à la cathédrale de Chartres, l’autre à Bourges, portent les premières représentations connues des rubans portés par les compagnons tailleurs de pierre. S’il y a eu quelques changements majeurs en huit siècles d’existence (les filles ne sont admises que depuis 2004 !), la philosophie est restée intacte : il s’agit de vivre et de travailler ensemble, de voyager dans la communauté, de « favoriser la qualité des rapports humains et s’efforcer en toutes circonstances de rechercher d’abord l’harmonie entre les Hommes », comme le dit la Règle.

Dans l’atelier de matériaux souples

Au rez-de-chaussée du bâtiment, l’atelier sent bon le cuir. Supervisés par des formateurs, les jeunes ici réunis deviendront selliers, tapissiers, cordonniers, podo-orthésistes, maroquiniers. Ces derniers travaillent debout, sur des tables hautes, tandis que les cordonniers sont assis bas, et manient les chaussures entre leurs cuisses. « 99 % du cuir proviennent de dons et de fins de collection », par exemple de Louis Vuitton, avec lequel les Compagnons ont un partenariat. Au sous-sol, un espace est réservé à l’apprentissage de la plomberie – mais le site le plus important est au Bourget. Dans les étages, se trouvent les chambres des 90 jeunes.

Les Compagnons du Devoir : ouverture à de nouveaux environnements et de nouvelles personnes
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Les Compagnons du Devoir : ouverture à de nouveaux environnements et de nouvelles personnes

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Les jeunes quittent le domicile familial, doivent contacter eux-mêmes l’entreprise qui les accueillera pour leur première inscription, travailler six semaines sur huit…

Outre le prévôt, dont la figure peut paraître un peu autoritaire aux plus jeunes, les étudiants peuvent s’adresser à une maîtresse de maison (souvent une femme), « diplômée dans le social », nous dit Tanguy Poisvert, « et qui incarnera une figure un peu maternelle ». Car s’inscrire aux Compagnons, c’est un peu se lancer dans le grand bain de la vie d’adulte : les jeunes quittent le domicile familial, doivent contacter eux-mêmes l’entreprise qui les accueillera pour leur première inscription, travailler six semaines sur huit…

Les Compagnons du Devoir : acquisition d’une large gamme de savoir-faire
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Les Compagnons du Devoir : acquisition d’une large gamme de savoir-faire

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L’organisation fait toutefois attention à eux. On peut leur déconseiller une entreprise douteuse, on leur garantit un premier salaire à 50 % du Smic (alors que la loi n’impose que 27 % pour la première année). « Cela a une vertu : les patrons payent un peu plus cher, ils le sentent passer, donc ils font plus attention à ce que leur apprenti apprenne vraiment, et qu’il soit utile », analyse le prévôt. Pour ce qui est du parcours type, il n’y en a pas, affirme-t-il. Mais il y a de grandes étapes : après une ou deux premières années, il y a « l’adoption », autrement dit un projet de 40 à 50 heures de travail, qui valide ce premier apprentissage. Chez les matériaux souples, cela peut être par exemple la confection d’une chaussure.

Le fameux « Tour de France »

Après cela, il y a le « Tour de France », étape fondamentale car elle signe « l’ouverture à la cité » des Compagnons, autrement dit l’ouverture sur le monde : l’étudiant part pour deux, trois, quatre ans, et passe chaque année dans une maison différente, dans laquelle il poursuivra l’apprentissage de son métier, au sein de l’une des 28 000 entreprises partenaires des Compagnons. « Un couvreur qui travaille à Paris ou à Marseille ne va pas du tout faire le même travail, travailler sur les mêmes monuments historiques ! » Par ailleurs, le logement proposé a le même prix partout, indexé à 41 % du Smic – ce qui permet à des jeunes désargentés de pouvoir vivre à Paris sans payer un loyer exorbitant.

Le voyage est le pilier central de la formation chez les Compagnons du Devoir
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Le voyage est le pilier central de la formation chez les Compagnons du Devoir

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Après le « Tour de France », il y a la « réception », un travail beaucoup plus long et ambitieux que « l’adoption » ; Tanguy Poisvert nous montre ainsi un impressionnant sac de golf en cuir, fièrement exposé dans une vitrine de la maison de Pantin. Le parcours continue ensuite, puisqu’après la réception il y a encore « les années de gâche », qui permettent aux compagnons itinérants de devenir responsables de leur corps de métier, formateurs ou prévôts de maison. Enfin, après cela, « chacun fait ce qu’il veut », mais la philosophie du contre-don, chère à l’association, invite chacun à rester plus ou moins dans les parages, ne serait-ce qu’en ouvrant son entreprise aux jeunes ou en donnant une semaine de son temps en tant que formateur, pour « maintenir les échanges intergénérationnels ».

Outre leurs grands projets médiatiques (dernier en date : la participation à la restauration de la charpente de Notre-Dame de Paris), l’excellence souvent associée aux Compagnons tient donc à cette philosophie de vie humaniste. « On se sert du métier pour former de bons humains ! Et puis, on a aussi l’idée d’en faire toujours un petit peu plus. Après une semaine de formation, les jeunes pourront être invités à prendre sur leur week-end pour suivre un stage de marqueterie, par exemple. Certains sont chargés de trouver des activités à faire. » Tentés, intéressés, curieux ? Les Compagnons ouvrent gratuitement leurs portes ce samedi 22 mars, dans toute la France.

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Pour en savoir plus sur les Compagnons du devoir :

Consultez le site des Compagnons de devoir ou rendez-vous dans l’une des 60 maisons de France ce samedi 22 mars 2025

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