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Céret

Qui est Teresa Lanceta, tisseuse prolifique considérée comme l’une des plus grandes artistes espagnoles actuelles ?

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Le musée d’art moderne de Céret, près de Perpignan, retrace les 52 années de tissage de l’artiste Teresa Lanceta, lauréate en 2023 du Prix national des arts plastiques, l’une des plus hautes distinctions de l’art contemporain espagnol. Grandiose, inhabituelle, fantaisiste, sa pratique se lit à travers soixante-dix œuvres, à admirer comme des tableaux.
Vue de l’exposition “Teresa Lanceta, La mémoire tissée” du musée d’Art Moderne de Céret
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Vue de l’exposition “Teresa Lanceta, La mémoire tissée” du musée d’Art Moderne de Céret

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© Musée d'Art Moderne de Céret / Photo Nicolas Giganto / ADAGP, Paris, 2024

Il y a dans ses tissages le ciel de Séville, les couleurs du flamenco, les traditions gitanes. Mais aussi la grille moderniste de Mondrian ou les symboles de Paul Klee. Beaucoup de formes répétitives, triangles et losanges, mais aussi des ruptures : une ligne d’horizon, un changement de nuancier.

Les œuvres de Teresa Lanceta ne lassent pas – elles raniment, dilatent la pupille par leur composition et leur taille immense, de plusieurs mètres de long. Certaines n’ont jamais été exposées auparavant ; c’est la première monographie de l’artiste en France.

Une artiste autodidacte

Portrait de Teresa Lanceta
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Portrait de Teresa Lanceta

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Courtesy 1 Mira Madrid Gallery / Musée d’Art Moderne de Céret

Née à Barcelone en 1951, c’est durant ses études à la faculté de philosophie et de lettres, au contact des communautés gitanes dans le quartier d’El Raval, qu’elle commence à tisser ce qu’il y a de plus simple, des rayures puis des losanges, entremêlant les fils des vêtements usagés de ses proches selon la tradition andalouse (appelée « jarapa »). Une autodidacte donc, téméraire de surcroit : en 1982, après un atelier auprès de femmes détenues, elle part au Maroc sur l’invitation de l’anthropologue hollandais Bert Flint, à la rencontre des tisserandes du Moyen et du Haut Atlas. C’est une révélation.

Peu importe l’art conceptuel alors en vogue à Barcelone, elle sait que «  le textile peut parler d’autre chose, comme la peinture », même si, dans les années 90, ressentant le besoin de créer vite, elle se lance parfois dans des portraits dessinés d’enfants ou des tableaux cousus avec des bouts de tissus rapiécés. En témoigne La Noche (1993) visible à Céret, étoiles trouées sur fond noir qui font penser aux nocturnes de Van Gogh.

Techniques ancestrales et nomadisme

Teresa Lanceta, J’ai fait un rêve III (Tuve un sueño III)
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Teresa Lanceta, J’ai fait un rêve III (Tuve un sueño III), 1993

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Pastel et fusain sur papier fait main • 41 × 35 cm • Coll. particulière • Courtesy 1 Mira Madrid Gallery / © Teresa Lanceta / ADAGP, Paris, 2024

« Pendant longtemps, les galeries me disaient : « Faites la même chose en peinture et nous exposerons votre travail immédiatement ». Mais j’ai toujours refusé » relate-t-elle, déterminée à attendre que cette technique ancestrale, « vecteur de la transmission de l’art aux populations à faibles revenus », selon ses termes, soit enfin reconnue et valorisée. Première étape : en 2000, elle bénéficie d’une rétrospective au musée Reina Sofía de Madrid.

Neuf ans plus tard, la voilà au Gezira Art Center du Caire où elle en profite pour étudier les textiles coptes puis en 2016, elle participe à une exposition à la Casa Encendida de Madrid sur la condition des femmes berbères : son travail est éminemment politique. Il donne voix aux minorités, traite du multiculturalisme ou de la colonisation via des motifs mudéjars (série La Alfombra española siglo XV) ou des oued, zigzags marocains désignant la rivière (série Bert Flint I-VII,1997), symboles d’une mémoire collective.

Teresa Lanceta, Jacob soño
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Teresa Lanceta, Jacob soño, 1984

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Laine et coton • 240 × 190 cm • Collection du Conseil provincial d’Alicante – MUBAG, Alicante • Courtesy 1 Mira Madrid Gallery / © Teresa Lanceta / ADAGP, Paris, 2024

Comme ses grands patchworks aux teintes rouge sang et jaune catalan qui bouclent le parcours, des « territoires élargis » pouvant s’étendre à l’infini. « Me gustan las banderas » (« J’aime les drapeaux ») nous souffle-t-elle, timide, devant ses œuvres abstraites suspendues telles des sculptures textiles. On y lit sa fantaisie (visible aussi au damier rouge et noir qui compose la monture de ses lunettes), sa spontanéité (elle ne dessine jamais avant de tisser) et son nomadisme.

Un goût de l’errance

Teresa Lanceta, L’Ordre de la fanfare, fragment (La Orden de la Banda, fragmento)
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Teresa Lanceta, L’Ordre de la fanfare, fragment (La Orden de la Banda, fragmento), 2004

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Laine et coton • 175 × 110 cm • Coll. particulière • © Courtesy 1 Mira Madrid Gallery / Teresa Lanceta / ADAGP, Paris, 2024

Désormais installée à Alicante, Teresa Lanceta a sillonné l’Espagne avec son métier à tisser pour y séjourner aux côtés de communautés gitanes à Madrid, à Séville ou sur les collines de Grenade. Elle y déménagea parfois dans la même rue, nous confie-t-elle, simplement attirée par les volets d’une autre fenêtre. Histoire de changer de point de vue, d’élargir son horizon.

C’est donc ici que réside son génie, dans cette ouverture au monde, ce goût de l’errance qui l’habitent depuis son enfance vécue en plein régime franquiste. À cette époque, confie-t-elle dans un entretien pour le catalogue de l’exposition, « la famille de ma mère avait une vision des choses différente de celle que j’entendais à l’école ou dans la rue, une liberté que je ne voyais nulle part ailleurs autour de moi. Aujourd’hui encore, je trouve cette liberté extraordinaire. J’ai donc besoin de raconter ce que j’ai vécu – qui était si merveilleux – dans mon enfance. Cette liberté, malgré tout, malgré l’obscurité. »

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Teresa Lanceta. La mémoire tissée

Du 2 mars 2024 au 2 juin 2024

www.musee-ceret.com

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