Article réservé aux abonnés

Le Topo

Maurice Denis en 2 minutes

En bref

Membre des NabisMaurice Denis (1870 – 1943) appartient à l’histoire du symbolisme français. Il est le tenant d’une peinture d’essence spirituelle faite d’aplats de couleurs expressives. Très chrétien, ce nouveau Fra Angelico est connu pour avoir entrepris de rénover la peinture catholique et sacrée après la Grande Guerre. Ses théories sur l’art moderne ont marqué des générations de peintres. À Saint-Germain-en-Laye, son Prieuré est devenu un musée départemental.

Maurice Denis, Autoportrait au Prieuré
voir toutes les images

Maurice Denis, Autoportrait au Prieuré, 1916

i

Huile sur toile • Galerie des Offices, Florence • © Finsiel / Archivi Alinari

Il a dit

« Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

Sa vie

En pleine guerre franco-prussienne, Maurice Denis voit le jour dans une famille modeste. Il peint dès l’enfance. Sa jeunesse se déroule à Paris, où il entre au lycée Condorcet. Là, Denis rencontre Édouard Vuillard, Paul Sérusier et Ker-Xavier Roussel. Au Louvre, il étudie les maîtres anciens, en particulier Fra Angelico, peintre primitif italien qui devient son modèle.

En 1888, Maurice Denis entre à l’École des Beaux-arts mais lui préfère rapidement l’Académie Julian, qui offre un enseignement plus libre. Avec Sérusier, il fonde le groupe des Nabis, se positionnant comme les disciples de Paul Gauguin. Férus d’ésotérisme et de mysticisme, ils veulent se détacher de la représentation réaliste. L’idée et l’esthétique priment sur les autres considérations artistiques. La musique et le japonisme sont deux grandes sources d’inspiration pour ces nouveaux symbolistes. Denis baptise sa propre théorie « néo-traditionnisme » et cherche à s’abstraire du réel.

En 1890, l’artiste fait une rencontre capitale : Marthe, sa future femme, qui devient à la fois son modèle et sa muse. Ensemble, ils fondent une famille nombreuse.

Maurice Denis est fondamentalement un artiste chrétien mais ses premiers travaux importants sont à destination de collectionneurs privés, dont le baron Denys Cochin qui lui commande un grand décor sur le thème de la légende de saint Hubert débuté en 1895. Ces panneaux témoignent du style personnel de Denis : un mélange de symbolisme, d’inspiration médiévale et chrétienne. Sa palette subtile (des couleurs chaudes et douces) est identifiable au premier coup d’œil. Deux ans plus tard, il peint son premier décor religieux pour la chapelle du collège Sainte-Croix du Vésinet.

Bien qu’amoureux de l’Italie, Maurice Denis choisit la Bretagne pour établir sa résidence secondaire. Son habitation principale, elle, se trouve dans la région parisienne, à Saint-Germain-en-Laye (Vésinet). En 1914, Denis avait acheté un vieil hôpital appartenant à une paroisse qu’il renomme Le Prieuré. Cette maison est son havre de paix.

Les années de la Grande Guerre sont décisives. En 1919, il fonde avec le peintre George Desvallières les Ateliers d’art sacré. Les deux artistes veulent rénover l’art chrétien et s’inspirent des corporations du Moyen Âge. La même année, Marthe décède, Denis est inconsolable. Il entreprend alors de se consacrer à la décoration de la chapelle de son Prieuré.

Denis est un peintre décorateur. Dans les années 1920, il reçoit plusieurs commandes importantes pour l’église Saint-Louis de Vincennes, une coupole au musée du Petit Palais, l’escalier de la Paix au Sénat… En 1932, il est nommé conservateur du tout nouveau musée Delacroix, à Paris. Denis meurt en pleine Seconde Guerre mondiale, renversé par un camion.

Ses œuvres clés

Maurice Denis, Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects
voir toutes les images

Maurice Denis, Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects, 1897

i

Huile sur toile • 170 × 110 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Photo Patrice Schmidt / musée d’Orsay, dist. RMN-GP

Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects, 1897

Dans les années 1890, Denis fréquente les Lerolle, une famille bourgeoise amoureuse des arts, en particulier de la musique. Ils reçoivent chez eux les compositeurs Ernest Chausson et Claude Debussy. Dans ce tableau symboliste plein de douceur, Denis représente l’une des filles, Yvonne, avec laquelle il est ami. Il s’inspire de la pureté des œuvres de Puvis de Chavannes, mais aussi des primitifs italiens. En la représentant trois fois, le peintre s’éloigne du réalisme au profit de l’allégorie.

Maurice Denis, La Légende de saint Hubert, Le Miracle
voir toutes les images

Maurice Denis, La Légende de saint Hubert, Le Miracle, 1897

i

Huile sur toile • 225 × 212 cm • Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain en Laye • © RMN–Grand Palais / Benoît Touchard

La Légende de saint Hubert, Le Miracle, 1897

Le commanditaire de cette œuvre, Denys Cochin, était une personnalité associée au combat pour le triomphe du catholicisme, dans une période troublée par les enjeux de la loi de séparation de l’Église et de l’État. Les sept panneaux représentent l’histoire d’une chasse à courre qui devient une quête spirituelle. Le Christ serait apparu dans les bois et aurait convaincu Hubert, fils du duc d’Aquitaine, de se convertir à la religion. Dans le panneau représentant Le Miracle, Denis cite « le divin Raphaël », l’un de ses peintres de prédilection. Le profane se mêle au sacré sous le sceau du symbolisme.

Maurice Denis, Mystère catholique
voir toutes les images

Maurice Denis, Mystère catholique, 1899

i

Huile sur toile • 97 × 143 cm • Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain en Laye • © RMN–Grand Palais / Benoît Touchard

Mystère catholique, 1899

« La peinture est un art essentiellement religieux et chrétien », écrit Maurice Denis. L’artiste est fasciné par le thème du mystère, en particulier celui de l’Annonciation qu’il interprète de manière personnelle. C’est le moment où la Vierge Marie apprend par l’archange Gabriel qu’elle sera la mère de Jésus. Loin de pasticher les artistes de la Renaissance, le peintre place ses personnages dans des décors modernes, baignés de lumière, manifestation de la foi.

Par • le 14 mars 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Symbolisme Nabi Maurice Denis

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi