Maurice Guibert, Henri de Toulouse-Lautrec sur le bassin d’Arcachon, 1896
© Maurice Guibert
Edvard Munch, Autoportrait avec pinceaux et palette sur la plage de Warnemünde, 1907
La plus inspirée : Edvard Munch
Nous voici au nord de l’Allemagne, au bord de la mer Baltique. Les cheveux ébouriffés par l’air marin, palette et pinceaux à la main… Cet autoportrait photographique d’Edvard Munch (1863–1944) à la composition singulière (remarquez le parallélisme du peintre et de l’un de ses modèles au second plan !) le montre en pleine création sur la plage de Warnemünde. C’est dans cette coquette station balnéaire située non loin de Rostock que le Norvégien coule, entre 1907 et 1908, des jours heureux, bercés d’une joyeuse insouciance créative, avant d’être rattrapé par ses tourments existentiels qui le mèneront quelques mois plus tard dans la clinique du docteur Jacobsen.
© Munch Museum, Oslo.
Claude Monet sur la place Saint-Marc à Venise, en octobre 1908
La plus clichée : Claude Monet
Ah, Venise ! Ses palais, ses gondoles et… ses pigeons ! Véritable attraction touristique, les volatiles, en plus de picorer aux tables des cafés de la somptueuse place Saint-Marc, se retrouvent souvent bien malgré eux à prendre la pose sur les photos-souvenirs des voyageurs… À l’image de celles du couple Monet, en monsieur et madame Tout-le-monde de passage dans la cité des Doges en 1908. Émerveillé par sa beauté et sa lumière, Claude (1840–1926) y peint sans relâche d’octobre à décembre, et ce dès les premières lueurs du jour. Le soir venu, il rejoint sa femme place Saint-Marc pour de longues promenades : « Nous avions des pigeons partout et j’en faisais une légère grimace de peur », écrira la pauvre Alice Hoschedé !
© Bridgeman Images
Vassily Kandinsky en train de travailler dans son jardin, photographié par Gabriele Münter, 1910-1911
La plus écolo : Vassily Kandinsky
En 1908, Vassily Kandinsky (1864–1944) et sa compagne, la peintre Gabriele Münter (1877–1962), sont de passage en Bavière. Tombés sous le charme du petit village de Murnau, de ses paysages verdoyants et de son architecture pittoresque, ils y achètent une petite maison de bois, qu’ils aménagent entièrement, laissant libre cours à leur créativité. Une fois installés, ils s’attaquent aux espaces extérieurs : tandis que Gabriele dessine les plans du futur jardin, Vassily, lui, retrousse ses manches et bêche la terre, bientôt prête à accueillir des semences de toutes sortes. Fleurs odorantes, fruits et légumes appétissants… Le couple se passionne pour le jardinage et consigne scrupuleusement dans un carnet ses récoltes !
© Rue des Archives/SPPS.
Gustav Klimt, Thérèse Flöge et Gertrude sur le ponton de la villa Paulick, au bord de l’Attersee, 1912
La plus tendre : Gustav Klimt
Reposant de tout son long sur le ponton de sa maison de vacances, la majestueuse villa Paulick au bord de l’Attersee en Autriche, Gustav Klimt (1862–1918) semble paisiblement endormi, près d’un coquetier (!). Couchée sur lui, une petite fille semble elle aussi faire la sieste, sous le regard ému de sa maman, Therese Flöge, parente d’Emilie Flöge, qui fut la muse de l’artiste viennois. Une image touchante et paisible, à l’image du lac alentour où Gustav Klimt aimait se ressourcer et faire de la barque en compagnie de ses proches.
© Getty Images.
Léonard Foujita sur une plage de Deauville, le 29 août 1927
La plus élégante : Foujita
À la recherche du style impeccable pour flâner sur la plage cet été ? Inspirez-vous donc de Foujita (1886–1968) ! Le plus japonais des peintres de l’École de Paris prend ici la pose sur la plage de Deauville, les pieds dans l’eau, arborant fièrement un marcel immaculé et une jupette confectionnée à partir d’un jeu de cartes. Une fantaisie de plus pour ce dandy qui, on l’imagine, aurait fait sensation dans un numéro de Vogue des Années folles !
