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Reportage

Dans les Pouilles, la performeuse Romina de Novellis accueille artistes et chercheurs dans sa fructueuse résidence

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Publié le , mis à jour le
À Galatina, en Italie, l’artiste performeuse Romina de Novellis invite chaque été chercheurs, anthropologues, directeurs d’institutions et journalistes le temps d’un festival vidéo au cœur de sa « Domus », résidence d’artiste féministe. « Un projet convivial et un outil performatif », qui vient d’intégrer le « Nouveau Grand Tour » conçu par l’Institut Français d’Italie (IFI) et l’Ambassade de France en Italie. Reportage au cœur de l’été.
Ange Leccia, La Déraison du Louvre (Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024)
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Ange Leccia, La Déraison du Louvre (Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024), 2024

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Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024 • © Domus Artist Residency © Adagp, Paris 2024

Tout commence sur un toit-terrasse de la petite cité historique de Galatina, au cœur des Pouilles italiennes, autour de délicieuses pizzas à la mozzarella et à la tomate. Il est 22h30 passés sous une chaleur accablante et les discussions vont bon train. On y croise des personnalités d’horizons divers, réunies durant trois jours, du 18 au 20 juillet.

Leur point commun ? Leur amour de l’art et de la culture. Chercheurs, anthropologues, directeurs d’institutions, journalistes… tous venus sur l’invitation de l’artiste et performeuse Romina de Novellis (née en 1982) pour participer à des tables-rondes et des visites d’expositions.

« Un projet convivial et un outil performatif »

Romina de Novellis
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Romina de Novellis

L’initiative, qui a vu le jour en 2018 par le biais de son association Essenza, a d’abord été soutenue par des fonds privés avant d’attirer, depuis peu, l’intérêt de la commune de Galatina – au point de créer un partenariat avec le musée Castromediano de Lecce, la ville voisine. Pour couronner cette évolution, le projet vient d’intégrer le « Nouveau Grand Tour » conçu par l’Institut Français d’Italie (IFI) et l’Ambassade de France en Italie qui réunit des résidences destinées aux jeunes talents européens de moins de 30 ans.

La « Domus Artist Residency » de Romina de Novellis accueille en effet des artistes en résidence tout au long de l’année. Mais son point d’orgue reste le symposium, accompagné d’un festival d’art vidéo, organisé au cœur du mois de juillet. Selon le vœu de Romina, « Domus » est un « projet convivial et un outil performatif ». Chacun peut amener son point de vue sur les thématiques choisies sans frontière de disciplines.

Un étonnant phénomène source d’introspection

Au-delà de l’indéniable bonne humeur qui caractérise ce rendez-vous culturel, c’est aussi la qualité des interventions qu’il faut souligner, toujours en lien avec les sujets chers à Romina de Novellis tels que l’écoféminisme, le corps, les systèmes de domination ou le rapport symbolique aux icônes. Autant de thèmes que l’artiste a mis en scène avec force, que ce soit à la Biennale de Venise, à la FIAC hors-les-murs à Paris, au Palais de Tokyo ou au musée de la Chasse et de la Nature lors de performances remarquées.

Tout commence sur un toit-terrasse de la petite cité historique de Galatina, au cœur des Pouilles italiennes. Au fond, Romina de Novellis.
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Tout commence sur un toit-terrasse de la petite cité historique de Galatina, au cœur des Pouilles italiennes. Au fond, Romina de Novellis.

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TAKE CARE 2023 • © Domus Artist Residency

Une fois par an, durant des siècles, des femmes, soi-disant mordues par une tarentule, y exprimaient, au rythme de danses cathartiques, leurs souffrances.

Dans les Pouilles, c’est un peu un retour aux sources dans cette région où la jeune femme venait en vacances avec ses parents. C’est aussi un long cheminement introspectif, autant personnel que collectif, à la manière d’Eurydice descendant aux Enfers. Romina de Novellis cite ce mythe non pour parler d’un amour perdu mais de souffrances enfouies, non dites, celles de femmes brisées dans leur chair et abandonnées à leur sort.

Car c’est sur la place de Galatina devant une petite chapelle dédiée à Saint-Paul qu’est né un autre mythe, celui du tarentisme. Une fois par an, durant des siècles, des femmes, soi-disant mordues par une tarentule, y exprimaient, au rythme de danses cathartiques, leurs souffrances, pour demander la grâce au saint, réputé pour protéger des piqûres de bêtes…

Liliana Moro, La Solida avventura (Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024)
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Liliana Moro, La Solida avventura (Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024), 1993

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projection Perform(her) 2023– TAKE CARE • © Domus Artist Residency

« À l’origine, l’idée de ce programme de résidence d’artistes et de chercheuses, notamment des femmes issues de la Méditerranée et du Sud global, m’est venue parce que sur ce petit territoire, à Galatina, il y avait ce phénomène assez extraordinaire que j’ai voulu relier à la notion de performance : ces femmes vivant dans des conditions extrêmes et subissant des violences au sein de la sphère intime et familiale, dans un contexte rural et pauvre, exprimaient leurs douleurs ici », explique Romina de Novellis avec ferveur.

