Métier des coulisses

Chloë Collin, la commissaire-priseur geek et chic qui agite les réseaux sociaux

Par

Publié le , mis à jour le
Dénicher, expertiser et estimer des objets hors du commun, c’est son quotidien ! À la tête du département « Post-War et Art contemporain » de la maison de vente Pierre Bergé & Associés et spécialisée dans le graffiti, la jeune commissaire-priseur Chloë Collin est aussi une vedette du métier sur les réseaux sociaux, où elle est plus connue sous le nom de « La Saint Glinglin ». Rencontre avec une surdouée du marteau.
Portrait de Chloë Collin, commissaire-priseur chez Pierre Bergé & associés à Paris, tenant son marteau
voir toutes les images

Portrait de Chloë Collin, commissaire-priseur chez Pierre Bergé & associés à Paris, tenant son marteau, 2024

i

© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

Au dernier étage d’un immeuble haussmannien du 8e arrondissement, des dizaines et dizaines d’œuvres d’art, bien emballées dans du papier bulle, s’amoncellent du sol au plafond de chambres de bonne ! C’est dans ce décor que Chloë Collin, une habituée des greniers, a l’habitude d’opérer. Parmi le bric-à-brac, son œil vif repère au quart de tour des pépites insoupçonnées. Mais cette-fois ci, la jeune commissaire-priseur de 28 ans sait déjà à quoi s’en tenir. Depuis quelques jours, elle effectue un inventaire pour le compte d’un particulier, amateur d’art urbain et d’art brut qui souhaite se séparer d’une partie de sa collection.

La jeune femme à la frange blonde et au regard bleu espiègle nous a donné rendez-vous dans un café, à quelques pas de son lieu de travail du moment. La journée s’annonce chargée, mais peu importe : elle adore dévoiler les coulisses de son métier, c’est même ce qui fait son originalité !

Une rencontre déterminante

Surnommée « la Saint Glinglin » sur les réseaux sociaux, l’élégante commissaire-priseur partage ses trouvailles, des plus insolites (comme des cartes Pokémon), aux plus somptueuses (tel ce Poudrier Schiaparelli dessiné par Dalí). Avec presque 13 000 followers sur TikTok et 16 000 sur Instagram, elle fait partie de cette nouvelle génération très connectée qui lève le voile sur des métiers jugés élitistes et méconnus, grâce à leur smartphone… et qui s’en font les meilleurs porte-paroles. L’influenceuse au marteau est même devenue une star de la profession.

Depuis quelques jours, elle effectue un inventaire pour le compte d’un particulier, amateur d’art urbain et d’art brut qui souhaite se séparer d’une partie de sa collection
voir toutes les images

Depuis quelques jours, elle effectue un inventaire pour le compte d’un particulier, amateur d’art urbain et d’art brut qui souhaite se séparer d’une partie de sa collection, 2024

i

© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

« J’étais impressionnée de voir une femme au marteau. »

Tout juste nommée en septembre 2023 à la tête du département « Post-War et Art contemporain » chez Pierre Bergé & Associés, elle figurait déjà deux mois plus tard dans le classement Vanity Fair des 30 personnalités de moins de 30 ans à suivre absolument. Une reconnaissance médiatique fulgurante qu’elle doit en partie à l’incarnation maîtrisée de son personnage un brin vintage, mi-fée, mi-intello. L’art de la comédie, elle le cultive depuis ses huit ans en foulant les planches à Rennes. La Bretonne d’origine songe même quelque temps à lui consacrer toute sa vie. Une fois arrivée à Paris pour sa double licence en lettres classiques et histoire de l’art, elle s’inscrit aux cours Florent. Mais sa carrière d’actrice s’arrête rapidement au profit d’une autre, apparue comme une évidence au détour d’une rue.

Sa spécialisation dans l’art urbain et les graffitis en particulier, lui permet de développer un réseau de niche, et d’être reconnue comme experte sur le sujet par les collectionneurs qui auraient besoin de recourir à ses services
voir toutes les images

Sa spécialisation dans l’art urbain et les graffitis en particulier, lui permet de développer un réseau de niche, et d’être reconnue comme experte sur le sujet par les collectionneurs qui auraient besoin de recourir à ses services, 2024

i

© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

« Je me promenais au marché des Lices à Rennes, une institution de la ville ! C’est là que je tombe sur elle, Carole Jézéquel. » La commissaire-priseur officie à la maison de vente Rennes Enchères Bretagne. « J’étais impressionnée de voir une femme au marteau. » Une révélation pour la jeune étudiante de 19 ans. Elle réussit à obtenir un stage auprès de celle qui sera son mentor, puis un autre chez Christie’s à Londres : le graal ! Les planètes s’alignent. Déterminée, elle valide une licence de droit en plus de sa licence d’histoire de l’art – une obligation pour passer l’examen de commissaire-priseur, qu’elle prolonge jusqu’à la maîtrise. Son sujet de mémoire ? L’institutionnalisation de l’art urbain.

