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REPORTAGE

Attention, trésors ! Dans les coulisses du chantier des collections du musée des Tissus de Lyon

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Publié le , mis à jour le
Fermé pour d’importants travaux, le musée des Tissus de Lyon a déménagé ses réserves dans un espace temporaire externalisé, où il a entrepris un vaste chantier des collections. Une opération d’envergure qui a notamment permis aux équipes de faire de nouvelles découvertes, publiées dans un beau livre, 160 ans de collections, à l’occasion de l’anniversaire du musée.
Restauration dans les réserves du musée des Tissus de Lyon
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Restauration dans les réserves du musée des Tissus de Lyon, 2024

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Photo Sylvain Pretto

C’est un grand portail tout à fait banal, quand bien même un peu fatigué, dans les environs de Lyon. Depuis la rue, impossible de deviner ce qui se passe entre les murs de ce qui ressemble à une maison quelconque. On se doute encore moins du trésor qu’il renferme… Pourtant, ce lieu tenu secret est le théâtre d’opérations très spéciales. Car c’est bien là que les réserves du musée des Tissus de Lyon ont élu domicile, le temps que ne s’achève le vaste chantier de rénovation du musée débuté en 2021.

Musée en travaux, collections au repos ? Bien au contraire ! En attendant de reprendre ses quartiers dans un hôtel de Lacroix-Laval flambant neuf, l’équipe du musée a entrepris un chantier des collections monumental, pour ne pas dire extraordinaire. Le défi est de taille : le musée des Tissus possède la plus importante collection textile au monde – plus 800 000 pièces textiles, d’ameublement, de mode et d’échantillons – ainsi que la deuxième collection d’arts décoratifs en France, composée de 27 000 œuvres. Des chiffres qui donnent le tournis !

Des trésors minutieusement restaurés

Anne-Rose Bringel, restauratrice dans les réserves temporaires du musée des Tissus de Lyon
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Anne-Rose Bringel, restauratrice dans les réserves temporaires du musée des Tissus de Lyon, 2024

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Photo Sylvain Pretto

De quoi donner bien du travail aux trois restauratrices, qui chaque jour prennent soin des œuvres passant entre leurs mains expertes. « Le chantier des collections est un moment exceptionnel dans la vie d’une restauratrice », s’émeut Anne-Rose Bringel, qui vient renforcer pour l’occasion les équipe du musée pendant quelques mois. Bien sûr, toutes les œuvres ne font pas l’objet d’une restauration complète, mais elles sont ici méticuleusement étudiées : constats d’état, vérification des numéros d’inventaire et des informations concernant les techniques, prises de vues sous toutes les coutures…

« L’idée est de traiter le maximum de choses pour améliorer le conditionnement des œuvres », précise la restauratrice en ôtant soigneusement de la colle d’un velours du XVIe siècle, jusqu’ici monté dans un cadre avec passe-partout. Une fois cette délicate opération effectuée, la pièce rejoindra une boîte réalisée avec « des matériaux stables et chimiquement neutres ». Ce conditionnement dépend du type et du format des items. Pour certains d’entre eux, comme le pourpoint dit « de Charles de Blois » (milieu du XIVe siècle) – l’inestimable « Joconde » du musée des Tissus –, il faut réaliser des mannequinages sur mesure. On n’est finalement pas si loin de la haute couture…

Le Pourpoint dit « de Charles de Blois » (milieu XIV<sup>e</sup> siècle) dans les réserves temporaires du musée des Tissus de Lyon
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Le Pourpoint dit « de Charles de Blois » (milieu XIVe siècle) dans les réserves temporaires du musée des Tissus de Lyon

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Photo Inès Boittiaux / BeauxArts.com

Pince, scalpel : ici, on travaille avec les outils et la précision d’un chirurgien ! « J’aime bien comparer ces œuvres à des personnes âgées. On les manipule avec douceur », explique encore Anne-Rose Bringel avant de poursuivre : « On est très humble et respectueux dans notre métier. Si le travail est bien fait, alors il est impossible de voir notre intervention et c’est tant mieux. »

Un long travail d’identification

« C’est très important de pouvoir documenter ce fonds, de le numériser et de le rendre accessible aux chercheurs. »

Aziza Gril-Mariotte

Dans l’autre grande salle dédiée au chantier, éclairée par de puissants néons comme un bloc opératoire, on s’active aussi. Noémie Michel, jeune technicienne de conservation spécialiste des échantillons, travaille sur le fonds composé de quelque 1 000 échantillons de la designer textile Andrée Brossin de Méré (1915–1987). La tâche est d’ampleur : il s’agit d’attribuer à chacun de ces tissus imprimés un numéro d’inventaire, qui est ensuite cousu sur la pièce. Afin d’éviter tout pli, qui favorise les déchirures et la formation de poussière, ils sont ensuite soigneusement conditionnés à plat dans des boîtes avec des matériaux de conservation tels que du papier ou du carton permanents.

Le fonds composé de quelque 1 000 échantillons de la designer textile Andrée Brossin de Méré
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Le fonds composé de quelque 1 000 échantillons de la designer textile Andrée Brossin de Méré, 2024

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Photo Inès Boittiaux / BeauxArts.com

Prises de photos et de mesures, ajout de descriptions techniques… : tout est fait pour simplifier l’identification des items en réserve. « C’est très important de pouvoir documenter ce fonds, de le numériser et de le rendre accessible aux chercheurs. Cela permet d’identifier des robes créées avec des tissus de Brossin de Méré, notamment dans les salles de vente », souligne Aziza Gril-Mariotte, directrice générale du musée. Les équipes du musée ont ainsi une meilleure connaissance de l’état de leurs collections et peuvent plus facilement décider le moment venu (par exemple avant un prêt ou une exposition) de la restauration d’une œuvre – et ce sans avoir à la manipuler.

Un anniversaire et un livre

Le musée des Tissus de Lyon abrite aussi le siège social du Centre international d’étude des textiles anciens (CIETA)
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Le musée des Tissus de Lyon abrite aussi le siège social du Centre international d’étude des textiles anciens (CIETA), 2024

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Photo Inès Boittiaux / BeauxArts.com

Le musée des Tissus de Lyon abrite aussi le siège social du Centre international d’étude des textiles anciens (CIETA), qui regroupe des spécialistes du monde entier. Fondée en 1954, l’institution a depuis développé une méthode d’analyse normalisée des textiles. L’objectif : permettre aux scientifiques d’échanger sur les données techniques que l’on peut observer sur un textile ancien. « Cela permet d’apporter des informations sur la sophistication du tissage, d’identifier la provenance du textile, d’affiner sa datation… », précise Julia Gazères, chargée des analyses textiles et de la formation au CIETA.

Aidée de son compte-fils, de son monoculaire et de son microscope électronique, Julia Gazères ausculte attentivement les pièces qui passent sur son bureau. Si sa principale mission est de fournir aux équipes du musée des « renseignements principaux » (par exemple sur la matière employée ou le type de tressage), il lui arrive aussi de réaliser des analyses complètes à la demande, « en fonction des acquisitions ou des pièces qui sortent en exposition ».

Densité de fil et de trame au centimètre, méthode de construction… Le résultat de ses observations est ensuite compilé dans un dossier de recensement qui est mis à disposition des chercheurs. « Au départ, il y a la création textile, avec tout ce que cela sous-tend de connaissances théoriques. L’analyse fait le chemin inverse. Elle permet de décomposer étape par étape la chaîne de fabrication », explique-t-elle face à une remarquable pièce du XVIe siècle.

Robe infante de Carven (collection haute couture printemps-été 2004) dans les réserves temporaires du musée des Tissus de Lyon
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Robe infante de Carven (collection haute couture printemps-été 2004) dans les réserves temporaires du musée des Tissus de Lyon, 2024

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Photo Inès Boittiaux / BeauxArts.com

Cette pièce exceptionnelle figure, comme le pourpoint dit « de Charles de Blois » ou une sublime Robe Infante de la maison de couture Carven, parmi les 160 œuvres sélectionnées pour figurer dans l’ouvrage 160 ans de collections, tout juste publié à l’occasion de l’anniversaire du musée. Un beau livre rédigé par quelque 84 experts internationaux qui fait état des nombreuses découvertes réalisées par les équipes du musée des Tissus pendant le chantier des collections. De quoi patienter d’ici sa réouverture, qui n’est pas prévue avant 2029

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Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon

Actuellement fermé pour travaux

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À lire

160 ans de collections. Les trésors du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon

Ouvrage collectif sous la direction de Marion Falaise et Aziza Gril-Mariotte

Coéd. musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon et Lienart éditions • 360 p. • 35 €

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