La folle histoire

L’incroyable maison de Sarah Winchester : labyrinthe à fantômes ou œuvre d’art surréaliste ?

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Publié le , mis à jour le
La folle demeure californienne de Sarah Winchester (1839–1922), immense dédale de pièces et d’escaliers sans queue ni tête, qui fut en chantier 24 heures sur 24 jusqu’à la mort de sa commanditaire, est aujourd’hui une attraction populaire auprès des amateurs de maisons hantées. Mais quelle est sa véritable histoire ? Retour sur ce grand mystère, actuellement au cœur d’une exposition au Palais idéal du facteur Cheval !
Winchester Mystery House à San José, Californie
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Winchester Mystery House à San José, Californie

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© FineArtPic / Alamy / hémis

C’est l’une des maisons les plus étonnantes au monde ! À la fin du XIXe siècle, une riche héritière américaine, Sarah Winchester, rénove un ranch de huit pièces à San José, en Californie. Mais un jour, le chantier change de tournure : le bâtiment devient peu à peu une demeure labyrinthique en travaux perpétuels, qu’elle ne cesse, alors qu’elle vit pourtant seule, d’agrandir et de modifier de façon toujours plus étrange…

À sa mort en 1922, l’octogénaire laisse derrière elle une maison délirante comptant 161 pièces, 17 cheminées et 10 000 fenêtres. Ce dédale, où le nombre 13 revient de façon curieuse (13 salles de bains, 13 lustres…), est truffé d’imbrications d’éléments absurdes comme des escaliers et des couloirs qui ne mènent nulle part, des portes qui s’ouvrent dans le vide, et des fenêtres posées au sol. Il devient même si grand et complexe que les ouvriers, qui s’y activent sept jours sur sept à la demande de l’héritière, ont besoin d’une carte pour s’y repérer !

Une des dix-sept cheminées de la Winchester Mystery House
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Une des dix-sept cheminées de la Winchester Mystery House

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© Arun Subramanian / Alamy / hémis

La demeure serait donc un moyen d’égarer ses terribles poursuivants revenus d’outre-tombe, qui la tourmentaient sans relâche…

Mais quel est le but de ce chantier fou ? Dans les années 1890, alors que les histoires de spiritisme font fureur, la presse locale livre une explication aussi croustillante que terrifiante : l’étonnante construction aurait un rapport avec des esprits malfaisants ! Selon les journalistes, accablée par la mort précoce de son seul enfant en 1866 (une petite fille décédée à l’âge de quelques semaines), celle de son beau-père en 1880 puis celle de son mari, emporté à 44 ans par la tuberculose en 1881, Sarah Winchester aurait été persuadée que des esprits maléfiques la poursuivaient. Aussi, par désespoir, elle aurait consulté une médium de Boston qui lui aurait annoncé qu’il lui fallait poursuivre la construction de cette maison 24 heures sur 24, sans interruption, afin de contrer la malédiction dont elle serait victime…

Les fantômes des milliers de victimes des carabines Winchester

Sarah Winchester vers 1875
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Sarah Winchester vers 1875

Et quelle malédiction ! L’Américaine serait, selon la voyante mentionnée par les journaux de l’époque, poursuivie par les fantômes des milliers de victimes des carabines Winchester, célèbre entreprise d’armes à feu (créées en 1866 et très utilisées durant la guerre de Sécession et la conquête de l’Ouest par les cow-boys, les bandits et les chercheurs d’or), dont elle avait hérité de 50 % des parts à la mort de son mari ! La demeure serait donc un moyen d’égarer ses terribles poursuivants revenus d’outre-tombe, qui la tourmentaient sans relâche…

Cette légende tenace, que Sarah Winchester n’a jamais confirmée ni démentie, et qui a inspiré deux films horrifiques, Haunting of Winchester House (2009), et La Malédiction Winchester (2018), avec Helen Mirren dans le rôle principal, contribue encore aujourd’hui à faire de sa demeure, rebaptisée la Winchester Mystery House, une attraction touristique pour les amateurs de frissons. Un lieu d’autant plus étrange qu’il porte les stigmates du tremblement de terre de San Francisco de 1906, Sarah Winchester ayant décidé de laisser telles quelles les parties endommagées et de les condamner…

Une femme d’affaires avisée

Un des escaliers sans issue de la Winchester Mystery House
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Un des escaliers sans issue de la Winchester Mystery House

Mais cette histoire de spectres est remise en cause par des travaux d’historiens comme Mary Jo Ignoffo, autrice d’un ouvrage sur le sujet en 2010. Ces recherches récentes brossent plutôt le portrait d’une femme d’affaires avisée, qui refusait par discrétion de répondre aux questions des journalistes et qui, loin d’être folle ou hantée par des fantômes, aurait simplement utilisé sa fortune pour laisser libre cours à sa créativité.

Sarah Winchester n’aurait d’ailleurs pas été la première à s’intéresser aux « architectures impossibles » (sujet d’une fascinante exposition présentée récemment au musée des Beaux-Arts de Nancy), qui furent un vaste terrain d’expérimentation artistique, des tours de Babel de la peinture flamande aux décors des surréalistes du XXe siècle, en passant par les prisons démentes du graveur et architecte italien Piranèse (1720–1778), saturées d’escaliers, et les dédales illogiques de Maurits Cornelis Escher (1898–1972) !

Winchester Mystery House vers 1930
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Winchester Mystery House vers 1930

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© The Granger Coll NY / Aurimages

« Est-ce qu’elle aurait été traitée de la même façon si elle avait été un homme, si elle avait eu des enfants ? Est-ce qu’on aurait parlé de hantise ? Probablement non. »

Alors, pourquoi l’Américaine n’a-t-elle pas été considérée tout simplement comme une artiste ou une architecte expérimentale ? L’héritière aurait été victime du sexisme de l’époque, prompt à cataloguer comme folle ou « sorcière » une femme qui ne rentrerait pas dans la norme. « Au XIXe siècle, ce n’était pas banal de se retrouver seule dans une maison en étant une femme », explique Céline du Chéné (autrice de La Malédiction de Sarah Winchester – la contre-enquête, aux éditions Michel Lafon), dans un épisode de l’émission « Sans oser le demander » diffusée sur France Culture.

Victime du sexisme de l’époque

« Est-ce qu’elle aurait été traitée de la même façon si elle avait été un homme, si elle avait eu des enfants ? Est-ce qu’on aurait parlé de hantise ? Probablement non » ! Au lieu d’imaginer une femme créatrice, certes originale mais en pleine possession de sa fortune et de ses facultés, on préfère la penser dominée par des forces invisibles et malfaisantes…

Jérôme Poret, Whisper Room I & II
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Jérôme Poret, Whisper Room I & II, 2020

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Coll. Frac Grand Large-Hauts-de-France • © Matthieu Molet

Agrémentées d’œuvres contemporaines qui s’inspirent de cette histoire, l’exposition actuellement présentée au Palais idéal du facteur Cheval à Hauterives contribue à cette remise au point en présentant Sarah Winchester comme un double féminin (mais dans un style très différent) de Joseph Ferdinand Cheval (1836–1924), qui fut durant 33 ans de sa vie obnubilé par la création de son palais onirique, puis par celle de son propre tombeau… Un homme qui fut certes lui aussi victime de moqueries et traité de « pauvre fou » par ses voisins, avant que son œuvre ne soit finalement classée au titre des monuments historiques en 1969 !

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Sarah Winchester et Ferdinand Cheval - Palais idéal du facteur Cheval

Du 11 novembre 2023 au 10 mars 2024

www.facteurcheval.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Facteur Cheval

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