Passionnée d’art urbain

« Je collectionne les procès-verbaux de la RATP. » Dans les années 1990, ses agents ont en effet livré des rapports étonnamment précis des œuvres repérées dans le métro, s’improvisant presque critiques d’art !

Cette amoureuse des graffitis, déjà ébahie par l’inventivité des écritures rebelles affichées dans les toilettes de son collège, en a fait une spécialité. C’est d’ailleurs elle qui initie la création d’un département dédié chez Pierre Bergé. « L’importance du lettrage et la question de la trace… Sociologiquement, c’est passionnant ! » s’extasie celle qui cite tour à tour Futura 2000, Lek & Sowat, Zlotykamien, JREt sa bible : Subway Art des photographes Martha Cooper et Henry Chalfant. Mais alors, comment peut-on collectionner et vendre aux enchères des graffitis ? « Sous la forme de dessins préparatoires, photos ou même des portes de métro. » répond-elle du tac au tac. « Personnellement, je collectionne les procès-verbaux de la RATP. » Dans les années 1990, âge d’or des graffeurs, les agents de la société de transport ont en effet livré des rapports étonnamment précis des œuvres illégales repérées dans le métro, s’improvisant presque critiques d’art !

Tout juste nommée en septembre 2023 à la tête du département « Post-War et Art contemporain » chez Pierre Bergé & Associés, elle figurait déjà deux mois plus tard dans le classement Vanity Fair des 30 personnalités de moins de 30 ans à suivre absolument
voir toutes les images

Tout juste nommée en septembre 2023 à la tête du département « Post-War et Art contemporain » chez Pierre Bergé & Associés, elle figurait déjà deux mois plus tard dans le classement Vanity Fair des 30 personnalités de moins de 30 ans à suivre absolument, 2024

i

© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

Sa spécialisation dans l’art urbain et les graffitis en particulier, lui permet de développer un réseau de niche, et d’être reconnue comme experte sur le sujet par les collectionneurs qui auraient besoin de recourir à ses services. Pour autant, sa formation, exigeante et pointue, lui permet d’estimer la valeur de n’importe quelle œuvre. Au plus grand bonheur de cette geek de l’art, hyperactive et hyper-bosseuse, qui pourrait passer ses journées à la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA).

« Une passeuse » d’objets mais aussi d’histoires

La jeune commissaire-priseur Chloë Collin est aussi une vedette du métier sur les réseaux sociaux, plus connue sous le nom de « La Saint Glinglin »
voir toutes les images

La jeune commissaire-priseur Chloë Collin est aussi une vedette du métier sur les réseaux sociaux, plus connue sous le nom de « La Saint Glinglin », 2024

i

© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

Très souvent, la commissaire-priseur « arrive à un moment-clé de la vie des gens : un divorce, un décès… » Chloë Collin se voit comme « une passeuse » d’objets mais aussi d’histoires. Pour mener à bien sa délicate mission, elle doit suivre un protocole très strict, divisé en deux temps. D’abord, à l’aide de son mètre-ruban, sa loupe et sa balance, la jeune femme dresse un inventaire détaillé avec toutes les caractéristiques techniques des objets qui lui ont été confiés. Une fois cette tâche fastidieuse mais primordiale réalisée, elle peut ensuite estimer leur valeur – une fourchette de prix en général. Quelques recherches documentaires lui sont parfois nécessaires.

Après cette première partie technique, un travail de promotion s’amorce pour mettre en valeur le lot en vue de la vente aux enchères. Cela peut se faire via les réseaux sociaux mais aussi dans le cadre d’une exposition, gratuite et ouverte à tous. Ce n’est qu’à l’issue de ce processus que la commissaire-priseur pourra mener les enchères et proclamer d’un ton solennel : « Adjugé ! » – terme qui implique une transmission directe au nouvel acquéreur.

Un look haut en couleur

Lunettes XXL, haut à froufrou, tailleur vintage, bagues dorées à tous les doigts, babies rose poudré aux pieds… Avec son look haut en couleur, composé notamment de pièces chinée chez Drouot, Chloë Collin frappe autant les esprits que son marteau dans les salles de vente ! L’instrument d’adjudication qu’elle nomme « sa baguette magique », enrobé de rose bonbon et habillé de rayures noires et blanches, a été conçu par le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale, pour s’accorder à son image : surprenante et percutante !

Sur ses comptes Instagram et TikTok, véritables vitrines de son travail, elle soigne son image. « J’aime l’idée qu’on puisse regarder mon métier comme un tableau » explique-t-elle. Un visuel léché donc, sans pour autant perdre en spontanéité. Elle partage des morceaux de sa vie, ses œuvres d’art fétiches – de Jérôme Bosch à Tamara Lempicka , et surtout ses dernières découvertes chez des particuliers. Dans son petit musée virtuel : un bijou Cartier de la Belle Époque, une horloge du XIXe siècle retrouvée dans un grenier, une partition de musique du Moyen Âge… Tous les ingrédients sont réunis pour faire marcher les algorithmes, et faire vibrer la corde sensible de ses followers !

Arrow

Pour en savoir plus sur l'univers de Chloë Collin

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi