Aristide Maillol, Dina allongée, vers 1940
Fusain rehaussé de craie blanche • 23.5 x 37.5 cm • Coll. particulière • Courtesy Galerie Dina Vierny / Photo Jean-Louis Losi
Selon Aristide Maillol (1861–1944), « le sculpteur est un homme amoureux des formes. » On pourrait ajouter que l’homme est aussi visiblement amoureux des femmes. Clotilde, d’abord, qui fut son épouse et modèle, puis Dina Vierny (1919–2009), sa dernière muse qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa vie. Légataire de son œuvre, Dina Vierny est à l’origine du musée Maillol créé en 1995 rue de Grenelle dans le 7e arrondissement de Paris.
Pour commémorer les 80 ans de la disparition de l’artiste, la galerie Dina Vierny met en lumière ce rapport charnel entretenu par Aristide Maillol avec les corps féminins, en dévoilant des sculptures, dessins, estampes, objets d’art et publications hautement sensuels de l’artiste.
« Les corps de Maillol sont des innocents, insouciants et inconscients de leur pouvoir de séduction. »
Àlex Susanna
Subjugué par les chairs, les plis et les replis de la peau, Maillol a nourri tout un répertoire visuel autour du corps. Tout commence avec des baigneuses, motifs récurrents qui vont permettre à celui qui, au départ, était peintre, décorateur, brodeur, tapissier et céramiste de fontaines et de vases, de se jeter dans le grand bain de la sculpture au début des années 1900. Dans une quête d’épure, il décline en plâtre ou en bronze, la sensualité et le désir. Cette émotion latente se garde néanmoins de tout érotisme exacerbé : « les corps de Maillol sont des innocents, insouciants et inconscients de leur pouvoir de séduction », affirme Àlex Susanna, spécialiste du sculpteur qui a imaginé cette exposition.
Vue de l’exposition Maillol sensuel, à la galerie Dina Vierny. À l’arrière plan à gauche, « Harmonie » d’Aristide Maillol (1940)
Courtesy Galerie Dina Vierny / Photo Romain Darnaud
La galerie Dina Vierny fait la part belle à sa fondatrice, dont le corps nu incarne un idéal pour l’artiste. Maillol a fait de la jeune fille son modèle pendant dix ans. Rencontrée en 1934 – Dina est alors âgée de 15 ans, lui en a 73 –, elle lui inspirera ses dernières sculptures monumentales, telle La Montagne qui, en 1937, achève un cycle de créations qu’il avait entamé au début du siècle. C’est d’ailleurs pour Maillol une année de consécration puisque plusieurs salles lui sont dédiées au sein de l’Exposition universelle de 1937 à Paris.
Dina se plie à toutes les positions, même les plus inédites : dans La Rivière de 1938, elle apparaît le corps renversé en arrière, dans un équilibre précaire. C’est un véritable tour de force du sculpteur – visage effrayé, Dina tente de résister au courant, telle une allégorie des jours sombres qui s’annoncent.
La guerre, justement, les sépare. Aristide Maillol, parti en zone libre, pense même que Dina a été arrêtée. En 1944, un virage trop serré à Vernet-les-Bains, au pied du massif du Canigou, emporte définitivement l’artiste. Aux Tuileries, vingt ans plus tard, c’est Dina qui supervise l’installation des 18 sculptures de Maillol dans les jardins du Carrousel bordant le Louvre, selon le vœu du ministre de la Culture, André Malraux. Grâce au modèle, le public redécouvre depuis lors un maître qui faillit tomber dans l’oubli…
Maillol sensuel
Du 15 mars 2024 au 18 mai 2024
Galerie Dina Vierny • 36 Rue Jacob • 75006 Paris
galeriedinavierny.fr
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