Le cas Van Gogh (1853-1890) est extraordinaire. Quasi autodidacte, sans acheteurs et totalement incompris de son vivant, ce Néerlandais immigré en France est devenu l’archétype de l’artiste maudit. Aujourd’hui, il est l’un des peintres les plus célèbres au monde, et dont la personnalité tourmentée fascine autant que son style unique ! Lancé dans la peinture à l’âge de 27 ans, puis mort prématurément à 37 ans, ce créateur exalté a, en une dizaine d’années seulement, réalisé plus de 2 000 œuvres, dont au moins 870 tableaux qui ont à jamais marqué l’histoire de l’art…
L’étrange destin d’un pasteur devenu peintre
Vincent van Gogh, Autoportrait au chevalet, vers 1888
Huile sur toile • 65 x 50,5 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Fils introverti d’un pasteur hollandais rigoriste et d’une fille de relieur, Van Gogh fait ses débuts comme marchand d’art au service de son oncle, d’abord à La Haye, puis à Londres et Paris. Mais, hanté par une ferveur religieuse grandissante, il quitte son poste sur un coup de tête en 1876. Devenu prédicateur laïc, c’est encore son anticonformisme – il vit avec les mineurs de charbon pour partager leur misère – qui lui vaut d’être renvoyé par l’Église protestante ! À partir de 1880, Van Gogh trouve enfin sa voie : la peinture…
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1853
Le 30 mars, Van Gogh naît au sud des Pays-Bas dans la petite ville de Groot-Zundert, tout près de la frontière belge.
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1869
Van Gogh commence à travailler comme marchand d’art chez Goupil & Cie, d’abord à La Haye, puis à Londres et Paris.
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1876
Il suit des cours à l’école protestante de Laeken, près de Bruxelles, et devient prédicateur laïc près de Mons, avant d’être renvoyé en 1879.
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1880
Van Gogh se tourne définitivement vers la peinture.
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1886
Après un périple à travers les Pays-Bas et la Belgique, Van Gogh arrive à Paris.
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1888
Le 1er mai, le peintre loue une chambre à Arles, où le rejoint Paul Gauguin.
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1889
Suite à de nombreuses crises de délire, Van Gogh est interné près de Saint-Rémy-de-Provence.
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1890
Le 20 mai, Van Gogh s’installe à Auvers-sur-Oise.
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1890
Le 29 juillet, l’artiste décède des suites d’une blessure par balle – un suicide présumé.
Était-il vraiment autodidacte ?
Selon une légende tenace, Van Gogh est devenu peintre sans l’aide de personne. Mais ce n’est pas tout à fait vrai ! Refusant de faire une école d’art, ce loup solitaire s’est quand même formé à la perspective à La Haye au côté de son cousin peintre Anton Mauve, qui le conforte dans sa vocation, et à Bruxelles, auprès d’Anthon Van Rappard, qui lui prête des planches d’anatomie et l’emmène dessiner dans les marécages. En 1886, il fait un passage éclair d’un mois à l’école des Beaux-Arts d’Anvers, mais aussi à l’Atelier Cormon à Paris, où il ne tiendra que quatre mois !
Le pèlerinage de Van Gogh s'étend des Pays-Bas rigoristes au soleil provençal. Il peint chaque lieu où il séjourne, documentant ainsi son périple vers la couleur et la lumière.
Dans sa courte vie, Van Gogh a visité plus de vingt villes. Des voyages permis par l’invention du chemin de fer, développé en Europe dans les années 1840.
La Haye
À La Haye, Van Gogh étudie la perspective et la lumière, se passionne pour la figure humaine et s’essaie à la lithographie. Il dessine les ponts et maisons de la ville tout en croquant passants, ouvriers et paysans – des personnages aux traits tirés, qui apparaissent souvent abattus et prostrés, à l’image de son fameux Vieil homme pleurant (1882). Son modèle favori est sa compagne Sien, une prostituée enceinte et déjà mère d’une petite fille – une relation fermement rejetée par sa famille – qu’il finit par quitter la mort dans l’âme...
Vincent van Gogh, Iron Mill à La Haye, juillet 1882
huile sur toile • 58,4 x 35,9 cm • Coll. particulière
Drenthe
Durant trois mois, à l’automne 1883, Van Gogh se réfugie dans une auberge de Hoogeveen, dans la province de Drenthe. Hanté par le remords d’avoir abandonné sa compagne Sien, il sort chaque jour dessiner. Dans cette région de tourbières, de prairies rases et de bruyères, il brosse, dans des tons sombres, le dur labeur des paysans.
Vincent van Gogh, Paysage avec brouette, 1883
aquarelle, gouache, crayon sur papier • 24,9 x 35,7 cm • Coll. Cleveland Museum of Art • © Bridgeman Images
Nuenen
Le peintre au début de sa trentaine pose son chevalet dans plusieurs localités des Pays-Bas, dont Nuenen, où il est logé au presbytère de son père. Les paysans locaux, qu’il observe aux champs et devant leurs maisons, lui inspirent sa première composition importante : Les Mangeurs de pommes de terre (1885). De cette campagne néerlandaise, Van Gogh tire 200 tableaux.
Vincent van Gogh, Congrégation quittant l’Église réformée à Nuenen, 1884-1885
huile sur toile • 41,3 x 32 • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam • © Photo Fine Art Images / Heritage Images / Scala
Saint-Rémy-de-Provence
La cohabitation avec Paul Gauguin fut chaotique : après une dispute, Van Gogh s’est tranché l’oreille lors d’une crise de délire. Admis à l’hôtel-Dieu d’Arles, il est ensuite transféré dans un asile, l’hôpital Saint-Paul près de Saint-Rémy-de-Provence. Trouvant la paix et la guérison à travers la peinture, il immortalise le bâtiment mais aussi les champs, les arbres et les fleurs, et y peint l’un de ses chefs-d’œuvre les plus connus et extatiques : La Nuit étoilée.
Vincent van Gogh, Paysage avec des gerbes de blé et la lune montante, juillet 1889
huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
Arles
Van Gogh décide de partir en train pour Arles, où il s’installe dans un hôtel au 30 rue de la Cavalerie – la mythique « maison jaune », qu’il peint, tout comme sa petite chambre désormais iconique. Sa palette se libère à travers des portraits d’habitants, ou encore une terrasse de café la nuit, dont le jaune vibrant tranche sur le bleu du ciel criblé d’étoiles qui brillent comme des réverbères. En vue de décorer son atelier qu’il entend partager avec Paul Gauguin, il se lance dans une série devenue célèbre : « Les Tournesols », qui hypnotisent par leur présence rayonnante et leur jaune radieux.
Vincent van Gogh, Terrasse du café le soir, place du forum, à Arles, 1888
huile sur toi • 80,7 × 65,3 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
Auvers-sur-Oise
Van Gogh s’installe à Auvers-sur-Oise, un charmant village prisé des peintres, où vécut Daubigny, pionnier de la peinture en plein air. Soigné par le docteur Gachet, il loge à l’auberge Ravoux. Habité par les lieux, l’artiste plante son chevalet devant les maisons et l’église, et surtout dans les champs qu’il arpente sans relâche pour en tirer 74 toiles aujourd’hui mythiques, avant de mourir d’une balle dans la poitrine.