Une chambre de « Domus Artist Residency » à Galatina
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Une chambre de « Domus Artist Residency » à Galatina

À travers « Domus », elle réussit à transformer la douloureuse légende en art. Si c’est elle au début qui s’est identifiée à ces femmes au regard de son histoire personnelle, c’est aujourd’hui la portée collective du projet qui en fait tout l’intérêt, le militantisme féministe devenant « un espace de réflexion transversal à travers l’activisme, la recherche scientifique et l’art contemporain », précise-t-elle.

La tomate au cœur des échanges

« Est-ce que l’art contemporain mondialisé, produit calibré aisément transportable est à la culture mondialisée ce que la tomate est à l’industrie alimentaire ? »

Fabien Danesi

Lors des éditions précédentes, avaient par exemple été abordées la question des migrations autour de la Méditerranée, celle du genre et de la condition féminine ou encore celle de la mort des oliviers dans ce sud italien. Cette année, le symposium s’intitulait « Viva la pappa col pomodoro » (du nom d’une chanson créée en 1965 par la réalisatrice et actrice italienne Lina Wertmüller, en collaboration avec le compositeur Nino Rota et interprétée par la chanteuse Rita Pavone pour accompagner une émission de télévision).

Plus précisément, il était question de l’or rouge, à savoir la tomate, déclinée dans tous ses états, de la soupe populaire d’un pays rural au motif du pop art. Ainsi a-t-on pu entendre, sous la modération de Rafael Pic (rédacteur en chef du Quotidien de l’Art, titre du groupe Beaux Arts & Cie), la parole passionnante de Fiammetta Fanizza, politologue italienne qui a éclairé les délicates interactions entre les conditions miséreuses des migrants parqués dans des camps et les demandes de l’industrie de la tomate, avec au cœur de ce rouage, l’emprise du caporalato, système mafieux qui exploite la main d’œuvre bon marché.

Henrik Vibskov, AW23 LONG FINGER TO MA TOES (Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024)
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Henrik Vibskov, AW23 LONG FINGER TO MA TOES (Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024), 2023

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Vidéo Paris Fashion Week • Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024 • © Domus Artist Residency

Autre échange, à visée plus artistique, sous la modération de Marta Ponsa (responsable des projets artistiques et de l’action culturelle au Jeu de Paume), celui de l’historienne d’art Frédérique Desbuissons dans un exercice de style sur la représentation de l’alimentation et sa symbolique de l’Antiquité à l’époque moderne. En écho, Fabrice Gaignault (rédacteur en chef Art au magazine Transfuge) a évoqué les imaginaires culinaires d’artistes contemporains à travers ses rencontres avec David Hockney, Miquel Barceló ou Anselm Kiefer. Ce dernier lui avouant que s’il devait voler un tableau, il choisirait L’Asperge d’Édouard Manet (1880).

La thématique de la tomate, que ce soit à travers sa portée symbolique ou l’intensive entreprise d’industrialisation moderne qu’elle engendre a aussi permis d’évoquer les nouveaux défis des musées que ce soit celui de Lecce ou celui de Bogota, à travers le témoignage de son directeur Eugenio Viola, afin d’intégrer dans la programmation les débats liés à l’écologie ou à l’accueil des communautés locales et des migrants. C’est avec une délicieuse impertinence que la question rhétorique de Fabien Danesi, directeur du Frac Corse, pouvait résumer ce symposium : « Est-ce que l’art contemporain mondialisé, produit calibré aisément transportable est à la culture mondialisée ce que la tomate est à l’industrie alimentaire ? ».

Discussion avec Eugenio Viola lors de l’événement « Viva la Pappa Col Pomodoro » 2024
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Discussion avec Eugenio Viola lors de l’événement « Viva la Pappa Col Pomodoro » 2024

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C’est sur cette place de Galatina devant une petite chapelle dédiée à Saint-Paul qu’est né un autre mythe, celui du tarentisme.

Section Viva la Pappa Col Pomodoro 2024 • © Domus artist Residency

Le tout ponctué de visites de Galatina (et sa merveilleuse basilique Sainte-Catherine d’Alexandrie ornée de fresques giottesques du sol au plafond), de Lecce ainsi que de Castrignano de’ Greci et son centre d’art contemporain Kora qui exposait plusieurs œuvres d’art dont une magnifique tapisserie de Lucia Veronesi.

Aujourd’hui, sur la place Saint-Pierre, si le mythe du tarentisme n’est plus aussi vivace, les croyances ont la vie dure et les habitants dansent chaque soir d’été jusqu’au bout de la nuit. Les mots d’ordre à « Domus » restent l’audace, la résistance, l’anticonformisme et la joie de l’art.

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Domus Artist Residency

Galatina - Lecce (Italie)

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