Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Entre fantasme, tabou et revendication politique… Le sexe dans tous ses états
Sexe : La seule évocation de ce mot court à la syllabe sifflante – presque une onomatopée – suscite un flot d’émotions, d’images et de pensées plus ou moins avouables. Sexe qui prête à sourire, à rire, qui provoque gêne ou honte, entraîne pudeur ou désir, nous laisse sans voix ou nous rend particulièrement loquace. Caché, censuré, assumé ou exhibé, masculin, féminin, sinon les deux, objet de controverse, de passion, de commerce, il se trouve évidemment au cœur de la création. Petite précision (de taille) : nous parlons ici non pas du sexe que l’on pratique, mais bien de celui que l’on possède tous dès la naissance, qui définit (en partie du moins) notre individualité. Comment les artistes, depuis la nuit des temps, représentent-ils cet organe, comment l’envisagent-ils ou redoublent-ils d’imagination pour l’évoquer quand il est interdit ? Que révèle-t-il des mœurs et tabous de la société ou de leur propre intimité ? Cette exposition imaginaire cherche à envisager le sexe sous tous les angles, historique, esthétique, politique, tragique, humoristique et extatique.
Chapitre 3
Le sexe révélé
Statuette femme debout, Début du XXe siècle
Bois, coquilles, plumes d’oiseau, poils et vannerie • 50 × 14 × 9 cm • Coll. Musée du Quai Branly – jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais / Michel Urtado / Thierry Ollivier
Après toutes ces métaphores, le sexe est ici révélé dans sa réalité. Anatomique d’abord, depuis que la médecine en a détaillé la constitution et le fonctionnement. Disséqué, passé au crible, notre organe génital n’a plus rien d’érotique. Mais il a donné lieu à d’incroyables dessins, ceux de Léonard, génie visionnaire, et de Gautier d’Agoty, dont les planches anatomiques d’une exactitude scientifique relative illustrent de façon flamboyante le fonctionnement interne de la verge.
Les avant-gardes de la modernité, elles, se chargent de montrer ce que la société conservatrice s’évertuait à dissimuler. Rodin en tête, avec sa messagère sans tête Iris qui prend la pose les jambes écartées, ne cachant rien de son intimité et portant encore à même la chair les empreintes du sculpteur. À ses côtés, deux femmes puissantes : la femme Vue en rêve d’Egon Schiele écarte les lèvres de ses deux mains pour offrir à la vue de tous sa vulve écarlate, et une statuette en bois de Papouasie-Nouvelle-Guinée, dotée de vrais poils, arbore un masque porté par les femmes lors de la cérémonie du début de la ménopause. Point d’œuvre évoquant l’andropause pour lui répondre, mais un Phallus phénoménal tiré du recueil priapique de Vivant Denon, verge de Gulliver échouée telle une baleine, assaillie de Lilliputiens qui comptent bien dompter la bête.
Pour conclure en beauté cette partie, rien de mieux qu’une vulve XXL signée Betty Tompkins, parce que ses monochromes photoréalistes, tirés d’images pornographiques, sont capables de nous transporter en un clin d’oeil du X à la poésie.
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Cette sculpture du Sepik oriental, en Papouasie- Nouvelle-Guinée, se joue des genres : son pubis et le cercle lunaire autour du nombril sont des attributs féminins mais sa coiffure en plumes et ses tatouages gravés appartiennent au monde masculin des guerriers.