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Vue de l’exposition “Partenaires particulaires” à la Fondation CAB, Saint-Paul-de-Vence, 2025
Courtesy Fondation CAB, Saint-Paul de Vence / Photo Antoine Lippens
Ici, quelque chose se passe. Il y a de la grâce, dans le soleil d’avril, dans le vent léger qui fait bruisser les arbres, dans la vue lointaine sur la mer Méditerranée – une perfection qui éveille les sens et nous rend particulièrement attentifs à l’art, à sa texture, à sa matérialité. C’est probablement ce que s’était dit le couple des Maeght en voulant s’installer sur les hauteurs de Saint-Paul-de-Vence…
Probablement aussi ce qui a donné envie à la fondation CAB, implantée à Bruxelles, d’ouvrir un second lieu à l’entrée du village. Dotée d’une riche collection, initiée par son propriétaire Hubert Bonnet, l’institution s’est nichée dans une demeure moderniste des années 1950, tout en courbes et en verrières immenses. Inondée de soleil, elle accueille dans ses salles quelques grands noms du mouvement Supports/Surfaces, auquel est consacrée sa nouvelle exposition.
Vue des œuvres de Bernard Pagès et Louis Cane à l’exposition « Partenaires particulaires » à la Fondation CAB, 2025
Devant :
Bernard Pagès, « Assemblage tonnelé », 1976
Bois rond, fil de fer recuit oxydé
Courtesy Ceysson & Bénétière
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Derrière :
Louis Cane, « Sol/Mur », 1973
Huile sur toile métisse
Coll. Fondation CAB
Courtesy Fondation CAB, Saint-Paul de Vence / Photo Antoine Lippens
En tout, une dizaine d’œuvres de Noël Dolla (né en 1945), de Pierre Buraglio (né en 1939), de Daniel Dezeuze (né en 1942) ou encore de Louis Cane (1943–2024) donnent à (re)découvrir les préceptes d’un mouvement bien connu de l’histoire de l’art contemporain. Dans leurs ateliers, ces artistes (tous des hommes) ont décidé de se débarrasser de certaines conventions de l’art, d’exposer leurs peintures sans châssis, leurs sculptures sans socle (Bernard Pagès, né en 1940), de montrer le dos des toiles, de travailler indéfiniment un seul et même motif (Claude Viallat, né en 1936), de laisser le soleil et la pluie imprimer un grand drap (Patrick Saytour, 1935–2023).
Dès la première salle, on ressent avec précision la beauté qu’ils ont ainsi atteinte. Une beauté rude, volontiers brune, sauvage, faite de traces, de transparence, de matériaux légers, pauvres et de dispositifs low tech, comme on dirait aujourd’hui : ce sont, par exemple, les agrafes toutes simples qui soutiennent l’Échelle (1976) en bois de placage de Daniel Dezeuze, ou Pierre Buraglio qui peint sa Rue James Baldwin (2016–1018) sur un châssis de sérigraphie tronqué, récupéré dans un atelier.
De nombreux artistes entrent en résonance avec les préoccupations de Supports/Surfaces, tout en y apportant du mouvement, de l’engagement, de nouvelles perspectives critiques.
Cette dernière œuvre est capitale pour le commissaire Hugo Vitrani (coauteur de la remarquée rétrospective du street artiste Rammellzee actuellement visible au Palais de Tokyo). À 38 ans, celui-ci a souhaité accompagner la peinture de Buraglio de plusieurs ouvrages de Baldwin, laissés à la disposition des visiteurs qui peuvent prendre le temps de s’installer dans le salon de la fondation pour lire. On le comprend : l’auteur noir américain (mort à Saint-Paul-de-Vence) relie les artistes – masculins et blancs – de Supports/Surfaces au monde.