Vincent van Gogh, L’escalier d’Auvers, Juillet 1890
Huile sur toile • 50 x 70,5 cm • Coll. Saint Louis Art Museum
Paris
Après un saut à Anvers, où il a découvert les couleurs flamboyantes de Rubens, Van Gogh arrive à Paris, où sa palette s’illumine sous l’influence des impressionnistes et d’Émile Bernard, qu’il accompagne souvent à Asnières. Installé au pied de la butte Montmartre dans un petit atelier, l’artiste peint les moulins, les toits et les boulevards. Mais le bruit de la ville l’étouffe. La campagne lui manque…
Vincent van Gogh, Pont du Carrousel et le Louvre, juin 1886
huile sur toile • 31 x 44 cm • Coll. Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague
Un plaidoyer paysan
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Les Mangeurs de pommes de terre
Il s’agit de la plus ambitieuse, réfléchie et aboutie des premières œuvres de Van Gogh, encore dominées par des tons sombres et terreux. L’idée lui est venue à Nuenen, lorsqu’il entre dans la maison d’une famille de paysans, les De Groot, pour se reposer après une journée de peinture en plein air. Réunis autour de la table, tous s’apprêtent à partager un repas. Très touché par la misère et la simplicité des petites gens, l’artiste a une illumination : ce sera le sujet de sa prochaine œuvre.
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre, Nuenen, avril 1885
Huile sur toile • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
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De nombreuses études préparatoires
Pour ce tableau, Van Gogh réalise plus de quarante études de têtes de paysans durant l’hiver 1884-1885. Dans une atmosphère sombre inspirée de Cormon, Rembrandt et Hals, et en quelques grosses touches d’une crudité inhabituelle pour l’époque, il accentue les aspérités brutes de leurs visages burinés, épuisés par leur dur labeur, que son pinceau transforme en paysages accidentés qui évoquent le labour de la terre.
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre (étude préparatoire), Nuenen, avril 1885
Huile sur toile • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
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La récompense du dur labeur
Au cœur du tableau, l’artiste accorde une attention particulière aux mains des paysans occupées à découper les pommes de terre au-dessus du plat fumant, dont il accentue la maigreur et souligne les articulations noueuses. « J’ai voulu faire en sorte qu’on ait l’idée que ces petites gens […] ont eux-mêmes bêché la terre où les patates ont poussé, explique-t-il. Ce tableau évoque le travail manuel et suggère que ces paysans ont honnêtement mérité de manger ce qu’ils mangent ».
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre (détail), Nuenen, avril 1885
Huile sur toile • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
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Un environnement modeste
Au-dessus d’eux, Van Gogh détaille le plafond avec ses poutres et chevrons à nu, afin de renforcer l’impression de dénuement et le caractère rudimentaire de leur refuge. Unique source de lumière du tableau qui éclaire les visages et le plat, la lampe suspendue évoque le réconfort et la chaleur de ce moment simple qui réunit la famille. Elle matérialise aussi la décision de Van Gogh de mettre en lumière ces personnes humbles, habituellement laissées dans l’ombre.
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre (détail), Nuenen, avril 1885
Huile sur toila • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Vincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre, Nuenen, avril 1885
Huile sur toile • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Vincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre (étude préparatoire), Nuenen, avril 1885
Huile sur toile • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Vincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre (détail), Nuenen, avril 1885
Huile sur toile • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Vincent van Gogh, Les Mangeurs de pomme de terre (détail), Nuenen, avril 1885
Huile sur toila • 82 x 114 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
De l’ombre à la lumière...
Peintes à La Haye, puis dans la campagne néerlandaise et belge, ses premières œuvres paysannes aux tons terreux sont encore très différentes de ses légendaires vibrations colorées. Après un séjour à Paris en 1886, où sa palette s’éclaire au contact de l’impressionnisme et de l’avant-garde montmartroise, son génie éclate sous le soleil du sud de la France, d’abord à Arles, puis à l’asile Saint-Paul, près de Saint-Rémy-de-Provence.
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Vincent van Gogh, Deux femmes sur la tourbière, 1883
huile sur toile • 27,8 x 36,5 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam • © Artvee
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Vincent van Gogh, Le Moulin de la Galette, automne 1886
huile sur toile • 38,5 x 46 cm. • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
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Vincent van Gogh, Boulevard de Clichy, 1887
huile sur toile • 45,5 x 55 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
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Vincent van Gogh, Le Pont de Langlois à Arles, 1888
aquarelle, gouache et craie avec stylo et encre sur papier • 30,5 x 30,2 cm • Coll. particulière • © Christie's Images / Bridgeman Images
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Vincent van Gogh, Les Oliviers, juin 1889, Saint-Rémy
huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City
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Vincent van Gogh, La Moisson, 1889
huile sur toile • 59,5 x 72,5 cm • Coll. Folkwang Museum, Essen
Les secrets d’un style flamboyant
Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889
Huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. MoMA, New York
Sa ferveur spirituelle, Van Gogh la transpose en peinture, en exaltant la présence du divin dans la nature. Sous son pinceau, les éléments rayonnent et tournoient... Sans désir prémédité de choquer, l’artiste, mû par un élan mystique, peint simplement les choses telles qu'il les ressent. Jusqu’au bout, sans se laisser abattre par l’incompréhension totale de ses contemporains, il persévère dans ce style solaire aux couleurs éclatantes et aux contrastes vibrants !
Leçon de peinture
Animées de touches épaisses et mouvementées, les formes semblent onduler sous le pinceau de Van Gogh... Comment parvient-il à une telle tension, une telle expressivité picturale ? Passez votre souris sur ce détail de Champ de blé avec cyprès (1889) pour un décryptage à la loupe !
1. Des contrastes explosifs
Jaune citron, bleu céruléen, vert acide, orange flamboyant, Van Gogh utilise des couleurs pures et vives qu’il juxtapose pour créer des contrastes explosifs. Inventées ou saturées à l’extrême, ces teintes irréelles expriment ses émotions ressenties face à la nature. L’artiste s’appuie aussi sur une théorie scientifique, celle du contraste simultané exposée par Chevreul : placées côte à côte, deux couleurs complémentaires créent un choc qui les rend plus intenses, et l’impression d’une légère vibration…
2. Une touche pâteuse
Avec audace, Van Gogh donne de la texture à ses toiles en peignant par touches épaisses et pâteuses, vues comme grossières par le public de l’époque – la technique dite de l’impasto. Ses gestes sont parfaitement lisibles grâce aux traces brutes du passage de son pinceau chargé de peinture, qui sculptent la surface du tableau, le rendant encore plus vivant.
3. Des contours marqués
Inspiré par les estampes japonaises, le peintre organise ses tableaux en vastes plans colorés délimités par quelques lignes sobres figurant les contours des objets et personnages : des cernes noirs ou bleu foncé qui, par contraste, font exploser les tons comme sur un vitrail. L’artiste crée ainsi des images d’une simplicité frappante qui annoncent le cloisonnisme de son ami Gauguin et des peintres de Pont-Aven !
4. Du mouvement dans la couleur
Van Gogh insuffle du mouvement à la couleur en appliquant, par-dessus les champs colorés, de petits traits de peinture d’une teinte complémentaire, ou plus claire que celle du fond. Plongé dans un état d’exaltation, il sature fébrilement le tableau de ces petites touches allongées, créées par l’empreinte du pinceau tapé contre la toile à coups réguliers. Alignées comme des pointillés pour former des virgules et des lignes courbes, ce sont elles qui font serpenter et onduler ses œuvres…
Champ de blé avec cyprès (détail), 1889, huile sur toile, 72,1 × 90,9 cm Coll. National Gallery, Londres
Vincent van Gogh, Champ de blé avec cyprès, 1889
huile sur toile • 72,1 x 90,9 cm • Coll. National Gallery, Londres
Le saviez-vous ?
