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La “Golden Flower” gonflable de la série Breathing Flower réalisé en 2014 par Choi Jeong Hwa à l’exposition “Expérience Pommery #18. Mélodies en sous-sol” au domaine Pommery, 2025
Gonflable, tissu doré, soufflerie • Coll. Vranken-Pommery • © Mathilde Giron
Bien sûr, il y a le film d’Henri Verneuil. Sorti en 1963, Mélodie en sous-sol réunit Jean Gabin et Alain Delon dans la préparation d’un braquage aux dialogues impeccables… Mais l’inspiration de Fabrice Bousteau, commissaire de la nouvelle « Expérience Pommery » (et directeur des rédactions de Beaux Arts), voit plus loin. Celle-ci s’enfonce dans les profondeurs de la Terre, là où les hommes et les femmes du Paléolithique ont laissé de mystérieuses traces de leur passage et produit les premières œuvres de l’histoire de l’humanité.
« Ce que l’on a découvert au cours des deux dernières décennies, détaille-t-il, c’est la corrélation absolue entre l’acoustique des grottes et l’emplacement des peintures réalisées. À chaque fois, celles-ci ont été peintes dans les espaces des grottes où cela ‘sonne’ bien, où le ‘la’ du diapason se propage le mieux dans l’air et vibre le plus longtemps ! »
Les œuvres réunies pour cette 18e exposition en sous-sol ont ainsi pour point commun d’être accompagnées de musique, ou d’un « silence qui l’évoque », poursuit-il, rappelant aussi que l’exposition est « imposée » à quiconque souhaite visiter les caves, et qu’elle participe par là même à la « démocratisation de l’art contemporain ».
Le Jardin de Sculptures rassemblent les œuvres de Michel de Broin, Tony Matelli et Kalou Dubus à l’exposition « Expérience Pommery #18. Mélodies en sous-sol » au domaine Pommery, 2025
© Mathilde Giron
En route, donc. Une fois descendu l’escalier monumental de 116 marches qui nous mène dans les profondeurs de Reims, au cœur d’anciennes carrières exploitées pour construire la ville, les visions surréalistes se multiplient. Telles les chorégraphies de corps en apesanteur orchestrées par la plasticienne australienne Angelica Mesiti (née en 1976), dont les vidéos percent la pénombre… Ou le singulier marché mis en scène par Anina Major (née en 1981), sur les étals duquel sont exposées de superbes céramiques tressées, qui racontent un peu de l’histoire de l’artiste, émigrée des Bahamas aux États-Unis.
Le street artiste Encoreunestp a suspendu mille papillons dans un vaste labyrinthe sensoriel, inspiré par l’expression « avoir des papillons dans le ventre ».
Plus loin, Anne-Charlotte Finel (née en 1986) joue d’illusions. Projetées tout au bout d’un couloir où sont stockées des milliers de bouteilles, ses vidéos Respiro (2022) et Sol (2023) donnent à voir les peaux de cavernes et de crocodiles filmées de si près que les images, singulièrement oniriques, en deviennent presque abstraites – et hypnotisent par leurs lentes respirations. Au cœur de la nature et au plus près du vivant, Bertrand Gadenne (1951–2024) l’est aussi avec sa vidéo Le Hibou (2005), dont la projection agrandit l’animal pour en faire un géant ; et ses grands yeux semblent nous scruter, comme on le scrute nous-même…
Les papillons de @Encoreunestp s’envolent devant l’installation vidéo de Bertrand Gadenne à l’exposition « Expérience Pommery #18. Mélodies en sous-sol » au domaine Pommery, 2025
Devant, @Encoreunestp, « #papillonsdansleventre », 2024
Impression sur aludibon, fils inox, son – Courtesy Encoreunestp
Au fond, Bertrand Gadenne, « Le Hibou » 2005
Vidéo – Courtesy Famille Gadenne
© Mathilde Giron
L’apparente sobriété du dispositif révèle la réflexion de l’artiste autour des fantasmes qui entourent les animaux. « Nous [les] regardons avec un investissement imaginaire et symbolique, expliquait-il ainsi de son vivant. L’humanité ne peut exister sans l’animalité et reste la matrice de nos rêves, de notre devenir et de notre métamorphose. » Le rêve est aussi de mise dans la spectaculaire installation imaginée par le street artiste Encoreunestp (né en 1971), lequel a suspendu mille papillons dans un vaste labyrinthe sensoriel, inspiré par l’expression « avoir des papillons dans le ventre ».
Nam Tchun-Mo, Spring, 2024
Vue à l’exposition « Expérience Pommery #18. Mélodies en sous-sol » au domaine Pommery, 2025
15 modules, fibre de verre et résine, fils inox • Courtesy Nam Tchun-Mo et Ceysson & Bénétière, Paris, Genève, Luxembourg et Saint-Étienne / photo Mathilde Giron
Le ventre, justement, c’est aussi celui de la Terre, celui de ces crayères vertigineuses – qu’investit à merveille l’artiste coréen Nam Tchun-Mo (né en 1961) avec une renversante suspension de quinze imposantes sculptures en résine et en fibre de verre. Chacune est composée de lignes qui s’entrecroisent, et l’ensemble forme un ballet ahurissant, qui s’élève avec maestria comme un dessin de volume monumental… Quelques pas plus loin, la salle suivante fait brusquement retomber notre regard au sol, dans un jardin de sculptures minérales infiniment plus modestes, signées de Michel de Broin (né en 1970), Kalou Dubus (née en 1971) ou du génial Tony Matelli (né en 1971) – lequel fait pousser des herbes folles illusionnistes en bronze peint.
Imprégné de l’Ivresse (2024) des dessins du Portugais Felipe Oliveira Baptista (né en 1975), qui invite les visiteurs à passer entre de grands panneaux peints de fragments de corps humains, on passera un temps long dans l’installation vidéo et sonore de Patti Smith (née en 1946) et Soundwalk Collective (fondé en 2000) autour de la fonte des glaciers en Islande et au Groenland… Avant de s’émouvoir de la respiration profonde et fantasque de la fleur gonflable de Choi Jeong Hwa (né en 1961), qui semble nous appeler à une reconnexion à la nature [ill. en Une].
Après la visite des caves, l’exposition « Expérience Pommery #18. Mélodies en sous-sol » se poursuit dans le jardin du domaine Pommery, 2025
© Mathilde Giron
Tant mieux, puisque le parcours se poursuit dans le jardin, où nous attendent les plumes dansantes de Luka Fineisen (née en 1974), le gros cœur rose de Jacqueline Dauriac (née en 1945) ou encore les bonshommes à tête de citrouilles de Jean-François Fourtou (né en 1964) – un paysage digne d’Alice au pays des merveilles, poétique et ubuesque. Les bulles nous seraient-elles montées à la tête ?
Expérience Pommery #18. Mélodies en sous-sol
Du 21 janvier 2025 au 20 septembre 2025
Domaine Vranken Pommery • 5, place du Général Gouraud • 51100 Reims
www.vrankenpommery.com
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