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“Sans titre” (2008) de Guillaume Bresson exposé au château de Versailles, 2025
© château de Versailles, D. Saulnier / © ADAGP, Paris 2025 / Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles
Il fallait y penser, se dit-on tout de suite : confronter les toiles de Guillaume Bresson (né en 1982) au décor de Versailles, et plus particulièrement aux immenses peintures réalisées par Horace Vernet (1789–1963) illustrant les grandes batailles coloniales de la France… L’évidence du dialogue est saisissante !
Il y a, entre les deux artistes, leurs époques et leurs choix esthétiques, à la fois une « continuité » et une « opposition », nous dit Guillaume Bresson depuis son atelier de New York. Une « paradoxale adéquation », comme le formule le président du château de Versailles, Christophe Leribault, à l’origine de cette invitation, qui permet aussi de donner à visiter des salles rarement visibles.
Guillaume Bresson au Château de Versailles, 2025
Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles
« Horace Vernet est un peintre académique, pompier, qui répond à de grandes commandes officielles (ici, celles du roi Louis-Philippe, ndlr), poursuit Guillaume Bresson. Ses représentations de la violence sont à la gloire des conquêtes françaises, qui supportaient un pouvoir colonial dont je prends le contrepied, avec des représentations qui adoptent le point de vue des dominés, dans des espaces confinés, périphériques, souterrains… Des atmosphères qui s’opposent aux points de vue orientalistes avec leurs grands ciels bleus. C’est ce qui est intéressant : la violence que je représente s’enracine dans celle représentée dans les tableaux d’Horace Vernet. »
Né à Toulouse, adolescent graffeur puis étudiant aux Beaux-Arts de Paris, le peintre désormais installé aux États-Unis voit dans ce dialogue se réaliser sa toute première rétrospective dans une institution française. « J’ai tout de suite dit oui, bien sûr », sourit-il, tout en confessant avoir été un peu impressionné par ces « salles recouvertes de tableaux », qui exigeaient de n’accrocher aucune peinture au mur. Les discussions, débutées à l’été 2024, ont très vite inclus le scénographe Antoine Fontaine, auteur de géniales cimaises en faux béton qui structurent l’espace et offrent un écrin urbain aux œuvres de Bresson.
Les œuvres de Guillaume Bresson exposées dans les salles d’Afrique, 2025
© Didier Saulnier / Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles
Il a aussi fallu se replonger dans deux décennies de peintures. Mais aussi choisir les plus représentatives, « les meilleures, les plus grandes, celles qui étaient disponibles et n’étaient pas trop loin », précise l’artiste ; « seule une série n’a pas pu être sélectionnée, moins en accord avec l’esthétique du château de Versailles. »
« Sans titre » 2020–2022 de Guillaume Bresson au Château de Versailles, 2025
© château de Versailles, T. Garnier / © ADAGP, Paris 2025 / Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles
Aucune pièce n’a été produite pour l’occasion, explique-t-il : « Je peins très lentement, ça aurait été compliqué de me lancer là-dedans, la sélection des œuvres demandait déjà beaucoup de travail. » Chacune d’entre elles est en effet composée patiemment, à l’aide de photographies que prend l’artiste de lui ou de ses amis, puis réalisée en faisant appel à des techniques de peintures anciennes, classiques.
« On pense immanquablement aux toiles de Caravage ou de Poussin », précise Christophe Leribault, l’artiste multipliant les effets de clair-obscur, s’attardant sur des détails de textures, soignant ses perspectives ou choisissant des formats anciens tels que le tondo (des toiles rondes, très en vogue à la Renaissance, utilisées par Michel-Ange, Sandro Botticelli ou Filippo Lippi).
« Sans titre », 2008 de Guillaume Bresson dans les salles d’Afrique, 2025
© château de Versailles, T. Garnier / © ADAGP, Paris 2025 / Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles
Ces choix, Guillaume Bresson les a faits dès ses études aux Beaux-Arts de Paris – apprentissage qu’il a d’ailleurs dû compléter par ses propres moyens pour acquérir certaines techniques. Des toiles datant de 2006 ou 2008 mettent ainsi en scène des émeutes urbaines ou des combats de rue dans des parkings comme des peintures d’histoire ou des scènes mythologiques, et racontent ces liens que l’artiste tisse entre la violence d’hier et celles d’aujourd’hui.
« Sans titre » (2024) de Guillaume Bresson exposé au château de Versailles, 2025
© ADAGP, Paris 2025 / © château de Versailles, T. Garnier / Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles
Si ce sont ces œuvres l’ayant rendu célèbre qui sont les plus impressionnantes, on s’attardera aussi sur des séries récentes, comme celles des corps qui tombent en plein ciel, dont les plis des survêtement rappellent ceux des draperies des peintures religieuses. Des œuvres plus minimales, mais toujours aussi fascinantes. Que l’on reverra d’ailleurs bientôt au musée de Grenoble, dans un dialogue, là aussi, avec ses collections, anciennes comme contemporaines.
Guillaume Bresson. Versailles
Du 21 janvier 2025 au 25 mai 2025
Château de Versailles • 78000 Versailles
www.chateauversailles.fr
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