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Qui était Anna Boch, celle qui a cru en Van Gogh avant tout le monde ?

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Publié le , mis à jour le
Vincent van Gogh, artiste incompris, n’aurait vendu qu’une seule toile de son vivant… à une femme visionnaire : la peintre et collectionneuse belge Anna Boch. Le Mu.ZEE d’Ostende lui consacre en ce moment une grande exposition, qui fait la part belle à sa superbe collection d’œuvres d’art.
Vincent van Gogh, La Vigne rouge
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Vincent van Gogh, La Vigne rouge, 1888

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Huile sur toile • 75 × 93 cm • Coll. musée Pouchkine, Moscou

L’histoire commence non loin d’Arles, en 1888, où le peintre belge Eugène Boch fait la connaissance d’un certain Van Gogh. L’entente est immédiate : Van Gogh est séduit par son physique « en lame de rasoir » et décide de faire son portrait. Il est aussi très impressionné par le fait qu’Eugène ait « une sœur dans les vingtistes », autrement appelés les XX, cercle artistique belge à la pointe de la modernité… Cette sœur, c’est Anna Boch, elle-même peintre et collectionneuse.

Peu après, sans doute grâce à Eugène, les XX organisent à Bruxelles une exposition de tableaux de Van Gogh. Cela ne se fait pas sans heurt, certains artistes du groupe étant plutôt réfractaires à son style. Mais ce n’est pas le cas d’Anna Boch qui, séduite, acquiert La Vigne rouge pour 400 francs. Ce tableau serait le seul vendu par Van Gogh de son vivant, faisant ainsi entrer Anna Boch dans la légende.

Des cours particuliers auprès d’artistes réputés

Anonyme, Portrait d’Anna Boch
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Anonyme, Portrait d’Anna Boch

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photographie • Collection privée • © Photo Vincent Everarts

Un an après la mort du peintre, elle récidive en achetant une seconde toile : des choix audacieux, à l’image du goût très sûr de la collectionneuse qui rassemble des œuvres depuis une quinzaine d’années déjà. Anna Boch vient d’un milieu aisé et ouvert aux arts, où les talents artistiques de chaque membre de la famille sont encouragés. À l’instar d’autres femmes de son époque souhaitant devenir peintre, l’École des beaux-arts lui est interdite. Elle prend donc des cours particuliers auprès d’artistes réputés. Parmi eux, le peintre Isidore Verheyden qui devient son ami et dont elle achète plusieurs toiles.

C’est le début d’une collection qui ne cessera de s’accroître au fil des décennies. Très active dans la vie artistique bruxelloise, Boch fréquente les salons et expositions où elle fait certains de ses achats. Elle est parfois conseillée par son cousin Octave Maus, rédacteur à l’Art moderne et familier de toute la nouvelle génération d’artistes belges…

James Ensor, La musique russe
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James Ensor, La musique russe, 1881

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Huile sur toile • 133 × 110 cm • Coll. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles • © J. Geleyns – Art Photography

Dont un certain James Ensor, peintre étrange qui ne laisse personne indifférent. En 1886, son tableau la Musique russe fait scandale chez les XX ! Un autre membre, Fernand Khnopff, l’accuse de plagiat. Boch, qui a rejoint le groupe depuis peu, est convaincue du talent d’Ensor : elle prend parti et achète le tableau, le premier chef-d’œuvre de sa collection.

Les temps changent, sa collection aussi

Avec les années, les goûts de collectionneuse d’Anna Boch évoluent : son intérêt se porte davantage sur des œuvres plus sociales, elle s’entiche des tableaux et sculptures de Constantin Meunier. Puis, en 1887, vient la rencontre en forme de coup de foudre avec l’œuvre de Seurat. Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte est exposé aux XX en présence de l’artiste et de son ami Signac. L’art et la collection de Boch ne seront plus jamais les mêmes : dans ses propres toiles, sa touche se fait plus pointilliste, plus lumineuse, et ses achats favorisent ce nouveau courant.

À gauche, “La Seine à la Grande-Jatte” par Georges Seurat (1888). À droite, “Chaumière en Flandre” par Anna Boch (vers 1891)
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À gauche, “La Seine à la Grande-Jatte” par Georges Seurat (1888). À droite, “Chaumière en Flandre” par Anna Boch (vers 1891)

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Huiles sur toile • 65 x 82 cm / 75,5 x 107,5 cm • Coll. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / Collection Lucien Arkas • © Wikimedia Commons © Photo Hadiye Cangokce

Il y aura un Seurat, des représentants du pointillisme belge, puis un superbe Signac en 1907. C’est sans doute pour réunir les fonds nécessaires à son acquisition qu’elle n’hésite pas à revendre ses deux Van Gogh : un changement d’avis surprenant, qui pourrait s’expliquer par les évolutions de son goût, sa volonté de composer une collection avec des ensembles cohérents… ou par la perspective d’une plus-value impressionnante, le nom de Van Gogh étant désormais très à la mode.

Mais cela ne l’empêche pas d’être parfois en désaccord avec ses proches. Peu sensible au symbolisme, elle ne partage pas l’enthousiasme de son frère pour l’art de Maurice Denis, allant jusqu’à interrompre un ambitieux chantier de décoration de son intérieur mené par le peintre.

Une collectionneuse et mécène généreuse

Insatiable curieuse, Boch compose au fil des décennies une vaste collection uniquement constituée d’artistes contemporains. On y trouve une grande proportion de peintres belges, une dizaine de femmes, des toiles représentatives des dernières évolutions de la peinture moderne… et la présence d’un certain Albert Lepreux, dont elle possède tout de même treize œuvres. Cet artiste n’est autre que le chauffeur d’Eugène Boch qui, encouragé par le frère et la sœur, s’est mis à la peinture. Anna Boch, désireuse de le soutenir, lui achète régulièrement des œuvres.

Anna et Eugéne Boch en vacances avec la voiture
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Anna et Eugéne Boch en vacances avec la voiture

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Photographie • © Photo Vincent Everarts

Car la collectionneuse est connue pour sa générosité : pas du genre à garder ses tableaux pour elle seule, elle prête volontiers les fleurons de sa collection pour de grandes expositions. Mais c’est son premier coup de cœur, le Ensor, qui voyage le plus… La Musique russe est d’ailleurs le premier tableau que Boch lègue aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Ils seront suivis, après sa mort en 1936, par les autres chefs-d’œuvre de sa collection.

Le reste sera dispersé à bas prix lors d’une vente aux enchères mêlant ses œuvres personnelles et celles des artistes qu’elle a collectionnés. Le critique Paul Colin, attristé par ce spectacle, écrit : « Ce n’est pas sans une profonde mélancolie que tous ceux qui ont aimé Anna Boch reverront une dernière fois les tableaux dont s’encombrait son grand atelier ». Près d’un siècle plus tard, toutes ces œuvres sont à nouveau réunies à Ostende, dans la grande exposition que le Mu.ZEE consacre à Anna Boch jusqu’au 5 novembre 2023.

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Anna Boch, un voyage impressionniste

Du 1 juillet 2023 au 5 novembre 2023

www.muzee.be

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