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Louise Oliveres, Banquette et claustra “Belle Époque” pour une habitation privée, Autun, 2023
Noyer massif et sapin • © La Fabrique du Patrimoine
L’événement avait fait la une des journaux locaux. En 2021, à Autun, en Saône-et-Loire, la tour Marchaux et les restes de l’hôtel de Clugny, famille rivale des célèbres Rolin aux XVe siècle, étaient mis en vente par la mairie pour à peine 70 400 euros. L’objectif ? Sauver la bâtisse en péril et, si possible, trouver un nouveau propriétaire avec un vrai projet de valorisation.
La tour, qui trône fièrement depuis cinq siècles, restait intacte. En revanche, le corps de logis, converti notamment en logements au XIXe siècle, avait connu une histoire plus complexe. Il n’en restait que les murs ainsi que la charpente, bâchée et menaçant de s’écrouler.
La tour Marchaux et l’hôtel de Clugny à Autun, au début du XXe siècle
Mais cinq ans plus tard, les cartes sont rebattues : le vénérable édifice a trouvé repreneur ! À la suite de la publication de l’annonce, un couple, Louise Oliveres et Morgan Hubert rachètent les lieux, soutenus par la ville et son maire, Vincent Chauvet. Ils ont alors en tête de beaux projets.
Le couple a d’abord pour objectif de faire de l’hôtel de Clugny une vitrine pour l’atelier ARCAMS (Atelier de restauration, de conservation d’art mural et sculpture), fondé en 1992 et aujourd’hui dirigé par Morgan Hubert. L’atelier, très demandé dans la région, est notamment intervenu lors de la restauration de la cathédrale d’Autun.
Sous l’impulsion de Louise Oliveres, designer formée à l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) à Paris, l’association la Fabrique du Patrimoine est créée. Avec un objectif clair : compléter les activités de restauration conduites par son compagnon par un volet création. Il s’agit d’imaginer des pièces s’inspirant de motifs historiques, pour certains puisés directement sur les chantiers ARCAMS. Des courbes du gothique à des motifs du XIXe siècle, l’éventail créatif se veut large.
Ornements de prises “Acanthe” et “Réseau” imaginés par Louise Oliveres et présentés en 2023 lors de l’exposition « In Out » dans le cadre de la France Design Week
Laiton • © La Fabrique du Patrimoine
La designer inaugure la Fabrique du patrimoine en 2023 dans le cadre de la France Design Week avec une première exposition, « In Out », consacrée à la prise de courant et aux interrupteurs. Plusieurs pièces, réalisées par elle-même mais aussi par des designers conviés tels que Bérénice Gentil, sont disséminées dans la tour Marchaux ainsi que dans une salle d’exposition attenante, comme une invitation à repenser cet objet de notre confort moderne.
Les curieux ont alors le loisir de découvrir des prises inspirées d’un imaginaire médiéval, un interrupteur tactile subtilement inséré dans les montants d’une porte du XVe siècle ou encore une prise bourgeon qui pourrait aisément s’épanouir dans un décor floral du XVIIIe siècle. Sans oublier une prise à masque de grotesque Renaissance en terre cuite : un propriétaire de château aurait de quoi refaire subtilement les installations de sa propriété sans dénaturer les lieux !
Vient en juillet 2024 « La collection perdue », une exposition présentant des pièces inspirées des décors de la villa Perrusson à Ecuisses, non loin du Creusot. Cette villa fut construite au XIXe siècle sous l’impulsion des Perrusson-Desfontaines, famille d’industriels spécialisés dans la production de tuiles mécaniques et de carreaux en grès cérame. La bâtisse, telle une maison-catalogue, avait comme fonction de promouvoir le savoir-faire de la famille par son décor. Elle a connu dernièrement une vaste réhabilitation, sur laquelle est intervenu l’atelier ARCAMS.
Porte parapluie et parapluie issus de « la collection perdue » inspirés des productions Perrusson du XIXe siècle, création de Louise Oliveres, 2024
Chêne, laiton et carreaux en grès cérame • © La Fabrique du Patrimoine
Aujourd’hui propriété de la communauté urbaine Creusot-Montceau, la villa Perrusson constitue un véritable témoignage de l’essor industriel local au XIXe siècle : Louise Oliveres est venue puiser dans les motifs de l’édifice pour présenter un ensemble de céramiques (mais aussi des parapluies, affiches…) conçues à partir des carreaux originels de la famille Perrusson-Desfontaines. Une collection, aux motifs floraux qui s’épanouissent dans des tonalités vertes, entièrement imaginée par la designer, fruit d’un travail de recherche de près d’un an, soutenu avec enthousiasme par la ville d’Autun.
Portrait de Louise Oliveres, designer & cofondatrice de la fabrique du Patrimoine
Dernièrement, Louise Oliveres a été distinguée par la chambre des Métiers d’Art de Saône-et-Loire pour une banquette aux réminiscences Art nouveau [ill. en une], réalisée en association avec Linda Meyer des Ateliers Saint-Joseph de Bourgvilain et la tapissière Anne-Laure Roty pour une maison de la rue de l’Arquebuse à Autun. En parallèle, la restauration de l’hôtel de Clugny et de la tour Marchaux doit se poursuivre. Une gageure tant l’édifice est marqué par les affres du temps. À terme, la designer souhaite mettre en place des formats de résidence pour des créateurs, imaginer une salle consacrée à l’histoire du lieu… Afin de l’ouvrir, enfin, plus largement au public.
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