Si Van Gogh utilise tant l’association du bleu et du jaune, c’est parce que ces deux complémentaires touchent pour lui au divin : le premier représente l’infini ; le second la joie solaire et extatique !
Des végétaux symboliques
Van Gogh peint de nombreux végétaux et fleurs, auxquels il associe toujours une signification témoignant de sa vision mystique de la nature. Certains reviennent de manière obsessionnelle dans son œuvre, au point de devenir des marques de fabrique !
Le cyprès
Très présent chez Van Gogh qui apprécie sa longue silhouette sombre, cet arbre souvent planté dans les cimetières est pour lui un symbole de mort… Mais cette dernière est aussi une délivrance, une façon d’accéder au ciel : glorieux, tel un pinceau élancé, le cyprès touche les étoiles de sa pointe effilée !
Vincent van Gogh, Route avec un cyprès et une étoile, 1889
Huile sur toile • 92 x 73 cm • Coll. Kröller-Müller museum, Otterlo
Le tournesol
À la fois simple et robuste, cette fleur des champs jaune vif a conquis Van Gogh. Tournée vers le soleil comme pour le contempler, elle symbolise le respect, l’admiration et l’amitié, mais aussi le regard exalté du peintre sur le monde. Rayonnante ou calcinée, Van Gogh la peint à différents stades pour figurer le cycle de la vie.
Vincent van Gogh, Les Tournesols, Août 1888, Arles
Huile sur toile • 91 x 72 cm • Coll. Neue Pinakothek, Munich
L'olivier
Lors de son séjour à l’asile près de Saint-Rémy-de-Provence, Van Gogh réalise au moins quinze peintures d’oliviers. Cet arbre aux branches noueuses et tortueuses, le seul de la création qui a survécu au Déluge, représente dans la Bible la réconciliation entre Dieu et l’Homme, et entre l’Homme et la nature. Un symbole de paix, de sagesse, de persévérance et d’éternité…
Vincent van Gogh, Oliviers avec les Alpilles en arrière-plan, juin 1889
Huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. MoMA, New York
L'iris
Dans le jardin de son asile, Van Gogh peint de splendides iris bleus aux feuilles vertes, individualisés avec soin. Tout comme les roses et les branches d’amandiers, ces fleurs printanières qui semblent surgir de terre sous nos yeux pour s’élever vers le ciel sont pour lui des symboles apaisants de renaissance, d’espoir et de guérison.
Vincent van Gogh, Iris, mai 1890, Saint-Rémy-de-Provence
Huile sur toile • 92,7 x 73,9 cm • Coll. & © Van Gogh Museum, Amsterdam
Le blé
Van Gogh adore représenter les champs de blé ensoleillés d’un jaune radieux, symboles de joie et d’abondance. Il y peint également des faucheurs et des semeurs, afin de représenter à la fois la fugacité de la vie, et son renouvellement. « C’est l’humanité qu’on fauche, dit-il. Mais dans cette mort, rien de triste » !
Vincent van Gogh, Moisson en Provence, 1888
huile sur toile • 50 x 60 cm • Coll. musée d'Israël, Jerusalem
Trop novateur pour ses contemporains, son style incompris ne trouve pas preneur, au point que Van Gogh, qui a constamment besoin de l’aide de son frère pour se loger et se nourrir, n’aurait vendu qu’une seule toile de son vivant : La Vigne rouge. Représentant les vendanges dans la campagne arlésienne, ce paysage flamboyant fut acheté en 1888 lors d’un salon bruxellois par la peintre et mécène Anna Boch (sœur de l’un de ses amis artistes, Eugène Boch), contre 400 francs belges (environ 800 euros) !
Vincent van Gogh, La Vigne rouge, 1888
Huile sur toile • 75 × 93 cm • Coll. musée Pouchkine, Moscou
Une passion pour les astres
Les astres étant l’incarnation ultime de son approche mystique du paysage, Van Gogh peint à de nombreuses reprises, d’après nature, le soleil rayonnant et des ciels nocturnes constellés de grosses étoiles scintillantes. Si bien qu’on peut dater exactement, à l’heure près, chacun de ses ciels étoilés en se basant sur l’astronomie ! Mais l’artiste réalise aussi des montages hallucinatoires : ainsi, comme l’établit l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet dans son ouvrage Les Nuits étoilées de Van Gogh (2023), le tourbillon au cœur de sa Nuit étoilée de Saint-Rémy (qui inclut aussi la Lune et Vénus) s’avère inspiré d’un dessin d’observation de l’astronome irlandais Lord Rosse réalisé en 1850, que Van Gogh a vu dans une revue spécialisée !
Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889
Huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. MoMA, New York
Une époque inspirante
Bien qu’unique, le style de Van Gogh se nourrit des bouleversements artistiques de l’époque : les scènes paysannes de Millet, les paysages aux formes heurtées de Cézanne, l’impressionnisme lumineux et champêtre de Monet, et le divisionnisme de Seurat et Signac, dont il s’inspire pour ses juxtapositions de petites touches de couleurs pures.
À gauche, “La Méridienne, d’après Millet” de Vincent van Gogh (janvier 1890). À droite, “La Méridienne” de Jean-François Millet (1866)
Huile sur toile / Pastels et graphite • 73 x 91 cm / 29,2x 41,9 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris / Coll. Museum of Fine Arts, Boston
À gauche, “Le Semeur” de Vincent van Gogh (juin 1888). À droite, “Le Semeur” de Jean-François Millet (1850)
huiles sur toile • 64 x 80,5 cm / 101,6 x 81,6 cm • Coll. Musée Kröller-Müller, Otterlo / Coll. Museum of Fine Arts, Boston
À gauche, “Meules de foin en Provence” de Vincent van Gogh (1888). À droite, “Meules de foin (effet de neige)” de Claude Monet (1891)
Huiles sur toile • 73 x 93 cm / 65,4 x 92,4 cm • Coll. Musée Kröller-Müller, Otterlo/ Coll. Museum of Fine Arts, Boston • © Wikimedia Commons / © Bridgeman images
À gauche, “Paysage de montagne derrière l’hôpital Saint Paul” de Vincent van Gogh (1889). À droite, “La Montagne Sainte-Victoire au grand pin” de Paul Cézanne (vers 1887)
Huiles sur toile • 70,5 x 88,5 cm / 67 × 92 cm • Coll. Ny Carlsberg Glyptotek, Dannemark / Coll. Courtauld Gallery, Londres
Influence nipponne
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Van Gogh est passionné par les estampes japonaises, qu’il collectionne. Comme Claude Monet et bien d’autres peintres européens du XIXe siècle, il est séduit par leurs aplats de couleurs contrastés, soulignés par des contours sombres, leurs cadrages originaux, leurs compositions asymétriques et leur utilisation décorative des végétaux – autant d’éléments qui imprègnent son style.
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Amandier en fleurs, février 1890
huile sur toile • 73,5 × 92 cm • Coll. & © Van Gogh Museum, Amsterdam
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L’artiste fait même des copies d’œuvres d’Hiroshige et Eisen, peignant des pruniers en fleurs ou une geisha en kimono.
voir toutes les imagesÀ gauche, “Le verger de pruniers de Kameido (Kameido Ume yashiki)” de Hiroshige (1857). À droite, “Le prunier en fleurs (d’après Hiroshige)” de Vincent van Gogh (1887)
Gravure sur bois, encre et couleur sur papier / Huile sur toile • 55 x 46 cm • Coll. et © Honolulu Museum of Art / © Alamy & Hemis / incamerastock
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En arrière-plan de son portrait du père Tanguy, son fournisseur de couleurs, il glisse plusieurs estampes, dont une qui représente le mont Fuji.
