SÉRIE – VACANCES MYTHIQUES D’ARTISTES

Saint-Tropez, le port d’attache coloré de Signac

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Lorsque Paul Signac, peintre et navigateur, mouille pour la première fois à Saint-Tropez, le coup de foudre est immédiat. Pendant vingt ans, le chef de file du néo-impressionnisme passe ses vacances dans une belle villa où il accueille aussi ses amis artistes, transformant ainsi le petit village de pêcheurs en véritable paradis des avant-gardes. De Deauville à Mougins, Beaux Arts vous raconte ces lieux de villégiature mythiques qui ont inspiré des artistes. Préparez vos valises !
Paul Signac, Au temps d’harmonie
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Paul Signac, Au temps d’harmonie, 1895

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Huile sur toile • 300 x 400 cm • Coll.Hôtel de ville de Montreuil • © Wikimedia Commons

Mai 1892 : l’Olympia s’engouffre dans le golfe de Saint-Tropez, chahuté par la houle. Pas de quoi impressionner le navigateur chevronné qui tient habilement la barre de ce beau voilier baptisé en hommage à Édouard Manet : un certain Paul Signac !

Peintre autodidacte, chef de file du néo-impressionnisme, il se souvient alors des mots de Maupassant, lus quelques années auparavant : « Saint-Tropez est une de ces charmantes et simples filles de la mer, poussées dans l’eau comme un coquillage, nourries de poissons et d’air marin et qui produisent des matelots. » L’auteur, qui avait accosté là à bord de son Bel-Ami en 1888, avait raison ! Le coup de foudre avec Saint-Tropez est immédiat…

Au premier plan, Paul Signac sur son bateau l’ « Olympia »
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Au premier plan, Paul Signac sur son bateau l’ « Olympia », vers 1895

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Photographie en noir et blanc • © Christie’s / Archives Signac

Signac consacre au port varois l’intégralité de sa production entre 1892 et 1895 !

Bientôt, Signac trouve un mouillage pour son yacht et pose ses valises dans un modeste cabanon, non loin de la petite plage déserte des Graniers – « ma plage », dira-t-il. Dans une lettre à sa mère, il fait part de son bonheur : « Depuis hier je suis installé et je nage dans la joie. À cinq minutes de la ville, perdu dans les pins et les roses, j’ai découvert un joli petit cabanon meublé. Devant les rives dorées du golfe, les flots bleus venant mourir sur une petite plage, ma plage et un bon mouillage pour Olympia. Dans le fond les silhouettes bleues des Maures et de l’Esterel, j’ai là de quoi travailler pendant toute mon existence c’est le bonheur que je viens de découvrir. »

Un fertile terrain d’expérimentations

Les années passent et Signac, désormais marié à Berthe, revient sans cesse à Saint-Tropez. Pour plus de confort, il loue une belle maison qu’il finit par acquérir en 1897 : la Hune. La villa, érigée entre 1830 et 1850, offre une vue imprenable sur le paysage. Sur la terrasse à l’italienne que le peintre fait bâtir, on embrasse en un regard la Méditerranée et les montagnes qui se dessinent au loin, au fond du golfe.

Paul Signac, Place des Lices, Saint-Tropez
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Paul Signac, Place des Lices, Saint-Tropez, 1893

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Huile sur toile • 64,5 × 81,9 cm • Coll. Carnegie Museum Of Art, Pittsburgh • © Wikimedia Commons

Sur le port, il glane les motifs pittoresques qui peuplent ses marines.

Dans cet écrin bordé de pins odoriférants, où s’épanouissent, dès les premières chaudes journées de printemps, de généreux bougainvilliers, Signac peint sans relâche. Comme envoûté, il consacre au port varois l’intégralité de sa production entre 1892 et 1895 ! Saint-Tropez devient alors le théâtre de fertiles expérimentations : sur la toile, son pinceau est libre comme le vent et explore à fond la division des tons. Ses toiles sont de plus en plus chatoyantes et multiplient les effets de contraste. Toujours en autodidacte, l’artiste s’essaie aussi avec succès à l’aquarelle qui lui permet une plus grande spontanéité.

Saint-Tropez l’obsède. À pied ou à vélo, il parcourt durant de longues heures le Sentier des douanes, chemin sinueux qui serpente entre terre et mer, le long du littoral. On le voit aussi se faufiler dans les étroites ruelles du village avant de rejoindre le port, où le pointilliste glane les motifs pittoresques qui peuplent ses marines : des bateaux de pêcheurs amarrés au bord des quais, ballottés par le mouvement lent des vagues ; les façades pastel des maisons qui, au coucher du soleil, quand souffle le mistral, se parent de tons chauds et chatoyants… Cet éden méditerranéen lui inspire aussi une grande composition utopiste : Au temps d’harmonie (1895), véritable ode à la fraternité et à la liberté – des idéaux chers à cet artiste à la sensibilité anarchiste.

Paul Signac, À gauche, “La Bouée Rouge” de 1895. À droite, “Saint-Tropez, la terrasse” de 1898.
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Paul Signac, À gauche, “La Bouée Rouge” de 1895. À droite, “Saint-Tropez, la terrasse” de 1898.

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Huiles sur toiles • 81 x 65 cm / 72,5 x 91,5 cm • Coll. Musée d'Orsay, Paris / Coll. National Gallery of Ireland • © Wikimedia Commons © ACTIVE MUSEUM / ACTIVE ART / Alamy / Hemis (ENTA7P)

Signac entraîne dans son sillage bon nombre d’artistes de sa génération. Dans son atelier situé au premier étage de sa grande maison défilent ses amis : Henri-Edmond Cross, qui connaît bien la région pour venir y soigner ses rhumatismes, mais aussi Pierre Bonnard, Théo Van Rysselberghe, Charles Camoin, Albert Marquet… Sans oublier Matisse. En 1904, Signac lui prête une dépendance de sa villa, la Cigale, où le futur fauve, lui aussi envoûté par la lumière et les couleurs du sud, s’essaie au pointillisme avec Luxe, calme et volupté. Conquis, son hôte achète la toile, qu’il accroche dans sa villa tropézienne. En 1913, toutefois, le vent tourne. Signac se sépare de Berthe, à qui il laisse la Hune. Cette rupture marque aussi la fin de son idylle avec Saint-Tropez – charmant village de pêcheurs où se sont écrites, en deux décennies, quelques-unes des plus belles pages de l’histoire des avant-gardes.

Retrouvez dans l’Encyclo : Paul Signac

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