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Nogent-sur-Seine

Le premier maître de Camille Claudel et fondateur de la Ruche dans une exposition à Nogent-sur-Seine

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Publié le , mis à jour le
Peu le savent mais avant Rodin, Camille Claudel eut, dans sa ville natale, un premier maître : le sculpteur Alfred Boucher, fondateur de la mythique cité d’artistes la Ruche, mais aussi de l’actuel musée Camille-Claudel. Ce dernier lui rend hommage à travers une exposition-accrochage, motivée par le projet d’installation d’une sculpture dans l’espace public.
Alfred Boucher, Au But
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Alfred Boucher, Au But, 1886

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Bronze • 45,8 x 69 x 35 cm • Coll. musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine • © musée Camille Claudel / Photo Marco Illuminati

Parmi les nombreux amateurs de l’œuvre de Camille Claudel (1864–1943), peu savent que derrière le nom de la flamboyante sculptrice se cache celui de son premier maître. Il ne s’agit pas d’Auguste Rodin, dont on connaît trop bien la liaison orageuse avec l’artiste, mais d’Alfred Boucher (1850–1934). Gloire nogentaise, ce sculpteur a en effet transmis à Claudel la passion du plâtre et du marbre avant de la recommander à Rodin. La ville de Nogent-sur-Seine lui est surtout redevable pour son importante donation, à l’origine du musée Dubois-Boucher, dont les collections ont été déplacées dans le nouveau bâtiment du musée Camille-Claudel en 2017.

Second prix de Rome de sculpture en 1876, exposant régulier des Salons parisiens, Alfred Boucher est surtout connu comme le fondateur de la Ruche, mythique cité d’artistes créée en 1902 qui allait accueillir de futurs prodiges de l’art moderne de Fernand Léger à Chaïm Soutine. Le sculpteur n’a pas oublié sa ville d’origine, en offrant, toujours en 1902, avec sa femme Élise un fonds important à la municipalité de Nogent-sur-Seine, noyau du musée Dubois-Boucher.

Une atmosphère foisonnante

Portrait d’Alfred Boucher à la Ruche
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Portrait d’Alfred Boucher à la Ruche

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© musée Camille Claudel

« C’est cette atmosphère foisonnante à l’accrochage touche-touche, du sol au plafond, qu’on a voulu évoquer en mêlant les œuvres de Boucher et celles de ses collections dans l’atelier-showroom », explique Pauline Fleury, commissaire de l’exposition aux côtés de la directrice du musée Cécile Bertran. L’effet est saisissant en effet, il témoigne des goûts éclectiques d’un collectionneur vorace, un tantinet conservateur.

Au centre de l’espace, les sculptures de Boucher dans différents états, qui permettent au public non initié de mieux saisir les étapes techniques, de la mise au point du plâtre au travail du marbre. Autour, sont disséminées 120 pièces de la collection personnelle du sculpteur. Le regard navigue rapidement sur des paysages flamands du XVIIe siècle (inégaux), des toiles de réalistes secondaires pour s’arrêter sur quelques perles.

Alfred Boucher, Volubilis
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Alfred Boucher, Volubilis, vers 1897

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Marbre • hauteur 60 cm • Coll. musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine • © musée Camille Claudel / Photo Bowman Sculpture

Parmi elles, l’attention s’arrête sur un Paysage, fusain sublime de Camille Corot, et sur un lavis d’Eugène Carrière (Maternité). Le regard est aussi arrêté par des curiosités comme la lumineuse Jeune fille agenouillée du Suédois Gustaf Cederström et une Paysanne de profil de Gabrielle Dumontet (rare femme de la collection) aux accents néo-Renaissance trahissant encore les maladresses d’un jeune pinceau.

Outre cette galerie principale, l’exposition se poursuit au sous-sol pour mettre en lumière des aspects plus originaux des passions d’Alfred et Élise Boucher. Cette dernière aimait en effet les arts décoratifs, en particulier la céramique représentée par les vases Art nouveau de Clément Massier, ainsi que les bronzes japonais – des pièces qui intègrent les Boucher dans une sensibilité plus en phase avec la modernité et les rapprochent du goût des Nabis.

