Qui dit nouvelle année dit nouvelles expositions et, forcément, nouvelles découvertes ! Si 2024 fera la part belle aux grands noms de l’histoire de l’art (Constantin Brancusi au Centre Pompidou, James Abbott McNeill Whistler au musée des Beaux-Arts de Rouen, Henri Matisse à la fondation Louis Vuitton…), les musées nous réservent aussi de belles surprises.
Fan de photographie : courez au Jeu de Paume pour découvrir le travail révolutionnaire de l’Italienne Tina Modotti. Côté peinture, ne manquez pas la première rétrospective du maître oublié de l’abstraction Auguste Herbin au musée de Montmartre, ou encore l’exposition consacrée à la grande Anna Boch au musée de Pont-Aven. Côté mode, laissez-vous envoûter par les créations quasi dystopiques du Japonais Yuima Nakazato… Et bien plus encore !
Noël Coypel, Loth et ses filles, vers 1704
Huile sur toile • 89,2 × 108,2 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Rennes • © Rennes, musée des Beaux-Arts/Arcanes
Son prénom a été éclipsé par ceux de sa descendance, en particulier de ses fils, Antoine et Noël Nicolas. Pourtant, Noël Coypel (1628–1707) fut l’un des plus éminents peintres du XVIIe siècle. Plafonds, peintures de chevalet, arts graphiques ou cartons de tapisserie, il s’est illustré dans de nombreux domaines et a œuvré pour les grands chantiers royaux sous le patronage de Charles Le Brun. Après le château de Versailles, où Coypel est encore exposé jusqu’au 28 janvier, c’est au tour du musée des Beaux-Arts de Rennes de remettre en lumière cette figure oubliée du Grand siècle, qui a engendré une véritable dynastie d’artistes.
Noël Coypel, peintre de grands décors
Du 26 septembre 2023 au 28 janvier 2024
Château de Versailles • 78000 Versailles
www.chateauversailles.fr
Noël Coypel – Peintre du roi
Du 17 février 2024 au 5 mai 2024
Musée des beaux-arts de Rennes • 20 Quai Emile Zola • 35000 Rennes
mba.rennes.fr
Étienne Dinet, Sur une terrasse, un jour de fête à Bou-Saâda, 1906
huile sur toile • n.d. • © Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / photographie Frédéric Jaulmes
L’institut du monde arabe braque les projecteurs sur l’œuvre d’Étienne Dinet (1861–1929) qui, bien qu’associée au mouvement orientaliste, a échappé aux clichés du regard colonial. Né à Paris dans un milieu bourgeois, formé à l’Académie Julian, il a trouvé en Algérie, qu’il a découverte par hasard à vingt-trois ans, une seconde patrie et, surtout, une source inépuisable d’inspiration. Installé dans l’oasis de Bou-Saâda, il a peint avec un grand réalisme les majestueux paysages du Sahara et les habitants de la région sans jamais verser dans un exotisme mièvre, voire érotisant. Converti à l’islam sous le nom de Nasreddine, l’artiste a mis sa notoriété au service d’un peuple meurtri par le joug colonial. Trop peu connue en France, son œuvre s’est imposée après l’indépendance comme l’une des identités visuelles de l’Algérie.
Étienne Dinet, passions algériennes
Du 30 janvier 2024 au 15 septembre 2024
Institut du monde arabe • 1, rue des Fossés Saint-Bernard • 75005 Paris
www.imarabe.org
Tina Modotti, Cartouchière, faucille et guitare, 1927
tirage gélatino-argentique d’époque • 19,1 × 24,1 cm • © Collection and Archive of Fundación Televisa, Mexico / Digital Image, The Museum of Modern Art, New York / Scala Florence – presse
Après avoir consacré une grande rétrospective à Julia Margaret Cameron, pionnière longtemps oubliée de la photographie (à voir encore jusqu’au 28 janvier), le Jeu de Paume accueillera sur ses cimaises Tina Modotti (1896–1942), dont l’œuvre fut occultée par celle de son amant, Edward Weston. Femme au destin exceptionnel, elle a d’abord travaillé comme ouvrière dans l’industrie textile avant de devenir actrice de films muets à Hollywood, puis enfin une éminente représentante de la modernité photographique. Fervente communiste, elle n’a eu de cesse de documenter les luttes sociales et politiques du XXe siècle avant d’être brutalement emportée par une crise cardiaque, survenue dans un taxi à seulement 45 ans. Une vie hors norme et un engagement sans faille à (re)découvrir en plus de 230 images, à partir du 13 février.
Tina Modotti – L’œil de la révolution
Du 13 février 2024 au 12 mai 2024
Jeu de Paume • 1, place de la Concorde • 75008 Paris
www.jeudepaume.org
Auguste Herbin, Lune, 1945
huile sur toile • 61 × 50 cm • © Adagp Paris 2023 / courtesy Galerie Lahumière, Paris
Fauve de la première heure avant de s’engager pleinement dans la voie de l’abstraction, Auguste Herbin (1882–1960) n’avait jamais bénéficié d’une rétrospective. C’est enfin chose faite au musée de Montmartre, qui lui consacrera ce printemps une exposition, à deux pas seulement du Bateau-Lavoir, où le peintre a demeuré plus de vingt ans. Une belle occasion de se familiariser avec l’œuvre de celui qui, salué par la critique française et internationale, a participé à toutes les grandes ruptures de l’art de la première moitié du XXe siècle avant de tomber injustement dans l’oubli…
Auguste Herbin – Le maître révélé
Du 15 mars 2024 au 15 septembre 2024
Musée de Montmartre • 12 Rue Cortot • 75018 Paris
www.museedemontmartre.fr
Atelier d’Alfred Boucher, entre 1892 et 1907
photographie stéréoscopique sur plaque de verre • Coll. musée Camille Claudel, don Robert Huchard, 2001 • © musée Camille Claudel
On lui doit la Ruche, mythique cité d’artistes de Montparnasse où ont défilé quelques-uns des plus grands noms de l’art du XXe siècle, de Marc Chagall à Fernand Léger en passant par Amedeo Modigliani. Pourtant, aujourd’hui, qui se souvient d’Alfred Boucher (1850–1934) ? Sculpteur au style académique, qui s’est particulièrement illustré dans la commande publique, mais aussi collectionneur et philanthrope, il fut également le premier professeur d’une certaine Camille Claudel ! Le musée de cette dernière, à Nogent-sur-Seine, rend enfin hommage à cet artiste très reconnu de son vivant.
