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Au musée d’Art naïf de Vicq, l’art du paysage revisité par des artistes passionnés de merveilleux et d’imaginaire

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Dans les Yvelines, à une petite heure de Paris, le musée d’Art naïf de Vicq s’est installé dans un ancien corps de ferme du XVIIIe siècle, entouré de jardins et de pommiers. Un cadre bucolique, qui accueille en ce moment une exposition autour de l’art du paysage, de la ville à la campagne en passant par l’imaginaire le plus débridé. Visite d’un endroit à part, qui se bat pour faire exister une programmation culturelle dans un petit village de 400 habitants.
Ljubomir MILINKOV, L’Opéra de Paris, détail
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Ljubomir MILINKOV, L’Opéra de Paris, détail

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© Musée d'Art Naïf International de Vicq

C’est l’histoire d’un pilote automobile, Max Fourny (1904–1991), amoureux d’art naïf au point d’y consacrer un musée dans sa propre maison, à Vicq, dès 1973 – et de porter le projet de la Halle Saint-Pierre, institution bien connue des amateurs d’art naïf et d’art brut. L’homme est également le créateur d’une revue, Art et Industrie (publiée de 1945 à 1955), et d’une maison d’édition, dont les ouvrages sont tous dédiés à l’art naïf, analysés selon différents thèmes. Pour constituer sa propre collection, Max Fourny propose aux artistes de leur accorder une apparition dans ses livres, en échange du don d’une œuvre… Malin !

Il voyage aussi beaucoup, avec son épouse la peintre Françoise Adnet (1924–2014), part à la rencontre des artistes d’Europe de l’Est, d’Haïti. Il accumule ainsi plus de 1 400 œuvres d’art, de tous les continents. C’est ce trésor qui est conservé dans son ancienne maison de Vicq, petite commune à laquelle sa femme a tout légué à sa mort en 2014, et qui a célébré l’année dernière la réouverture du musée, entièrement rénové.

Une programmation culturelle dynamique

La visite mérite assurément le déplacement : proche de la maison-musée de Maurice Ravel (Montfort-l’Amaury), de la maison Louis Carré et de la maison Jean Monnet (toutes deux à Bazoches-sur-Guyonne), mais aussi du très célèbre zoo de Thoiry, le musée multiplie les initiatives pour attirer un large public. Parcours contés pour les enfants de 3 à 5 ans, ateliers de pratique artistique, visites guidées alliant découvertes des œuvres et dégustation de vins, cours de yoga… À l’étage, la bibliothèque municipale est ouverte à tous, douillette avec ses gros coussins et ses étals de livres d’art et d’albums pour enfants.

Vue du jardin du musée
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Vue du jardin du musée

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@ Philémon Ruck

La jeune directrice, Emma Noyant, nous le dit avec un plaisir gourmand : ici, les visiteurs aiment à s’attarder, profiter du jardin, se balader entre les pommiers (dont les fruits sont ramassés par un agriculteur du coin, lequel produit un jus qui vous sera servi dans la partie café du musée), lire près de l’ancienne cheminée, laisser les enfants s’amuser avec les jouets à disposition. Dynamique, le musée l’est aussi dans sa programmation artistique, avec un rythme de trois expositions par an.

Paysages naïfs

En ce moment, place donc aux paysages. Avec « Naïfs des villes et des champs », la directrice raconte avoir voulu faire un clin d’œil à la fameuse fable de La Fontaine (Le Rat de ville et le Rat des champs) au fil d’un parcours de 60 œuvres. Qui débute, puisque nous en sommes très proche, à Paris, avec un chapitre dédié à la ville. Un Paris de carte postale, folklorique, où un homme à béret se balade avec une baguette à la main (Bernard Vercruyce, Le Bus de la Fontaine-au-Roi). Où le Sacré-Cœur domine un manège tournant sous le ciel rose d’une fin de journée romantique (Fabienne Delacroix, Manège à Montmartre). Où les enfants jouent dans un square, devant une enfilade de commerces aux devantures colorées (Fanch Ledan, Au chien qui fume). Au-delà de Paris, c’est la ville, quelle qu’elle soit, qui inspire, nourrit la tendresse, pousse un petit homme à courir porter un bouquet de fleurs à son amoureuse (Eduardo Ungar, La Fleuriste). On voudrait vivre dans cette peinture…

À gauche : “Manège à Montmartre”, Fabienne Delacroix ; À droite : “Roi des routes”, Levabalem
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À gauche : “Manège à Montmartre”, Fabienne Delacroix ; À droite : “Roi des routes”, Levabalem

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© Musée d'Art Naïf International de Vicq

Puis, place à la campagne. À ses villages d’abord, où l’église occupe une place centrale, notamment dans la peinture haïtienne (Levabalem, Roi des routes), et où on l’on se marie, scène emblématique qui revient souvent sous le pinceau des artistes (ou sous leur aiguille, comme dans la broderie d’Abiker Roussel, Le Mariage). La campagne incarne également la jouissance de la nature : en dialogue avec une large fenêtre ouvrant sur le verger du musée, des personnages jouent à la pétanque (Ruth Augustin, Jeu de boules dans le parc) ou profitent des arbres fruitiers (Martine Nicolas, Le Déjeuner sous les figuiers). Les peintres naïfs excellent à représenter les plaisirs simples ; tout en ouvrant, toujours, une fenêtre sur l’imaginaire.

Échappées merveilleuses

Ljubomir MILINKOV, L’Opéra de Paris
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Ljubomir MILINKOV, L’Opéra de Paris

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© Musée d’Art Naïf International de Vicq

C’est d’ailleurs l’ultime chapitre de l’exposition, « Cités merveilleuses ». Là, Ghislaine Ratier invente un arbre formidable sur les branches duquel sont perchés toutes sortes de personnages et de délices, une petite amoureuse qui crée des guirlandes de cœurs rouges, des couples d’oiseaux, des étals de gâteaux et de confiseries (Un jardin extraordinaire). Henri Bruel réinvente à sa façon le mythe de la tour de Babel (Beaucoup d’appelés et peu d’élus), et Isabelle Planté s’inscrit dans l’héritage des paysages de Brueghel l’Ancien, avec une Cité onirique extraordinairement fantasque et médiévale.

Fin du parcours (et du voyage…) mais pas de la découverte, puisque le musée héberge également une salle réunissant quelques toiles de la peintre Françoise Adnet, compagne du fondateur et ancienne élève de Bernard Buffet. Une dernière preuve que le musée d’Art naïf de Vicq est décidément bien riche !

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Naïfs des villes et des champs

Du 9 octobre 2024 au 9 mars 2025

www.musee-vicq.fr

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