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Figure majeure de l’abstraction, Sophie Taeuber-Arp (1889–1943) est à la fois peintre, danseuse, brodeuse, décoratrice. Militant pour la synthèse et le décloisonnement des arts, impliquée dans le mouvement d’avant-garde Dada, cette grande créative souhaite intégrer l’art abstrait dans la vie quotidienne. Bien que purement géométriques, les compositions de Sophie Taeuber-Arp se singularisent par leur poésie. La forme circulaire, synonyme d’harmonie et de force, est particulièrement centrale dans son œuvre. Elle est une figure éminente de l’art moderne aux côtés de Piet Mondrian, Vassily Kandinsky et Jean Arp, son époux.
Sophie Taeuber avec tête dada, 1920
Coll. Stiftung Arp e.V., Berlin / Rolandswerth • Photo Nic Aluf
« Dans une fleur, un coléoptère, chaque ligne, chaque forme, chaque couleur résulte d’une nécessité profonde. Toute expression de la vie est belle ou intéressante. »
Une enfance studieuse et ouverte aux arts
Sophie Taeuber est née à Davos, en Suisse, en 1889. Elle grandit dans une famille bourgeoise et ouverte aux arts. Orpheline très jeune de son père, elle est élevée par sa mère qui pratique la peinture et la photographie. Favorable à l’émancipation des femmes, elle encourage sa fille à pratiquer les arts, et notamment la création textile. Dès 1907, la jeune fille est inscrite à l’École des arts et métiers de Saint-Gall. Elle rejoint par la suite Munich pour y poursuivre sa formation, élargissant ses champs d’intérêt et de compétence à la peinture, la danse, la sculpture et le dessin.
La rencontre de Jean Arp et de Dada à Zurich
En 1915 à Zurich, Sophie Taeuber fait la connaissance de Jean Arp, qui deviendra son époux. Cette relation fusionnelle est aussi artistique. Sophie et Jean travaillent ensemble, tout en cultivant leur jardin personnel. La jeune femme commence à exposer et devient enseignante en dessin textile et broderie à l’École des arts appliqués. Avec Jean, elle noue des liens avec le mouvement Dada au sein du Cabaret Voltaire, lieu des performances et de déclamations poétiques d’avant-garde.
La vie parisienne
En 1925, après leur mariage, Sophie et Jean s’installent à Paris. Les œuvres de Sophie Taeuber-Arp gagnent en liberté, cultivant le rythme et la couleur. Elle poursuit son enseignement à Zurich et effectue de nombreux déplacements. En 1926, elle collabore avec Jean Arp et Théo van Doesburg à un projet architectural : le réaménagement de l’Aubette à Strasbourg. Sophie Taeuber-Arp conçoit plus spécifiquement le décor abstrait du salon de thé (aujourd’hui disparu).
La maison-atelier de Meudon
Un grand projet occupe Sophie Taeuber-Arp à la fin des années 1920 : la construction et l’aménagement de la maison-atelier du couple, à Meudon-Clamart. Cette maison (aujourd’hui devenue la fondation Arp) est dessinée par ses soins et possède deux espaces de travail distincts. Là, l’artiste se livre à de grandes compositions complexes, graphiques et abstraites. Sophie Taeuber-Arp excelle à mettre les formes géométriques en mouvement, à l’image d’une danse rythmique. Elle pratique également la sculpture. De 1931 à 1934, Sophie Taeuber-Arp est notamment membre du groupe Abstraction-Création, son œuvre est reconnue internationalement.
Une fin tragique
Quittant Clamart, le couple Taeuber-Arp se réfugie dans le Midi pendant la Seconde Guerre mondiale. À la fin de l’année 1942, les deux artistes rejoignent Zurich. C’est là que Sophie Taeuber-Arp trouve la mort, en 1943, asphyxiée par les émanations d’un poêle à bois durant une rude nuit de janvier. Son mari en réchappe et poursuit, par-delà la mort, le dialogue esthétique avec Sophie, éditant des reliefs à partir de ses dessins.
Sophie Taeuber-Arp, Tapisserie dada, Composition à triangles, rectangles et parties d’anneaux, 1916
Tapisserie, laine • 41 × 41 cm • Coll. Mnam, centre Pompidou, Paris • © RMN-Grand Palais
Tapisserie dada, Composition à triangles, rectangles et parties d’anneaux, 1916
L’équilibre entre les formes, purement géométriques et en couleurs, domine dans cette tapisserie. Combinant différentes figures entre elles (des triangles, des rectangles, des carrés, des cercles), elle fait référence au moment dadaïste de l’artiste. Sophie Taeuber-Arp ne considère pas les arts textiles comme inférieurs aux beaux-arts. Toute forme de création est susceptible d’exprimer la beauté, utile à la société.
Sophie Taeuber-Arp, Composition dada (Tête au plat), 1920
huile sur toile collée sur carton, encadrée sous verre • 35 × 43 cm • Coll. Mnam, centre Pompidou, Paris • © RMN-Grand Palais
Composition dada (Tête au plat), 1920
Dans les années 1920, Sophie Taeuber-Arp a réalisé des sculptures en bois peint représentant des têtes dada. Ici, le motif est décliné en deux dimensions, sur la toile. La composition, en aplats, cultive l’ordonnance géométrique. Très décorative, cette œuvre n’est pas si éloignée des broderies de l’artiste. Les arts appliqués inspirent ici la peinture, dans un fantastique renversement de la hiérarchie des arts.
Sophie Taeuber-Arp, Quatre espaces à croix brisée, 1932
Huile sur toile • 74,5 × 64,5 cm • Coll. Mnam, centre Pompidou, Paris • © RMN-Grand Palais
Quatre espaces à croix brisée, 1932
Représentative des recherches plastiques et esthétiques de Sophie Taeuber-Arp dans les années 1930, cette toile abstraite est un monde dynamique de formes géométriques en couleur. Plus qu’une autre, l’artiste parvient à insuffler du mouvement, de la vie, de l’empathie à des formes statiques et purement intellectuelles. Aucune monotonie n’existe ici : la croix bleue se brise légèrement, la symétrie est décalée, les événements entre les figures s’enchaînent comme dans une danse.
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