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Le Père Tanguy, 1887-1888
Huile sur toile • 92 x 75 cm • Coll. musée Rodin, Paris • © Peter Willi / Bridgeman Images
Vincent van Gogh, Amandier en fleurs, février 1890
huile sur toile • 73,5 × 92 cm • Coll. & © Van Gogh Museum, Amsterdam
À gauche, “Le verger de pruniers de Kameido (Kameido Ume yashiki)” de Hiroshige (1857). À droite, “Le prunier en fleurs (d’après Hiroshige)” de Vincent van Gogh (1887)
Gravure sur bois, encre et couleur sur papier / Huile sur toile • 55 x 46 cm • Coll. et © Honolulu Museum of Art / © Alamy & Hemis / incamerastock
Vincent van Gogh, Le Père Tanguy, 1887-1888
Huile sur toile • 92 x 75 cm • Coll. musée Rodin, Paris • © Peter Willi / Bridgeman Images
L’autoportrait : miroir d’une âme tourmentée
Vincent van Gogh, Autoportrait, 1887
Huile sur carton plat • 41 x 33 cm • Coll. Van Gogh museum, Amsterdam • © Painting / Alamy / Hemis
Auteur de 43 autoportraits à l’huile et dessinés, Van Gogh pratiquait cet art sans calcul et sans relâche, à la fois comme un exercice de style bon marché – pratique quand on est trop fauché pour payer un modèle ! – et surtout un moyen de sonder son âme tourmentée. Sourcils froncés, l’air grave et l’œil intense, il semble poser sur lui-même un regard interrogateur, souvent à des moments critiques, documentant ainsi ses doutes et les différentes phases de sa vie...
Une galerie iconique
Reconnaissable à sa barbe et ses cheveux roux, souvent de trois quarts, il se représente sans artifice, parfois affublé d’un chapeau de paille, fumant la pipe ou tenant sa palette. La touche est la même que celle employée pour ses paysages : des herbes folles semblent pousser sur son visage ; le fond ondule ou scintille…
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Vincent van Gogh, Autoportrait au chapeau de feutre gris, 1887
Huile sur carton • 42 x 34 cm • Coll. Rijksmuseum Amsterdam
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Vincent van Gogh, Autoportrait, 1889
Huile sur toile • 57,7 x 44,5 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington DC
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Vincent van Gogh, Autoportrait dédié à Paul Gauguin, 1888
huile sur toile • 61,5 x 50,3 cm • Coll. Fogg Art Museum, Harvard Art Museums
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Vincent van Gogh, Autoportrait, 1887
Huile sur toile • 41 x 32,5 cm • Coll. Art Institute of Chicago
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Vincent van Gogh, Autoportrait au chevalet, vers 1888
Huile sur toile • 65 x 50,5 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
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Vincent van Gogh, Autoportrait, 1889
huile sur toile • 65 x 54,2 cm • Coll. musée d'Orsay, Pars • © musée d'Orsay. Dist. RMN-Grand Palais /Patrice Schmidt. Presse
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Vincent van Gogh, Autoportrait au chapeau de paille, hiver 1887-1888
huile sur toile • 40,6 x 31,8 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
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Vincent van Gogh, Autoportrait, 1887
Huile sur carton plat • 41 x 33 cm • Coll. Van Gogh museum, Amsterdam • © Painting / Alamy / Hemis
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Vincent van Gogh, Autoportrait, automne 1887
huile Sur Toile • 47 x 35 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
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Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1889
Huile sur toile • 45 x 51.5 cm • Coll. Nasjonalmuseet, Oslo / Photo Wikimedia Commons
Le jour où Van Gogh s’est coupé l’oreille
Van Gogh s’est représenté deux fois avec un bandage lui couvrant le flanc droit du visage, après s’être tranché l’oreille. L’histoire est bien connue : le 23 décembre 1888 à Arles, il se dispute violemment avec son ami Gauguin, qui menace de quitter la « maison jaune ». Pour ne rien arranger, il reçoit une lettre qui lui apprend les fiançailles de son frère Théo. L’artiste panique, se sent abandonné… Après le dîner, Gauguin sort, seul, pour marcher dans la ville. Vincent le rattrape, se précipite sur lui, un rasoir à la main… Et suspend in extremis son geste !
Gauguin passe la nuit à l’hôtel. Le lendemain, il trouve Vincent évanoui dans la « maison jaune », entouré de serviettes tachées de sang. L’artiste s’est coupé l’oreille droite… Puis l’a enveloppée dans du papier journal et l’a offerte à une prostituée ! En proie à un délire paranoïaque, Van Gogh est enfermé dans une cellule de l’hôtel-Dieu d’Arles. Lorsqu’il revient dans la « maison jaune », une pétition circule dans le quartier, plaidant pour son départ. Le 8 mai, Vincent entre à l’hospice Saint-Paul.
Autoportrait à l’oreille bandée, 1889, huile sur toile, 60,5 × 50 cm, Coll. The Courtauld Gallery, Londres, © Akg-images
Vincent van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée, 1889
Vincent Van Gogh, calme apparent
Après une violente dispute avec Paul Gauguin, Van Gogh se mutile. Cet autoportrait impressionne par la gravité de l’expression, le calme apparent de l’artiste, et la place qu’occupent son visage et le bandage dans l’espace de la toile. Il est entouré, à gauche, d’un chevalet portant un tableau à peine esquissé et, à droite, d’une estampe japonaise, dont la Courtauld Gallery de Londres possède un exemplaire depuis 2005. La tristesse du peintre contraste avec la légèreté de la scène des geishas dans la nature. L. P.
Huile sur toile • 60,5 × 50 cm • Coll. The Courtauld Gallery, Londres • © akg-images
Inspirée d’une gravure de Gustave Doré, La Cour de prison (1890) – des prisonniers tournant en rond dans une cour de promenade semblable à un puits sans issue – se réfère à son propre mal-être. Enfermé à l’asile de Saint-Rémy, le peintre y prête ses traits à l’homme roux situé au premier plan.
À gauche, “La Ronde des prisonniers” de Vincent van Gogh, 1890. À droite, “Newgate – Exercise Yard”, une gravure de Gustave Doré en 1872
huile sur toile. Gravure pour le "London, a pilgrimage" écrit par William Blanchard Jerrold • 80 x 64 cm • Coll. musée Pouchkine, Moscou. / Coll. particulière • DR. © The Stapleton Collection / Bridgeman Images
Dans la tête de Van Gogh
Van Gogh écrit presque autant qu’il peint. Ses nombreuses lettres qu’il envoie tout au long de sa vie à ses amis, et en particulier à son frère cadet Théo, son plus grand soutien et son confident le plus intime (652 des 800 missives retrouvées lui sont adressées), fournissent une autre forme d’autoportrait, complémentaire des tableaux. En détail et en 850 000 mots, l’artiste y décrit ses pensées et ses humeurs, ses travaux en cours, ses interrogations sur le monde, sa vision de la vie et de l’art… Un legs aussi fascinant et précieux que son œuvre peinte.
