231 de la 47e Rue, en plein Manhattan : derrière les hauts murs de ce building bat le cœur de la scène underground new-yorkaise, la Factory. Fondée deux ans plus tôt par Andy Warhol (1928–1987), ce lieu improbable fut autant le théâtre d’expérimentations artistiques en tous genres – arts plastiques, cinéma, musique, performance… – que de folles soirées où se sont pressées toutes les grandes figures des avant-gardes des sixties.
C’est dans ce lieu mythique – qui a aujourd’hui disparu – que les équipes de l’ORTF ont planté leurs caméras en 1966 pour rencontrer le pape du pop art – le journaliste français, sans doute peu familier de cette scène artistique, se trompe en le qualifiant de « roi de l’Op Art » –, mais aussi du cinéma expérimental, ainsi résumé non sans ironie : « L’underground movies, c’est le cinéma des profondeurs. Un cinéma absurde, négatif, et signifiant tout de même – paraît-il… ».
L’artiste est justement en train de travailler à un nouveau film avec Nico, la chanteuse du Velvet Underground (un pur produit musical made in Factory), qui tournera la même année dans le mythique Chelsea Girls. Lorsque le journaliste français espère vainement soutirer un commentaire d’Andy Warhol au sujet de son ovni cinématographique, ce dernier, visiblement dans un état second, rétorque : « C’est vraiment rien du tout ». Circulez, y a rien à voir (ou du moins à comprendre) !
Les caméras de l’ORTF retrouveront l’artiste près de dix ans plus tard, à Paris cette fois, lors de l’inauguration de son exposition au musée Galliera en 1974. L’éternel dandy à la chevelure peroxydée n’a rien perdu de son flegme. Au journaliste qui l’interroge sur l’image qu’il souhaite laisser après sa mort, le chantre du pop, âgé de 46 ans – ou 50, si l’on en croit ses dires – répond dans un élan cioranesque : « Je suis déjà mort, cela n’a donc pas d’importance ».
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