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Man Ray en 2 minutes

En bref

Photographe américain parfaitement intégré à l’avant-garde parisienne, Man Ray (1890 – 1976) occupe une place à part dans l’histoire du mouvement Dada puis du surréalisme. Il est l’auteur de quelques clichés incontournables du XXe siècle. Il a revisité des procédés anciens, en a inventé d’autres, pour créer des images expérimentales et poétiques. On lui doit par ailleurs les portraits de quelques-uns des plus grands artistes de son temps : Marcel Duchamp, Pablo Picasso, Salvador Dalí, André Breton, Constantin Brancusi, Alberto Giacometti

Man Ray
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Man Ray, Non daté

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© Photo Yale Joel / Life Magazine / The LIFE Picture Collection via Getty Images

Il a dit

« Je photographie ce que je ne désire pas peindre, et je peins ce que je ne peux pas photographier. »

Sa vie

Né Emmanuel Radnitsky, Man Ray est originaire de Philadelphie et passe son enfance à New York. Ses parents, d’origine juive, travaillent dans le monde de la confection. Se destinant à l’architecture, il découvre l’art moderne en fréquentant la galerie du photographe Alfred Stieglitz, puis à l’occasion de l’Armory Show en 1913. C’est pour lui une révélation.

Pendant la Grande Guerre, Emmanuel Radnitsky forme avec Marcel Duchamp le duo Dada de New York. Il prend le surnom de Man Ray. Ses proches le décrivent d’un tempérament enjoué, jouisseur, insatiable bricoleur. Il photographie son ami travesti en Rrose Sélavy… Il se rend vite compte que c’est à Paris que se dessine son avenir ! Dès le pied posé au Havre en 1921, Man Ray entre en contact avec les surréalistes et s’installe à Montparnasse. Il vit de son travail de photographe, en particulier pour le couturier Paul Poiret, et devient le portraitiste de l’avant-garde.

Man Ray est un touche-à-tout. Dans les années 1920, il réalise des ready-made mais noue une relation particulière avec la photographie. Il entame de nombreuses expérimentations (collages, double exposition…). En 1921, Man Ray crée ses premiers rayogrammes, en exploitant à son compte la technique ancienne du photogramme. Sans utiliser d’appareil photo, il obtient des vues en négatif d’objets posés sur une plaque photosensible et exposés à la lumière. Il s’agit de réinterpréter différemment les objets du quotidien, de dévoiler leur qualités poétiques ou mystérieuses.

Man Ray a eu plusieurs amours : Kiki de Montparnasse, célèbre modèle des peintres de la bohème qui pose pour le Violon d’Ingres (1924), puis Lee Miller, sa muse, photographe elle aussi, qui l’assiste dans ses expérimentations esthétiques. Ensemble, ils inventent le procédé de la solarisation, qui permet d’obtenir des images aux couleurs inversées en exposant des négatifs en cours de développement à une très forte lumière. Ady Fidelin, une danseuse, entre dans sa vie dans les années 1930.

Exilé en Espagne pendant la Seconde Guerre mondiale, Man Ray retourne aux États-Unis. Installé sur la côte Ouest, il s’établit à Hollywood, la Mecque du cinéma, et se remet à peindre. L’artiste, qui se détourne de plus en plus de la photographie, revient à Paris en 1951. Dix ans plus tard, il obtient une médaille d’or à la Biennale de Venise. Décédé en 1976, il est enterré au cimetière du Montparnasse.

Ses œuvres clés

Man Ray, Élevage de poussière
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Man Ray, Élevage de poussière, 1920

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Négatif argentique sur film souple • 9,20 × 12 cm • Paris, Musée national d’art moderne • © Man Ray Trust / Adagp, Paris

Élevage de poussière, 1920

Réalisée avec Marcel Duchamp, cette image est énigmatique, tout à fait dans l’esprit du surréalisme. Parue en 1922 sous le titre Vue prise d’un aéroplane, elle cultive le doute, donnant le sentiment d’observer une terre secrète, un désert, les ruines d’une obscure cité antique. Pourtant, il s’agit d’une épaisse couche de poussière recouvrant une plaque de verre dans l’atelier new-yorkais de Duchamp. La poussière, qui est d’ordinaire associée à la saleté, apparaît ici telle une matière chargée de poésie. En 1964, les deux artistes renommeront cette photographie Élevage de poussière – comme si cette matière peu noble, signe de décomposition, pouvait être cultivée – et la signeront conjointement.

Man Ray, Violon d’Ingres
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Man Ray, Violon d’Ingres, 1924

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Epreuve gélatino-argentique. Tirage d’époque ayant appartenu à André Breton • 31 × 24,7 cm • Paris, musée national d’art moderne • © Man Ray Trust / Adagp, Paris / © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-GP / Image Centre Pompidou

Violon d’Ingres, 1924

Cette célèbre photographie emprunte son inspiration orientaliste à l’iconographie du Bain turc (1852–1959) et de la Baigneuse Valpinçon (1808) de Jean-Auguste-Dominique Ingres, un peintre que Man Ray admirait. La modèle, Kiki de Montparnasse, avait été réticente à poser devant l’objectif, craignant que ce médium n’accuse trop ses défauts. Man Ray la rassura en lui promettant de la photographier comme s’il était peintre, en exaltant sa beauté. Kiki pose de dos, nue et assise sur un lit. Ses courbes sont mises en valeur par l’ajout de deux ouïes de violon, comme si son corps était aussi un instrument de musique. Publié dans Littérature en 1924, ce tirage original a été la propriété d’André Breton avant d’entrer dans les collections du musée national d’Art moderne.

Man Ray, Noire et blanche
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Man Ray, Noire et blanche, 1926

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Épreuve gélatino-argentique • 15,8 × 23,3 cm • Coll. Part. • © Man Ray Trust / ADAGP / Telimage – Paris, 2006

Noire et blanche, 1926

C’est une nouvelle fois Kiki qui pose pour Man Ray, le visage couché sur une table, les yeux fermés, tenant de la main gauche un masque africain Baoulé. Le photographe joue sur l’opposition entre la carnation laiteuse de sa peau et le noir de l’ébène, mais aussi entre l’horizontalité et la verticalité. La composition est parfaitement équilibrée et dégage une grande poésie, comme si femme et masque partageaient le même rêve. Cette photographie est reproduite dans Vogue en 1926, et s’inscrit dans le contexte de l’intérêt des artistes et collectionneurs d’avant-garde pour l’art africain.

Par • le 15 mars 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Man Ray Dada

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