Lettre de Vincent van Gogh à son frère Theo van Gogh et Jo van Gogh-Bonger, belle-soeur de Vincent, le mercredi 2 juillet 1890 dans laquelle il leur dessine trois croquis d’après des peintures récemment achevées : “Jeune fille sur fond de blé”, “Champs de blé” et “Couple marchant entre des rangées de peupliers”
Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam • © akg-images
De fascinants objets-autoportraits
Pour Van Gogh, l’humain est partout, même dans ses tableaux vides de tout personnage. À plusieurs reprises, l’artiste réalise des autoportraits sous forme d’objets. Des natures mortes devenues iconiques, où l’absence exprime paradoxalement la présence…
La Chaise de Vincent, 1888
Dans sa maison d’Arles, Van Gogh attend désespérément l’arrivée de son ami Paul Gauguin, qui tarde à venir le rejoindre. Le peintre exprime sa solitude en se représentant par le biais d’une simple chaise vide en paille, sur laquelle sont posées sa pipe et une blague à tabac. La toile a pour pendant un tableau représentant un fauteuil (lui aussi en bois et en paille, mais un peu plus orné) destiné à Gauguin : sur ce siège vide l’attendent des livres et une bougie allumée…
Vincent van Gogh, La Chaise de Vincent avec sa pipe, 1888
huile sur toile • 91,8 x 73 cm • Coll. National Gallery, Londres
La Chambre à Arles, 1888
À Arles, Van Gogh peint la petite chambre qu’il occupe dans la "maison jaune", meublée simplement de quelques chaises en paille et d’un lit, avec plusieurs œuvres de sa main accrochées au mur, son chapeau et ses vêtements. Ce tableau calme et rustique, empreint d’une solitude presque monastique, mais agité par des couleurs vives et une perspective tordue, n’est autre qu’un autoportrait déguisé. Le miroir fixé au fond est un indice de plus qui confirme son caractère introspectif !
Vincent van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles, 1888
Un décor autobiographique
Devenue mythique, cette petite pièce toute simple n’est autre que la chambre dans laquelle s’est installé Van Gogh le 17 septembre 1888 à Arles, dans une maison jaune du quartier de la Cavalerie, au 2 place Lamartine – un bâtiment qui fut malheureusement détruit par un bombardement en 1944. Conservée au musée d’Orsay, cette toile est la deuxième copie par le peintre d’une première version peinte en 1888 et abîmée par une inondation.
Huile sur toile • 72 × 90 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
Les Vieux Souliers, 1886
Lors de son séjour à Paris, Van Gogh consacre une série à un sujet inhabituel : une paire de chaussures de travail usées jusqu’à la corde, qu’il a achetées dans un marché aux puces et couvertes de boue. Deux souliers vides qui, par leur état et leur isolement, font ressentir toutes les difficultés, la solitude et la misère de leur ancien propriétaire, et de Van Gogh lui-même.
Vincent van Gogh, Les Vieux souliers, 1886
Huile sur toile • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam • © Prisma Archivo / Leemage
Nature morte avec planche à dessin et oignons, 1889
Sorti de l’hôpital après l’épisode de l’oreille coupée, Van Gogh peint cette nature morte-autoportrait qui représente des objets du quotidien disposés sur une table. La planche à dessin, la bouteille d’alcool, le matériel épistolaire (cire à cacheter, enveloppe timbrée), la pipe et le tabac représentent ce qui l’aide à tenir ; la bougie qui se consume, le temps qui lui reste à vivre ; le livre (un manuel de santé) et les oignons (auxquels on prête des vertus médicales) sa volonté de guérison.
Vincent van Gogh, Nature morte avec planche à dessin et oignons, janvier 1889
huile sur toile • 49,6 x 64,4 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
Au hasard des rencontres...
S’il pratique l’autoportrait de façon obsessionnelle, Van Gogh est loin d’être nombriliste. Passionné par l’humain en général, il s’intéresse beaucoup aux autres, et surtout aux gens de peu, notamment en faisant leurs portraits. Parmi ses modèles, ses amis peintres, mais aussi, entre autres, Madame Ginoux, tenancière du café de la gare à Arles, le père Tanguy, son marchand de couleurs parisien, le facteur Roulin (avec lequel il se lie d’amitié à Arles), ou encore un homme borgne anonyme ! Des modèles simples qui reflètent sa propre humilité…
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Vincent van Gogh, Portrait du facteur Joseph Roulin, 1889
À la barbe de Van Gogh
En arrivant à Arles en 1888, Vincent van Gogh s’installe au café de la gare, rue de la Cavalerie. C’est là qu’il rencontre la famille Roulin, dont Joseph, 47 ans, facteur de métier. Mesurant près de deux mètres, le postier en costume bleu en impose question carrure. Il devient aussitôt l’un des modèles favoris du peintre. Arborant une longue barbe châtain à deux pointes dans les six portraits que le peintre hollandais fera de lui, son charisme crève la toile. Avec élégance, Van Gogh n’hésite pas à styliser ces poils en créant des ondulations, l’une de ses marques de fabrique.
Huile sur toile • 64 x 54,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images
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Vincent van Gogh, L’Arlésienne (Marie Ginoux), 1888
Huile sur toile • 92 cm x 74 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York
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Vincent van Gogh, Portrait d’Eugène Boch, 1888
huile sur toile • 60 x 45 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
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Vincent van Gogh, Portrait d’un borgne, 1889
huile sur toile • 56,5 x 36,6 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
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Vincent van Gogh, La Berceuse (Augustine Roulin), décembre 1888 - janvier 1889
huile sur toile • 111 x 91 cm • Coll. Stedelijk Museum, Amsterdam
Les derniers jours d’un condamné
Vincent van Gogh, Champ de blé aux corbeaux, juillet 1890
huile sur toile • 50,5 x 103 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Étouffant à l’asile Saint-Paul, Van Gogh a besoin d’air. Le 20 mai 1890, il débarque dans le charmant village de peintres d’Auvers-sur-Oise, dans la banlieue parisienne, se rapprochant ainsi de son frère Théo. Soigné par le docteur Gachet, il loge à l’auberge Ravoux, place de la Mairie, dans une modeste chambre de sept mètres carrés qu’il loue 3,50 francs par jour, repas compris. Durant son séjour de deux mois, l’artiste peint sans relâche pas moins de 74 toiles, jusqu’à sa mort tragique...
Qui était le Dr Gachet ?
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Originaire de Lille, graveur et ami des impressionnistes, le docteur Gachet a accueilli à Auvers plusieurs d’entre eux, notamment Pissarro et Cézanne. Le 25 mai, il invite Van Gogh à peindre chez lui et à lui montrer sa peinture. Vincent fait son portrait. Le médecin le reçoit avec Théo et sa femme le temps d’un déjeuner dominical dans son jardin. « Je crois qu’il ne faut aucunement compter sur lui », écrit cependant Van Gogh, qui ne le trouve pas assez présent et se sent très seul…
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Le Docteur Paul Gachet, 1890
Le plus mélancolique : le docteur Gachet, l’homéopathe
En 1890, à Auvers-sur-Oise, Vincent van Gogh rencontre le docteur Paul Gachet (1828–1909), « médecin qui fait de la peinture dans ses heures perdues ». La maison de cet ami de l’avant-garde artistique, de Camille Pissarro et de Paul Cézanne notamment, séduit Van Gogh qui peint le jardin et, surtout, exécute trois portraits de Gachet (deux à l’eau-forte et un à l’huile). Sur la table où le docteur s’appuie du coude, le peintre aux tournesols a posé deux tiges de digitaline : Gachet était homéopathe. Son regard infiniment perdu fait allusion à son doctorat de médecine, obtenu en 1858, à Montpellier, avec une thèse intitulée Étude sur la mélancolie.