© Gamma-Keystone via Getty Images.
Kees Van Dongen et son épouse à Deauville le 21 août 1950
La plus chic : Kees van Dongen
Voici un autre artiste de l’École de Paris conquis par le charme de Deauville : Kees van Dongen (1877–1968), qui y séjourne dès les années 1920 et y réalise de nombreuses aquarelles. Ici, pas de palette ni de couleurs, l’artiste déambule simplement sur les célèbres planches de la station balnéaire normande en compagnie de son épouse. Costume décontracté – mais chic – et sac de plage pour monsieur ; bikini et bouée gonflable pour madame… « Deauville m’allait comme un gant », déclarait le peintre dans un entretien en 1958. Une chose est sûre : pour les Van Dongen, l’élégance n’est pas incompatible avec les vacances !
© AGIP / Bridgeman Images.
Salvador Dalí à Portlligat, près de Cadaqués, sur la Costa Brava espagnole, 1955
La plus excentrique : Salvador Dalí
« Mon paradis mystique […] trouve sa plénitude dans la baie de Cadaqués », se plaisait à dire Salvador Dalí (1904–1989). Enfant, le surréaliste venait y passer l’été avec sa famille. Une habitude qu’il n’a pas perdue, une fois devenu star du monde de l’art. Le voici en 1955 barbotant dans les eaux turquoises et miroitantes de la Méditerranée, les yeux écarquillés, la bouche pleine d’algues… Drôle de créature marine ! Même lorsque Dalí est en vacances, son excentricité, elle, ne prend pas de congés.
© Charles Hewitt/Getty Images.
Pablo Picasso sur une plage à Vallauris en 1960
La plus ensoleillée : Pablo Picasso
Cap désormais sur la Côte d’Azur ! Installé depuis 1948 à Vallauris, Pablo Picasso (1881–1973) peint, sculpte, se consacre à la céramique et… profite des petits bonheurs de la vie en plein air, sous la lumière du soleil méditerranéen. Dans les rues ombragées comme sur la plage, sous l’œil amusé des photographes, l’artiste se sent partout chez lui et vient à la rencontre des vacanciers, entamant volontiers la discussion…
© Getty Images.
Claes Oldenburg, Lucas Samaras, George Segal, Patty Mucha et Robert Rauschenberg dans la demeure de Robert Scull dans l’East Hampton, vers 1968
La plus acrobatique : Claes Oldenburg
Lunettes de soleil vissées sur le nez et chemise ouverte, le maître du pop art américain Claes Oldenburg (1929–2022) prend la pose avec une joyeuse bande d’équilibristes en maillot de bain, composée des artistes Lucas Samaras, George Segal, Patty Mucha et Robert Rauschenberg (à la base de la pyramide). Tous sont venus passer quelques jours de vacances dans la maison de George, située dans le New Jersey, loin des gratte-ciels et de l’agitation étouffante de la Big Apple… Les copains d’abord !
Archives of American Art, Smithsonian Institution, Washington DC • © Bridgeman Images.
Pierre Bonnard, Bonnard sur l’âne Trotty au Grand Lemps, entre 1903 et 1905
La plus nostalgique : Pierre Bonnard
Pour Pierre Bonnard (1867–1947), les étés passés dans la demeure familiale du Grand-Lemps, non loin de Grenoble, ont la saveur de la douce insouciance de l’enfance. Lorsqu’il ne peint pas dans son atelier, l’artiste passe ses journées entouré des siens, joue avec ses neveux dans les bassins du jardin et, surtout, s’occupe des animaux qui vont et viennent dans ce décor champêtre. Ce grand ami des bêtes, en lesquelles il voyait de véritables confidentes, aime particulièrement se balader sur le dos de son âne Trotty. Chapeau de soleil vissé sur la tête, il prend ici la pose avec son fidèle destrier !
Épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif sur film souple au gélatino-bromure d'argent • 3,8 x 5,2 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © GrandPalais Rmn
David Hockney assis au bord de sa piscine à Los Angeles, 1er avril 1993
La plus aquatique : David Hockney
Au bord de la piscine, avec son pull marine : on dirait la chanson d’Isabelle Adjani, mais c’est bien de David Hockney (né en 1937) dont il s’agit ! Au milieu des années 1960, le peintre britannique quitte la grisaille londonienne pour s’installer sous le soleil de la Californie. On connaît la suite : à Los Angeles, il devient le chroniqueur de cette nouvelle vie à la cool et se fait notamment remarquer pour ses « Pool Paintings », à l’image de l’iconique A Bigger Splash (1967). Sur ses toiles, les reflets de la lumière à la surface de l’eau turquoise se transforment en véritable signe graphique – un alphabet de formes ondulantes qu’il transpose un beau jour de 1988 sur le fond de la piscine de l’hôtel Hollywood Roosevelt !
Photo Mary E. Nichols
Friedrich Wilhelm Murnau, Matisse à Tahiti (Matisse devant un pandanus), 1930
La plus dépaysante : Henri Matisse
Des palmiers de la Californie à ceux de Tahiti, il n’y a qu’un pas ! En 1930, Henri Matisse (1869–1954), alors âgé de 60 ans, embarque pour l’archipel polynésien après une longue traversée des États-Unis en train. Alors que l’artiste fait face à une intense période de doute, la découverte de ce paysage du bout du monde et de ses eaux limpides lui fait l’effet d’une révélation. « Ai vécu 20 jours dans une île de corail : lumière pure, air pur, couleur pure : diamant saphir émeraude turquoise. Poissons mirobolants. N’ai absolument rien fait, excepté mauvaises photos », résume-t-il dans un télégramme adressé à son ami Pierre Bonnard, tandis qu’il séjourne à Papeete.
Tirage gélatino-argentique développé sur papier baryté • © Musée départemental Matisse / Conseil départemental du Nord
Lee Miller, Pique-nique (Adrienne Fidelin, Man Ray, Roland Penrose, Paul et Nusch Éluard), île Sainte-Marguerite, Cannes, 1937
La plus surréaliste : Man Ray, Paul Éluard…
En 1937, Pablo Picasso et Dora Maar posent leurs valises à Mougins et sont bientôt rejoints par leurs amis : Man Ray et Ady, Paul Éluard et Nusch, Lee Miller et Roland Penrose. La joyeuse bande vit alors en pleine harmonie : baignade à la Garoupe, petite plage située non loin du cap d’Antibes, siestes crapuleuses… Lorsqu’elle ne s’attable pas de longues heures sous les tonnelles, la petite colonie de vacances se retrouve pour pique-niquer à l’ombre d’une pinède, comme en témoigne cette photographie de Lee Miller : un déjeuner sur l’herbe… à la sauce surréaliste !
Épreuve gélatino-argentique • © Lee Miller Archives, England 2013. All rights reserved. www.leemiller.co.uk
Paul Signac sur son bateau l’ « Olympia », vers 1895
La plus maritime : Paul Signac
Peintre d’avant-garde, figure incontournable du néo-impressionnisme, Paul Signac (1863–1935) est aussi un navigateur chevronné ! Depuis l’âge de 17 ans, il sillonne les mers et remporte toutes les régates. Le voici à la barre de son voilier qu’il a nommé « l’Olympia » en hommage au sulfureux chef-d’œuvre d’Édouard Manet. Depuis le rivage de la Bretagne sud, le peintre s’est embarqué dans une grande traversée qui le mène à Saint-Tropez. Subjugué par la beauté de ce qui n’est alors qu’un modeste port de pêche, Signac y passe toutes ses vacances et lui consacre l’intégralité de sa production artistique entre 1892 et 1895 !
Photographie en noir et blanc • © Christie’s / Archives Signac
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La plus comique : Toulouse-Lautrec
Sinbad n’a qu’à bien se tenir ! Surgissant de la cale d’un bateau, un drôle de petit homme fait le pitre, coiffé d’un turban et nu comme un ver. C’est Toulouse-Lautrec (1864–1901) qui a quitté, le temps d’un été, les maisons closes du nord de Paris pour les eaux paisibles du bassin d’Arcachon. Friand de mises en scène absurdes, l’artiste se révèle être face à l’objectif de ses amis un sacré farceur ! Il s’agit surtout pour lui de se moquer de sa maladie des os, qui, enfant, l’a empêché de grandir correctement. L’autodérision élevée au rang d’art.