Alfred Boucher – De l’atelier au musée
Du 30 mars 2024 au 28 juillet 2024
Musée Camille Claudel • 10, rue Gustave Flaubert • 10400 Nogent-sur-Seine
www.museecamilleclaudel.fr
Marisa Merz, BEA, 1968
Fils de nylon et tiges de metal • Coll. Fondation Merz, Turin • © Fondation Merz / ADAGP, Paris, 2023
Dans les années 1960 en Italie, l’arte povera fait souffler un vent révolutionnaire et poétique sur la scène artistique. Si les noms de ses principaux représentants (Michelangelo Pistoletto, Giuseppe Penone, Mario Merz) se sont aujourd’hui imposés dans les galeries et les musées, celui de Marisa Merz (1926–2019), seule femme du mouvement (qui fut aussi l’épouse de Mario), est resté dans l’ombre… Récompensée par un Lion d’or tardif lors de la 55e biennale de Venise, son œuvre mêle toutes sortes de matières – cuivre, laine, nylon, cire, paraffine… – et techniques – tressage, modelage, dessin… Un univers foisonnant à découvrir dès les premiers beaux jours au LaM.
Marisa Merz
Du 3 mai 2024 au 22 septembre 2024
LaM • 1, allée du Musée • 59650 Villeneuve-d'Ascq
www.musee-lam.fr
Sylvie Selig, au premier plan, « Weird Family ». En arrière-plan sur le mur, détail de « Stateless », 2022
travail protéiforme composé de dessins sur tissu, de broderies, de peintures à l’huile et de sculptures assemblées à partir d’anciens mannequins de couturières modelés avec du papier mâché et enrichis de matériaux végétaux ou animaux et d’objets trouvés; huile sur toile de 50 mètres de long • © Blaise Adilon / Courtesy de l’artiste. Avec le soutien de Art Services Transport
Nom : Sylvie Selig. Age : 81 ans ! Après avoir enchanté les visiteurs de la dernière édition de la biennale de Lyon, l’artiste octogénaire s’apprête enfin à voir son travail exposé, pour la première fois dans un musée ! Au MAC Lyon, le parcours s’articulera autour de River of no Return, une gigantesque toile de 140 mètres de long, peuplée de créatures étonnantes et que l’institution entend bien acquérir grâce à une campagne de financement participatif. Broderies sur textile, peintures, dessins, sculptures…, l’immense variété de la pratique de Sylvie Selig sera aussi à l’honneur. Il était temps !
Sylvie Selig. River of no Return
Du 8 mars 2024 au 7 juillet 2024
macLYON - Musée d'art contemporain de Lyon • 81, quai Charles de Gaulle • 69006 Lyon
www.mac-lyon.com
Création de Yuima Nakazato pour la collection « Cosmos », printemps été 2000
© photo Ayumi Hase / courtesy of Shisheido
Lors de la Fashion Week, les créations de Yuima Nakazato (né en 1985) épatent souvent la galerie. Pourtant, ce styliste japonais, qui manie habilement nouvelles technologies et savoir-faire ancestraux, demeure peu connu du grand public. Gageons que l’exposition que lui consacrera cet été la Cité de la dentelle et de la mode à Calais – la première ! – changera la donne. Dans une scénographie imaginée avec le créateur, seront réunis une cinquantaine de vêtements, mais aussi des accessoires, croquis, photographies, vidéos… Tissus hologrammes et fibres créées à partir de bactéries fermentées dévoileront aussi l’étonnant processus créatif de ce génie de la mode qui n’a décidément pas froid aux yeux !
Yuima Nakazato – Au-delà de la couture
Du 15 juin 2024 au 5 janvier 2025
Cité de la dentelle et de la mode • 135 Quai du Commerce • 62100 Calais
www.cite-dentelle.fr
Anna Boch, Côte de Bretagne, vers 1901–1902
huile sur toile • 70 × 100 cm • Coll. Arets Galleries © Vincent Everarts
Peintre belge de talent, Anna Boch (1848–1936) fut aussi une collectionneuse visionnaire : car du vivant de l’artiste maudit, elle fut la seule à acquérir une toile de Vincent van Gogh ! Seule femme du groupe des XX, cercle artistique bruxellois d’avant-garde, celle qui a légué nombre de ses trésors aux musées de Belgique est injustement tombée dans l’oubli après sa mort. Avec la complicité du Mu.ZEE d’Ostende, le musée de Pont-Aven nous fera redécouvrir dès le 3 février cette personnalité hors norme, ainsi que son œuvre lumineuse, guidée par la recherche du trait et de la couleur.
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