Huile sur toile • 68,2 x 57 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Gérard Blot
Vincent van Gogh, Le Docteur Paul Gachet, 1890
Le plus mélancolique : le docteur Gachet, l’homéopathe
En 1890, à Auvers-sur-Oise, Vincent van Gogh rencontre le docteur Paul Gachet (1828–1909), « médecin qui fait de la peinture dans ses heures perdues ». La maison de cet ami de l’avant-garde artistique, de Camille Pissarro et de Paul Cézanne notamment, séduit Van Gogh qui peint le jardin et, surtout, exécute trois portraits de Gachet (deux à l’eau-forte et un à l’huile). Sur la table où le docteur s’appuie du coude, le peintre aux tournesols a posé deux tiges de digitaline : Gachet était homéopathe. Son regard infiniment perdu fait allusion à son doctorat de médecine, obtenu en 1858, à Montpellier, avec une thèse intitulée Étude sur la mélancolie.
Huile sur toile • 68,2 x 57 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Gérard Blot
Promenade à Auvers en 6 tableaux
De l’église aux champs, Van Gogh sillonne Auvers en quête de motifs, qu’il est possible de retrouver le temps d’une balade…
Vincent van Gogh, L’Église d’Auvers-sur-Oise, vue du chevet, 1890
huile sur toile • 93 x 74,5 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
L’église Notre-Dame-de-l’Assomption
Il est encore possible aujourd’hui de se placer à l’endroit exact où Van Gogh a planté son chevalet pour peindre cette église du XIIIe siècle, qu’il déforme et entoure d’herbes ondulantes et de chemins serpentins sur un fond bleu vibrant. L’un de ses tableaux les plus célèbres !
Vincent van Gogh, Paysage au crépuscule, Auvers-sur-Oise, juin 1890
huile sur toile • 50,2 x 101 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Le château d’Auvers
Si les alentours du château d’Auvers ont bien changé, on reconnaît toujours la silhouette et les toits ardoise de cet édifice du XVIIe siècle sur ce tableau de Van Gogh qui le représente de loin, au soleil couchant, avec des arbres au premier plan. Sur une autre toile, l’artiste peint un autre bâtiment important du village : la petite mairie, toujours debout, qu’il représente décorée de drapeaux et lampions du 14 juillet.
Vincent van Gogh, Chaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise, 1890
huile sur toile • 73 x 92 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © Bridgeman Images
Les fermes près d’Auvers-sur-Oise
C’est à l’angle des actuelles rue de Cordeville et rue Rajon (et non au Valhermeil comme on l’a cru longtemps) que Van Gogh a peint ces charmantes fermes aux toits de chaume, aujourd’hui partiellement disparues. Un style d’édifice qu’il affectionne beaucoup et dont il fera plusieurs toiles à divers endroits d’Auvers.
Vincent van Gogh, L’escalier d’Auvers, Juillet 1890
Huile sur toile • 50 x 70,5 cm • Coll. Saint Louis Art Museum
L’escalier d’Auvers
Van Gogh a choisi cet escalier, aujourd’hui baptisé montée de la Sansonne (et situé juste à côté de l’actuel musée Daubigny), comme motif central d’un tableau aux lignes ondulantes, animé de cinq personnages. L’œuvre donne un aperçu des charmantes rues en pente du village, et de ses petites maisonnettes aux volets de bois peint.
Vincent van Gogh, Champ de blé aux corbeaux, juillet 1890
huile sur toile • 50,5 x 103 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam
Le champ de blé aux corbeaux
Un champ de blé, un chemin sinueux partant vers l’horizon et un envol de corbeaux dans un ciel menaçant… Parmi les nombreuses peintures de champs que Van Gogh réalise à Auvers, celle-ci reste la plus fameuse. Chemin du Montier, un panneau marque aujourd’hui le lieu exact d’où il a peint ce tableau tourmenté, quelques jours avant sa mort.
Le lieu exact de son ultime tableau retrouvé
En 2020, l’Institut Van Gogh révélait une découverte étonnante faite par son directeur scientifique, le spécialiste Wouter van der Veen, durant le confinement et au terme de plusieurs années de recherche : 130 ans après la mort de l’artiste, ce dernier a finalement retrouvé, grâce à une vieille carte postale des années 1900, l’endroit exact où Van Gogh a peint Racines, son tout dernier tableau exécuté à Auvers ! Il s’agit de l’actuelle rue Daubigny, jadis un chemin qui permettait à l’artiste de se rendre dans les champs situés derrière le château. Grâce à un dendrologue, les vestiges des racines en question, toujours visibles, ont pu être formellement identifiés !
Carte postale colorisée de la rue Daubigny, à Auvers-sur-Oise, (1900-1910) et “Les Racines” (1890) de Vincent van Gogh
© Arthénon
Le 27 juillet 1890, les Ravoux s’inquiètent : Vincent, d’ordinaire ponctuel, n’est pas descendu pour le dîner. Ils le trouvent dans sa chambre, baignant dans une mare de sang : alors qu’il peignait dans un champ, le peintre a reçu une balle de revolver dans la poitrine, puis a rejoint son lit sans rien dire… « Je me suis blessé », souffle-t-il. Appelés, les docteurs Mazery et Gachet renoncent à extraire la balle. La nuit entière, les Ravoux le veillent. Le 29 à midi, son frère Théo arrive en train. Mais à 1h30, Van Gogh expire…
S’est-il suicidé ? C’est ce que tout le monde pense, à commencer par le curé, qui lui refuse l’office des morts. Mais au déjeuner, son comportement était normal, et il n’y a pas de lettre d’adieu… De plus, l’emplacement de la blessure est étrange pour un suicide ! Dans les années 1960, un pistolet rouillé est retrouvé dans le champ où il peignait ce jour-là. Malgré le consensus actuel en faveur de la théorie du suicide, des biographes américains de l'artiste pensent que deux garçons du village auraient tiré sur lui, et que Vincent se serait tu pour les protéger, acceptant son destin…
Pistolet avec lequel Van Gogh se serait donné la mort, 1875-1893
Revolver système Lefaucheux à broche, calibre 7 mm • 9,2 x 18,6 cm • Estimation 40 000 à 60 000 euros • Photo Stéphane Briolant
Théo, l'ultime confident
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C’est grâce à son frère Théo, de quatre ans son cadet, que Van Gogh peut séjourner à Auvers, car c’est lui qui lui verse l’argent nécessaire pour se nourrir et loger à l’auberge. Marchand d’art, il est son seul véritable soutien moral et financier, et tentera toute sa vie de le défendre, sans succès.
voir toutes les imagesPortrait de Theo van Gogh, frère de l’artiste
Photographie en noir et blanc
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Il est le grand confident de Van Gogh, qui lui écrit plus de 600 lettres. La dernière, jamais postée, sera retrouvée par Théo dans la poche de l'artiste après sa mort…
voir toutes les imagesLettre à son frère Théo, en Arles, fin octobre 1888, avec esquisse d’après “Le Semeur”
Coll. & © Van Gogh Museum, Amsterdam
Portrait de Theo van Gogh, frère de l’artiste
Photographie en noir et blanc
Lettre à son frère Théo, en Arles, fin octobre 1888, avec esquisse d’après “Le Semeur”
Coll. & © Van Gogh Museum, Amsterdam
Pèlerinage en 3 étapes
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L’auberge Ravoux
Rachetée en 1987 par Dominique-Charles Janssens (président de l’Institut Van Gogh) et rouverte au public en 1993, l’auberge où Van Gogh a rendu son dernier soupir figure parmi les lieux incontournables du pèlerinage d’Auvers sur les traces de l’artiste. En grosses lettres, sa devanture porte toujours l’inscription « Commerce de vins – Restaurant ». La salle du rez-de-chaussée où mangeait Van Gogh a été reconstituée comme elle était à l’époque, avec ses simples chaises et tables de bistrot en bois.
