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Céleste Boursier-Mougenot, Prototype pour scanner
© Centre national des arts plastiques.
« La beauté du Vaucluse est par nature mouvante, balancée par des vents traversiers. Insistants et ensorcelants, ils troublent les esprits jusqu’au vacillement »… Ces mots le prouvent, François Quintin est tombé sous le charme d’Avignon. Arrivé l’an passé à la tête de la Collection Lambert, il y a déjà imposé sa marque. Bercée des mots de René Char, d’Albert Camus et de Frédéric Mistral, l’exposition qu’il dédie cet hiver au vent en est une nouvelle preuve.
« Dans ce lieu iconoclaste, exposer ce que l’on ne voit pas a du sens », assure-t-il. Pour faire frémir le visiteur, il compte sur la poésie, mais aussi sur les installations immersives de Perrine Lacroix, Žilvinas Kempinas, Céleste Boursier-Mougenot ou Mircea Cantor, qui font s’envoler bandes magnétiques et montgolfières de pacotille, ballons et carillons. Clou du parcours, les trois bolides mouvants de Susanna Fritscher : suspendus au plafond, ses ventilateurs géants sont munis de tubes vides qui, tournoyant au vent, font le bourdon. À chacun son rythme, à chaque instant ses harmoniques, lumineux ou telluriques, qui emportent la vaste pièce dans une ivresse.
« Nous sommes persuadés que l’on peut à la fois assumer un programme artistique de très haute volée et être attentif au public de proximité. »
François Quintin
« Même les soleils sont ivres », comme le rappelle le titre de l’exposition, emprunté à Albert Camus. Celle-ci est l’un des actes forts d’une programmation que François Quintin souhaite développer selon quatre axes. La présence à l’international, tout d’abord. Un programme de résidence curatoriale est en place, cette année en partenariat avec la fondation Gulbenkian de Lisbonne, qui permet à un commissaire d’exposition portugais de découvrir la scène régionale, et d’ouvrir la Collection sur la scène de son pays. À quoi s’ajoutent des échanges avec un musée australien, et des projets de coproductions avec des centres d’art européens. Pas question pour autant de négliger l’ancrage local : après le Mucem et le centre d’art Gallifet à Aix-en-Provence, les conversations avec les institutions du territoire se multiplient.
François Quintin parsème chacune de ses expositions de ses trouvailles dans les collections municipales, des archives au musée Calvet. Le dialogue avec le festival de théâtre est lui aussi fécond. Il va doublement s’enrichir cet été. L’arabe étant la langue invitée de l’édition 2025, une exposition y fera écho. Intitulée « Le murmure des libres », elle rassemblera six femmes artistes liées à l’Orient, comme Lida Abdul ou Mona Hatoum. D’autre part, le sculpteur Jean-Michel Othoniel, dont les créations de verre envahiront la cité, entrera en conversation avec la Collection Lambert, déployée en accrochage annuel.
Vue de l’oculus dans l’atrium de la Collection Lambert conçu par Berger&Berger.
© Collection Lambert
Autre forme d’engagement local, le dialogue avec le champ social. L’institution abrite déjà une école alternative qui donne une nouvelle chance à une dizaine de gamins en décrochage scolaire ; elle vient d’ouvrir un espace artistique au sein d’un Ehpad et promet d’accroître son action à l’égard des personnes en très grande difficulté. « Nous sommes persuadés que l’on peut à la fois assumer un programme artistique de très haute volée et être attentif au public de proximité », assure François Quintin.
L’ancien directeur du Frac Champagne-Ardenne et de Lafayette Anticipations ne l’oublie pas non plus : le soutien à la création vivante demeure essentiel, et la Collection se veut aussi lieu de production. Notamment grâce à une collaboration avec le projet Féral de Fabien Giraud, qui tente de faire rimer ruralité et IA depuis le Limousin et trouvera une chambre d’écho à Avignon.
Même les soleils sont ivres
Du 19 janvier 2025 au 25 mai 2025
Collection Lambert en Avignon • 5 Rue Violette • 84000 Avignon
www.collectionlambert.fr
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