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Malcolm de Chazal, peintre-poète habité par l’île Maurice révélé à Paris

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Publié le , mis à jour le
La Halle Saint-Pierre, à Montmartre, expose les peintures trop peu connues de Malcolm de Chazal, poète acclamé par des figures littéraires et artistiques majeures d’après-guerre, qui avait fait de son île Maurice natale le centre de sa peinture et du monde.
Malcolm de Chazal, Sans titre
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Malcolm de Chazal, Sans titre

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Gouache sur papier • 76 x 56 cm • Coll. Beachcomber • © Christian Le Comte

Nos yeux s’en délectent sitôt qu’on pénètre dans la Halle Saint-Pierre, musée de l’art brut et singulier, sis à Montmartre. C’est un « jardin auréolé de plages et de bocages ». Un paradis planté d’arbres multicolores, de fleurs qui s’épanouissent, de poissons qui zigzaguent, d’étoiles de mer, d’oiseaux des îles, d’arc-en-ciel, et de mythiques dodos…

Malcolm de Chazal, né en 1902 sur l’île Maurice, la peau blanche comme son aïeul débarqué ici au XVIIIe siècle, voyait en sa terre natale, qu’il avait personnifiée, « une fée ». Jusqu’à sa mort en 1981, le peintre-poète s’était même donné pour mission d’inventer une mythologie à cette île qui n’en avait pas. De Maurice, comme Salvador Dalí avec la gare de Perpignan, il ferait le centre du monde.

« Une brousse de métaphores », selon Léopold Sédar Senghor

En 160 tableaux sont révélés au public les visions enchanteresses d’un peintre et poète des plus importants du XXe siècle. Cette exposition a vu le jour grâce à un précieux partenariat noué avec le Blue Penny Museum, musée pluridisciplinaire à Port-Louis, capitale de l’île Maurice, ainsi que par la trentaine de prêts de Beachcomber Resorts & Hotels, qui possède une importante collection de Malcolm de Chazal – ce dernier ayant fait de l’hôtel Le Morne son atelier. Dans les années 1950–1960, il tenait même salon dans les jardins de ce palace mauricien, où le monde venait à lui, de la princesse d’Hyderabad, Indira Devi Dhanrajgir, à l’écrivain Léopold Sédar Senghor.

En visite à Port-Louis, le poète et penseur de la négritude résuma ainsi la complexité du personnage : « Si la poésie de Chazal, qui est un geyser de sève, un torrent de laves, une brousse de métaphores, semble difficile, tellement elle déroute, […] sa peinture donne l’impression de la facilité. Comme la peinture des civilisations traditionnelles. »

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Gouache sur papier • 77 × 58 cm • Coll. Amstrong • © Zoe Forget

Autodidacte, à l’étonnant parcours d’ingénieur avant d’embrasser l’art, Malcolm Chazal a commencé l’huile en 1954 ; puis, à partir de 1962, exclusivement la gouache, non sans avoir brûlé une centaine de toiles un soir sur la plage.

Auparavant, il s’était fait connaître avec la publication en 1947 de Sens-plastique, recueil d’aphorismes lu avec enthousiasme tant par le groupe surréaliste que par Georges Bataille, Francis Ponge ou Jean Dubuffet. André Breton affirma ne rien avoir « entendu de si fort depuis Lautréamont », tandis que l’éditeur Jean Paulhan parla de « génie ».

Une peinture créole

« Je crée une perspective par les couleurs. Aussi l’image, au lieu de s’enfoncer dans le tableau, sort du tableau et va vers le spectateur. »

Aux murs de la Halle Saint-Pierre, ce coloriste hors pair accroche le regard avec des compositions bidimensionnelles, lesquelles mettent l’accent sur l’aspect décoratif : la nature est exubérante, la nature est vivante. Chazal aime les gros plans : le motif – les écailles des poissons, les pistils des fleurs – mange tout l’espace de la feuille, il est souvent cerné, isolé du fond avec un effet de papier découpé qui rappelle Henri Matisse : « Je crée une perspective par les couleurs. Aussi l’image, au lieu de s’enfoncer dans le tableau, sort du tableau et va vers le spectateur », dit l’artiste qui revendiquait la simplicité.

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Gouache sur papier • 56 × 76 cm • Coll. Stehen Scalli • © Christian Le Comte

« Sa pensée et sa peinture sont totalement créoles, explique Emmanuel Richon, co-commissaire et conservateur au Blue Penny Museum. Malcolm de Chazal – fait-il remarquer – bouscule la notion sujet/objet en nourrissant une vision anthropomorphique des végétaux, et inversement. »

De fait, Malcolm de Chazal, dont la famille appartient à la secte swedenborgienne, emprunte un syncrétisme qui va de la religion chrétienne à l’ésotérisme en passant par l’occultisme, la gnose, la Kabbale. Chez Malcolm de Chazal, la couleur est le Verbe, souligne Emmanuel Richon. « L’Art, c’est la nature accélérée et Dieu au ralenti », confirme le peintre-poète mauricien. Il suffit pour nous de se laisser envoûter par cette peinture paradisiaque…

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Malcolm de Chazal

Du 11 septembre 2024 au 19 janvier 2025

www.hallesaintpierre.org

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut

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