voir toutes les imagesLa devanture de l’auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise
Photo Erik Hesmerg
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Sa chambre
C’est une visite très émouvante que celle de sa petite chambre vide, la n°5 – une modeste pièce mansardée, laissée inoccupée depuis sa mort, car on ne louait pas la chambre d’un suicidé –, au deuxième étage de l’auberge, à laquelle on accède par un vieil escalier de bois. Non loin, dans le grenier, une présentation audiovisuelle retrace son séjour à Auvers.
voir toutes les imagesVue de la chambre de Vincent van Gogh depuis l’escalier à l’auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise
© Institut Van Gogh / Photo Joe Cornish
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Sa tombe
Nichée dans le petit cimetière municipal d’Auvers-sur-Oise, la sépulture de Van Gogh est si modeste qu’elle en est bouleversante : une simple pierre plantée dans la terre jouxte une deuxième, jumelle, portant le nom de son frère Théo, mort seulement quelques mois après lui. Sous un tapis de lierre planté en 1924 par le fils du docteur Gachet, les deux hommes reposent côte à côte, à deux pas de l’un des champs que peignit Vincent lors de son ultime séjour…
voir toutes les imagesLes tombes de Vincent et Théodore van Gogh au cimetière municipal d’Auvers-sur-Oise
© Tripelon-Jarry / Only France / Afp
La devanture de l’auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise
Photo Erik Hesmerg
Vue de la chambre de Vincent van Gogh depuis l’escalier à l’auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise
© Institut Van Gogh / Photo Joe Cornish
Les tombes de Vincent et Théodore van Gogh au cimetière municipal d’Auvers-sur-Oise
© Tripelon-Jarry / Only France / Afp
Autopsie d’une fascination
Dorota Kobiela et Hugh Welchman, La Passion Van Gogh, 2017
film • 1h35 • © Loving Vincent
Imprégnée de sa sensibilité et de son mysticisme, l’œuvre de Van Gogh fascine autant que sa personnalité complexe. Cultivé, humble et empreint d’une grande sagesse, le peintre était aussi une âme tourmentée, aujourd’hui l’objet de fantasmes. Auréolé de mystère et sujet d’inépuisables enquêtes, lui qui mourut dans le mépris et l’indifférence est aujourd’hui un peintre au succès planétaire. Ce saisissant contraste entre la vie simple qu’il a menée, et son statut de star, rend son cas d'autant plus fascinant…
De quoi souffrait-il ?
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Un trouble bipolaire
Une alternance de périodes de profonde dépression pouvant mener au suicide, et d’épisodes maniaques où le sujet devient très optimiste, créatif et plein d’énergie : il est probable que Van Gogh souffrait de trouble bipolaire, dit aussi maniaco-dépressif. La dépression sévissait dans la famille : Théo en souffre, sa sœur Willemina est internée, et son frère Cornelis se serait suicidé…
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Le Vieil homme triste, 1890
huile sur toile • 81 x 65 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
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De l’épilepsie
De son vivant, à Saint-Rémy et Arles, Van Gogh a été diagnostiqué comme épileptique. Une maladie neurologique chronique qui, en raison d’une hyperactivité d’un groupe de neurones dans le cerveau, provoque des crises caractérisées notamment par des convulsions, souvent induites par une émotion. Mais les crises de délire décrites ne correspondent ni à l’épilepsie généralisée, ni à celle du lobe temporal…
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Deux crabes, 1889
Huile sur toile • 47 × 61 cm • Coll. National Gallery, Londres
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Maladie de Ménière, syphilis, porphyrie
Van Gogh aurait-il souffert de la maladie de Ménière, une affection de l’oreille interne provoquant des problèmes d’équilibre – auquel cas, il se serait tranché l’oreille pour soulager la douleur ? Ou de syphilis, qui déclenche dépression et hallucinations ? Ou de porphyrie, maladie rare et héréditaire caractérisée par de graves troubles neurologiques assortis de dépression ? Rien, dans son dossier médical, ne semble l’indiquer…
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée ou L’Homme à la pipe, 7 janvier 1889
huile sur toile • 51 x 45 cm • Coll. Kunsthaus, Zurich
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Les ravages de l’absinthe
Van Gogh consommait énormément d’absinthe, un mélange d’alcool très fort, d’armoise et de cuivre (pour lui donner sa couleur vert clair). Prisé des artistes et des poètes, ce spiritueux a fait des ravages au XIXe siècle, provoquant à la fois des problèmes de mémoire, de digestion et des hallucinations. Trois symptômes dont souffrait Van Gogh !
voir toutes les imagesVincent van Gogh, Table de café avec absinthe, 1887
huile sur toile • 46,3 x 33,2 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam • © Bridgeman Images
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Une intoxication au plomb
Des témoins ont raconté que Van Gogh avait pour habitude non seulement de se maculer les doigts avec de la peinture jaune (le jaune de chrome, contenant du plomb hautement toxique), mais aussi d’en manger ! Un jour, à Saint-Rémy, il se voit administrer un contre-poison après en avoir ingéré un tube entier… Sans être la cause première de ses crises, l’intoxication au plomb (saturnisme) a pu aggraver ses hallucinations…
voir toutes les imagesLa palette de Van Gogh, vers 1890
© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Tony Querrec
Vincent van Gogh, Le Vieil homme triste, 1890
huile sur toile • 81 x 65 cm • Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo
Vincent van Gogh, Deux crabes, 1889
Huile sur toile • 47 × 61 cm • Coll. National Gallery, Londres
Vincent van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée ou L’Homme à la pipe, 7 janvier 1889
huile sur toile • 51 x 45 cm • Coll. Kunsthaus, Zurich
Vincent van Gogh, Table de café avec absinthe, 1887
huile sur toile • 46,3 x 33,2 cm • Coll. Van Gogh Museum, Amsterdam • © Bridgeman Images
La palette de Van Gogh, vers 1890
© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Tony Querrec
De nombreux psychiatres et spécialistes se sont demandé si l’utilisation abondante du jaune vif chez Van Gogh serait dû à un excès d’absinthe, une molécule présente dans cette dernière pouvant provoquer un trouble de la vision. Pour d’autres, la digitaline que le docteur Gachet lui avait prescrite pour soigner son épilepsie aurait pu provoquer chez lui un dysfonctionnement des couleurs ! Au vu de ses écrits, il est néanmoins bien plus vraisemblable que ses couleurs intenses résultent d’un choix réfléchi.
Une cote récemment boostée
Bien qu’inestimables, ses tableaux n’ont pas toujours valu des millions !
En 1987, alors qu’il reste peu de grands Monet sur le marché, et que l’intérêt se déporte sur le postimpressionnisme, la maison de vente Christie’s mène une campagne pour valoriser l’œuvre de Van Gogh. Résultat ? L’un de ses Tournesols est vendu aux enchères à Londres pour près de 25 millions de livres. Les prix ne cesseront d’enfler. En 1990, le Portrait du docteur Gachet s’arrache à 83 millions de dollars. En 1994, la justice française fixe à 200 millions d’euros la valeur du tableau Jardin à Auvers (1890) qui, récemment, en vue d’une exposition (finalement avortée) dans la chambre auversoise du peintre, a nécessité pour sa sécurité l’installation d’une paroi métallique de sept tonnes et d’un caisson digne de la Joconde !