Vue des œuvres de Patrick Saytour et Claude Viallat à l’exposition « Partenaires particulaires » à la Fondation CAB, 2025
à gauche :
Patrick Saytour, « Tuilage », 1975
Teinture sur toile solarisée
Courtesy Collection Fondation CAB
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à droite :
Claude Viallat, « 1972/112 », 1972
Acrylique sur tissu
Courtesy Ceysson & Bénétière
Courtesy Fondation CAB, Saint-Paul de Vence / Photo Antoine Lippens
Car pour ne pas se limiter à un pur exposé historique, Hugo Vitrani a choisi de reprendre à sa façon la lettre de rupture avec le mouvement de Claude Viallat écrite le 3 mai 1971, et dont chaque phrase débute par « Parce que » (un exemple : « Parce que : Mon activité dans le groupe me paraît contradictoire à la vocation qu’il a prise »). L’exposition s’ouvre aussi sur un manifeste, en trois points : « Parce que l’exposition refuse les conceptions individualistes de l’art et d’enfermer l’histoire dans son histoire, le mouvement dans son mouvement. Parce que l’exposition refuse une vision trop masculine d’une époque trop masculine et euro-centrée. Parce que l’exposition provoque des relations amicales, spéculatives, formelles, intellectuelles, mais s’autorise aussi des contrepoints, par esprit de contradiction. »
Outre les livres de James Baldwin, sont donc présents de nombreux artistes qui entrent en résonance avec les préoccupations de Supports/Surfaces, tout en y apportant du mouvement, de l’engagement, de nouvelles perspectives critiques. À deux pas du drap marqué par le soleil de Patrick Saytour (Tuilage, 1975) est ainsi accroché un collage signé du Martiniquais Ernest Breleur (Sans titre, 2021) et réalisé à partir de simples gommettes et de radiographies trouvées dans un hôpital abandonné. Ici, l’artiste travaille un support pauvre, sans cadre, dont la matérialité transparente est mise en évidence – mais il aborde aussi les « traumas physiques, psychologiques et poétiques de son île », détaille Hugo Vitrani.
Vue des œuvres de Ladji Diaby et Melinda Fourn à l’exposition « Partenaires particulaires » à la Fondation CAB, 2025
à gauche :
Ladji Diaby, « Sans titre », 2021
Acier, sable rouge
Courtesy Ladji Diaby
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à droite :
Melinda Fourn, « Comme une étoffe dorée », 2025
Assemblage de sachets de thé et perles
Courtesy Melinda Fourn / Galerie Selebe Yoon, Dakar
Courtesy Fondation CAB, Saint-Paul de Vence / Photo Antoine Lippens
Autre contrepoint, celui de l’artiste franco-béninoise Melinda Fourn (Comme une étoffe dorée, 2025) qui s’incarne dans un tissage de sachets de café et de thé, sublime dans ses nuances ocre et, encore une fois, sa transparence sensuelle… Mais pas que, puisque l’œuvre évoque aussi des moments de vie partagés, et questionne l’histoire coloniale intrinsèquement liée au commerce du thé et du café. Par la suite, Kapwani Kiwanga (née en 1978), Myriam Mihindou (née en 1964), Edith Dekyndt (née en 1960) ou Miho Dohi (née en 1974) continuent cette exploration de la matière posée par Supports/Surfaces, mais en l’actualisant, en l’enrichissant de questions politiques, d’inspirations extra-occidentales.
Bernard Pagès, Dormant, 1992
Vue de l’exposition « Partenaires Particulaires » à la Fondation CAB, Saint-Paul-de-Vence, 2025.
Pierre, béton coloré, acier peint, carreaux de ciment • Courtesy Ceysson & Bénétière / Photo courtesy Fondation CAB, Saint-Paul de Vence / Antoine Lippens
Comme l’explique bien le plus jeune artiste de l’exposition, Ladji Diaby (né en 2000), qui présente un quadrillage sculptural en métal abîmé récupéré d’une vieille table basse (Sans titre, 2021) – qui évoque immédiatement les fines échelles de Daniel Dezeuze : « J’ai gardé ce morceau en particulier car il me rappelait quelque chose dans l’histoire de l’art, une histoire de l’art minimal et post-minimal dont je ne pense pas avoir les mêmes enjeux ni les mêmes questionnements, mais je reconnais chez eux qu’ils m’ont offert des modalités de production, ils m’ont fait réaliser que je pouvais travailler avec les ressources matérielles de ma propre réalité. Toujours dans cette idée de trouver en dehors de soi des raisons à sa propre autodétermination. »
Partenaires particulaires (supports, surfaces, dissémination)
Du 14 mars 2025 au 2 novembre 2025
Fondation CAB - Saint-Paul-de-Vence • Chemin des Trious • 06570 Saint-Paul-de-Vence
fondationcab.com
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De gauche à droite :
Fred Eversley, « Untiltled (parabolic lens) », 2021
Louis Cane, « Sol/Mur », 1973
Noël Dolla, "Bande rouge (Points noirs)", 1970
Bernard Pagès, « Assemblage tonnelé », 1976
En haut :
Ladji Diaby, "Sans titre", 2021