Une expérience 3D

Le sculpteur se passionnait aussi pour les vues stéréoscopiques, procédé de photographie nécessitant un instrument optique binoculaire pour avoir l’impression de vues en trois dimensions. L’exposition se clôture ainsi sur la projection de vues de l’atelier que le spectateur observe avec des lunettes 3D mises à disposition. Un dispositif qui n’a rien de révolutionnaire, mais qui a le mérite de fonctionner.

Vue de l’exposition « Alfred Boucher de l’atelier au musée ». À l’arrière plan, on aperçoit une reproduction d’une photographie stéréoscopique sur plaque de verre de l’atelier d’Alfred Boucher (1902)
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Vue de l’exposition « Alfred Boucher de l’atelier au musée ». À l’arrière plan, on aperçoit une reproduction d’une photographie stéréoscopique sur plaque de verre de l’atelier d’Alfred Boucher (1902)

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© musée Camille Claudel / Photo Frederic Lopez

Le seul prêt qui soit présenté, Au but, est le clou de l’exposition, un plâtre monumental en vedette dans l’atelier.

Accrochage ou exposition ? Le seul prêt qui soit présenté, Au but (musée de Troyes) [ill. plus haut], est le clou de l’exposition, un plâtre monumental en vedette dans l’atelier. Certainement la plus audacieuse des sculptures du maître : le groupe représente trois coureurs sur la ligne d’arrivée, tenant chacun par un unique point d’appui dans un mouvement instable qui rappelle une photo-finish.

Un langage néoclassique

Scénographie de l’exposition « Alfred Boucher de l’atelier au musée » au musée Camille Claudel, 2024
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Scénographie de l’exposition « Alfred Boucher de l’atelier au musée » au musée Camille Claudel, 2024

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© musée Camille Claudel / Photo Frederic Lopez

À des lieues de l’évocation poétique et sensuelle du mouvement chez Rodin, sa traduction chez Boucher n’en est pas moins moderne derrière son langage néoclassique. Comme la chronophotographie d’Étienne-Jules Marey, le sculpteur s’appliqua à étudier la locomotion humaine et animale à une époque où le sport fascine. Le groupe est présenté au Salon de 1886, dix ans avant les premiers Jeux olympiques modernes à Athènes, alors que Pierre de Coubertin insuffle au monde les valeurs de l’olympisme.

Étrangeté dans l’histoire de la sculpture, Au but est conçu pour le plein-air, puisqu’en 1887 un bronze est installé dans le jardin du Luxembourg à Paris. Comme de nombreuses œuvres créées sous la Troisième République, le groupe est fondu par l’occupant allemand lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est là que se cache le véritable enjeu de l’actuelle exposition : mobiliser une souscription publique afin qu’un nouveau bronze soit fondu puis installé dans le jardin de l’ancien musée Dubois-Boucher.

Vue de l’exposition « Alfred Boucher de l’atelier au musée » au musée Camille Claudel, 2024
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Vue de l’exposition « Alfred Boucher de l’atelier au musée » au musée Camille Claudel, 2024

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© musée Camille Claudel / Photo Frederic Lopez

L’absence d’un catalogue pour accompagner l’exposition est regrettable, mais faut-il en blâmer le musée ? On peut émettre le vœu d’une publication dédiée si l’inauguration du monument devait avoir lieu. Cette année olympique place de facto Au but dans le viseur, et s’avère une belle porte d’entrée dans les collections permanentes du musée. C’est l’occasion de sortir de l’oubli son auteur, d’autant plus que sa plus belle réalisation, la Ruche à Paris, est aujourd’hui menacée après plus de 120 ans d’histoire

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Alfred Boucher – De l’atelier au musée

Du 30 mars 2024 au 28 juillet 2024

www.museecamilleclaudel.fr

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Souscription publique pour l’installation du bronze Au but par Alfred Boucher :

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