Deux employés de Sotheby’s accrochant “Scène de rue à Montmartre” (Impasse des Deux Frères et le Moulin à Poivre)” de Vincent van Gogh lors de la vente à Paris le 25 mars 2021
© Stéphane de Sakutin / Afp
Une influence immense
Van Gogh a inspiré de nombreux peintres : les fauves, tels André Derain, Maurice de Vlaminck et Paul Gauguin, ont repris ses juxtapositions de couleurs et son usage des contours sombres ; les expressionnistes, comme Edvard Munch et Oskar Kokoschka, ses distorsions de formes destinées à faire passer une émotion ; tandis que le peintre britannique David Hockney, sur toile et sur iPad, rend hommage à ses couleurs pétaradantes et à ses paysages de campagne animés par des hachures ondulantes !
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Edvard Munch, Nuit étoilée, 1893
Cette peinture est l’un des rares paysages de Munch sans personnage. Énigmatique et mélancolique, elle lui a été inspirée lors d’une nuit d’été sur la petite plage norvégienne de Åsgårdstrand, que l’artiste fréquentait assidûment.
Huile sur toile • 135,6 x 140 cm • Coll. J. P. Getty Museum, Los Angeles • © Akg-images / Liszt Collection / The Munch Museum / The Munch-Ellingsen Group / © Adagp, Paris
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Paul Gauguin, Tournesols sur un fauteuil, 1901
Hommage à Van Gogh
Installé à Tahiti, île polynésienne idyllique évoquée au loin par des baigneurs et une pirogue glissant sur l’eau, Paul Gauguin s’est fait envoyer des graines de tournesol en vue de peindre cette nature morte. Émergeant du panier posé sur un fauteuil, le bouquet couleur safran rend hommage à Vincent Van Gogh, son ami disparu qu’il avait immortalisé à Arles en train de peindre ces grandes fleurs solaires.
Huile sur toile • 68 × 75,5 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich / J.-P Kuhn
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André Derain, Montagnes à Collioure, 1905
huile sur toile • 81,3 x 100,3 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington DC • © bridgeman Images / © Adagp, Paris 2023
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Maurice de Vlaminck, Partie de campagne, 1905
huile sur toile • 89 x 116 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2023
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David Hockney, Kilham to Langtoft II, 27 juillet 2005
Huile sur toile • 61 x 91,44 cm • © David Hockney / Photo Richard Schmidt
Le saviez-vous ?
120 : c’est le nombre de toiles de Van Gogh qui ont été patiemment copiées à l’huile par une équipe de 68 peintres, animées et liées entre elles pour composer le film d’animation La Passion Van Gogh (2017) d’Hugh Welchman et Dorota Kobiela !
Dorota Kobiela et Hugh Welchman, La Passion Van Gogh, 2017
film • 1h35 • © Loving Vincent
Van Gogh, le peintre qui rend fou
La passion et les obsessions qui animaient Van Gogh semblent avoir déteint sur ses fans… C’est à présent lui qui en est le sujet ! Le peintre suscite un tel fanatisme que des initiatives étranges ne cessent de fleurir aux quatre coins du monde pour lui rendre hommage…
Sa chambre reconstituée
La chambre arlésienne de Van Gogh a été plusieurs fois reproduite en trois dimensions. L’une de ces répliques a été installée en 2016 à l’Art Institute de Chicago. Chaises, lit, accessoires de toilette, couleur de chaque mur et élément, distorsion de la perspective… Tout a été reproduit à l’identique, jusqu’à la serviette et au chapeau de paille. En bonus, on pouvait y dormir pour la modique somme de 10 dollars !
La Chambre de Van Gogh reconstituée pour l’exposition “Van Gogh’s Bedroom” à l’Art Institute de Chicago en 2016
© Blue Cadet
Son tableau Oliviers recréé avec de vraies plantes
En 2016, à Eagan dans le Minnesota, le tableau Oliviers de Van Gogh a été entièrement reconstitué avec des plantes par le land artiste Stan Herd (2015), qui a choisi pour « toile » un champ d’environ un demi hectare, avec l’aide financière du Minneapolis Institute of Art. Pour recréer l’image, il a creusé, labouré, tondu et planté divers végétaux. Un travail titanesque qui a fait son effet en vue aérienne !
Le tableau “Oliviers” reconstitué avec des plantes dans le Minnesota
Son visage sur toutes sortes d’objets
Le visage de Van Gogh se retrouve sur toutes sortes d’objets produits par des marques qui utilisent son image, notamment des savons au tournesol, des bouteilles d’absinthe et des tubes de peinture d’une société néerlandaise. Un fabriquant de pipes italien de Pesaro a même donné son nom à une gamme de pipes identiques à celle qu’il utilisait !
Savon au tournesol Van Gogh
DR
Son oreille clonée dans du formol
En 2014, une artiste néerlandaise a même cloné l’oreille coupée du peintre. Intitulée Sugababe, cette copie vivante a été modélisée en 3D d’après ses autoportraits et recréée avec de vraies cellules humaines à partir de l’ADN de l’un des descendants de Van Gogh, puis plongée dans du formol pour garantir la conservation des tissus… Vous avez dit bizarre ? Attendez la suite : l’oreille, équipée d’un dispositif électronique, entend ce que lui murmurent les visiteurs !
“Sugababe”, l’oreille coupée reconstituée de Vincent van Gogh par l’arrière-arrière-petit-fils de Theo, frère de l’artiste
© Centre d’art et des médias de Karlsruhe (ZKM)
Le podcast "Van Gogh thérapie"
Une série immersive en 4 épisodes imaginée par Beaux Arts Magazine
Dans ce récit lumineux et intime nourri des lettres de l'artiste, l'écrivain Stéphane Lambert, auteur de livres sur Monet, Rothko ou de Staël et lauréat du Prix Rossel 2022, redonne vie à Van Gogh pour mieux comprendre ce qui l'a conduit à sa fin tragique à Auvers-sur-Oise. Accompagné d'une musique originale, c’est pour l’auteur une manière d’éclairer son propre cheminement thérapeutique et de faire écho à nos interrogations les plus universelles. L’art peut-il sauver ?
“Van Gogh thérapie”, un podcast de Beaux Arts Magazine
© Beaux Arts Magazine
Tout savoir sur les derniers mois de Van Gogh avec notre visioconférence le 28 novembre à 20h
Les visioconférences de Beaux Arts invitent à passer une heure, sur Zoom, avec une conférencière passionnée pour contempler, comprendre et voyager autrement dans le monde de l’art. À suivre avant ou après l'exposition !
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L’exposition-événement au musée d’Orsay
Du 3 octobre 2023 au 4 février 2024, le musée d’Orsay présente une exposition inédite, riche d’une quarantaine de tableaux, élaborée conjointement avec le musée Van Gogh d’Amsterdam, où elle s'est tenue du 12 mai au 3 septembre : « Van Gogh à Auvers-sur-Oise, les derniers mois ». La toute première consacrée aux œuvres produites par Van Gogh durant cette période cruciale !
Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Les derniers mois
Du 3 octobre 2023 au 4 février 2024
Musée d'Orsay • Esplanade Valéry Giscard d'Estaing • 75007 Paris
www.musee-orsay.fr
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Beaux Arts Éditions se fait l’écho des dernières recherches sur l'ultime période de Van Gogh et analyse ses tableaux emblématiques de la période auversoise, dont certains jamais montrés. L’édition, richement illustrée rappelle la vie et l’œuvre de Van Gogh dans son entier comme le contexte dans lequel il s’inscrit.
