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Angoulême

BD et cinéma d’animation, aux origines du culte de l’image

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Jusqu’au 6 novembre, à Angoulême, l’exposition « De Popeye à Persépolis, bande dessinée et cinéma d’animation » revisite les liens entre ces deux arts populaires nés de la révolution industrielle, en identifiant leurs rôles dans la culture visuelle contemporaine. Un panorama encyclopédique esquissé à travers un parcours dense et historique.
Louis Biedermann, All The Funny Folks
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Louis Biedermann, All The Funny Folks, 1926

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King Features Syndicate, New York

Une exposition conçue à la manière d’un livre d’histoire. C’est la sensation qui prend le visiteur en suivant ce foisonnant parcours chronologique, du XIXe siècle à nos jours. Une démarche pédagogique revendiquée par les commissaires (Anne Hélène Hoog, Pascal Vimenet et Serge Bromberg) qui ont choisi de mettre en scène, sur plus d’un siècle, l’histoire croisée de la bande dessinée et du cinéma d’animation. Le projet est ambitieux : il interroge plus largement les références qui conditionnent notre rapport à l’image au regard de la diffusion et de la popularité de certaines œuvres.

Une culture populaire

Jules Cheret, Pantomimes Lumineuses
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Jules Cheret, Pantomimes Lumineuses

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Thépatre optique de E. Reynaud, Paris, musée Grévin, 1892 • © musée d’Annecy

La bande dessinée et le cinéma d’animation se ressemblent comme des cousins. Tous deux sont nés avec la société industrielle à mesure que les techniques garantissaient la diffusion toujours plus grande des œuvres sur le papier ou les écrans. L’image fascine. Au XIXe siècle, elle est déjà partout. Animée, elle devient l’attraction, rameute les foules dans les rassemblements populaires ou les fêtes foraines. À l’entrée de l’exposition, « Pauvre Pierrot » nous accueille. Cette « pantomime lumineuse » émouvante réalisée par Émile Reynaud est considérée comme le premier dessin animé de l’histoire.

Avec son praxinoscope héritier des lanternes magiques, l’artiste avait fait sensation en 1892 au théâtre Grévin à Paris, en projetant ses bobines d’images peintes trois ans avant l’invention du cinéma. La Belle époque est aux inventeurs. Émile Cohl, caricaturiste reconnu, trafique une caméra Gaumont de prise de vue réelle et bricole la caméra « banc-titre », image par image. Engagé par les studios Éclair aux États-Unis, il initie à cette technique les dessinateurs américains George McManus puis Winsor McCay. Max Fleischer parvient ensuite à accélérer le processus de fabrication. Les premiers studios sont créés.

Les stars, de Popeye à Superman

La bande dessinée est apparue bien plus tôt. Ciblant d’abord les enfants, elle prospère dans les journaux aux côtés des caricatures et de la publicité, avec les progrès de l’impression en grand tirage puis en couleur. Certains personnages de BD étaient déjà devenus de vraies stars comme Félix le chat. Après la Première Guerre mondiale, le phénomène s’amplifie avec l’engouement pour les nouveaux dessins animés. La musique accompagne désormais les films. Popeye adapté des comics d’E.C. Segar rejoint Betty Boop, Mickey et Little Lulu parmi les personnages les plus populaires.

Page de funnies montrant des épisodes des séries « Popeye », « Henry », et une publicité pour la marque Kleenex avec le personnage Little Lulu de Large, dans « Little Lulu Goes Dancing »
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Page de funnies montrant des épisodes des séries « Popeye », « Henry », et une publicité pour la marque Kleenex avec le personnage Little Lulu de Large, dans « Little Lulu Goes Dancing », 7 avril 1946

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© CIBDI

Déclinées sur tous les supports, en produits dérivés, jouets ou bandes dessinées, ces mascottes sont rapidement propulsées sur le terrain du marketing ou même de la propagande politique. Elles conquièrent une visibilité internationale. Avec la Seconde Guerre mondiale, les super-héros galvanisent l’élan patriotique. Superman, le comics créé en 1938 par Joe Shuster et Jerry Siegel est adapté par les Studios Fleischer en 1941 et 1942. Suivent bientôt les autres justiciers tels Captain America et les Avengers.

Télévision et contreculture

Plus en amont de l’exposition, on observe les premiers projecteurs commercialisés par Pathé dès 1922 qui offrent alors « le cinéma chez soi ». L’arrivée de la télévision après la guerre ouvre le marché et propulse de nouvelles vedettes comme Bugs Bunny, Woody Woodpecker ou encore Bip Bip et le Coyote. En France, les Studios Idéfix, fondés en 1974, produisent des longs-métrages avec Astérix et les Dalton. Cet appel d’air profite aussi à une production plus underground comme celle du studio United Production of America (UPA) en 1945, qui crée les subversifs Mister Magoo et Gerald McBoing Boing. L’approche décalée inspire l’esthétique absurde des films des Monty Python tout comme les Shadocks de Jacques Rouxel.

Projecteur Pathe pour enfant, dit Pathé-Kid et 14 bodines de films d’animation
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Projecteur Pathe pour enfant, dit Pathé-Kid et 14 bodines de films d’animation, Années 1930

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© CIBDI

Quant à la bande dessinée, au tournant des années 1960–70, aux États-Unis comme en France, elle s’émancipe elle aussi des normes imposées par les illustrés destinés à la jeunesse. Les auteurs revendiquent la liberté de création. En comparaison, les financements et le nombre de collaborateurs nécessaires à la production d’un film restent un frein pour cette génération avide d’indépendance. Francis Masse choisit d’animer lui-même une de ses BD. Robert Crumb désavoue l’adaptation de Fritz the Cat.

Ozamu Tesuka et Akira Himekawa, Astro Boy (Tetsuwan Atomu)
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Ozamu Tesuka et Akira Himekawa, Astro Boy (Tetsuwan Atomu), tome 1 (1996–2000) N°1, 2 et 3 (2005)

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Editions Panini Comics, Generation Comics, Glénat manga Poche • CIBDI • © Panini Comics

Au Japon, sous l’impulsion de Tezuka, qui adapte son manga Astro Boy en 1952, l’industrie de l’animé est florissante. Les studios embauchent de très nombreux mangakas, y compris les plus avant-gardistes comme Tsuge. Mais, en Europe, il faut attendre les années 1980 pour que la vague des animés japonais arrive à la télévision avec notamment Goldorak ou Dragon Ball Z, jusqu’au succès des longs-métrages de Miyazaki des studios Ghibli.

La dernière salle célèbre les nouvelles expériences nées avec la révolution numérique des deux dernières décennies. Auteurs de BD et animateurs s’associent sur des projets originaux. En témoignent le succès des adaptations comme celle du Chat du Rabin de Joann Sfar et surtout celle de Persepolis de Marjane Satrapi avec Vincent Paronnaud (Winshluss). Le Studio Prima Linea, installé à Angoulême, engage les auteurs de BD à s’essayer à l’animation. Après le dessin animé collectif « Peur(s) du noir » en 2008, dont certaines recherches autour du film sont présentées, le studio a aussi produit La Fameuse Invasion des ours en Sicile de Lorenzo Mattotti en 2019.

Lorenzo MAttotti, La fameuse invasion des ours en Sicile
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Lorenzo MAttotti, La fameuse invasion des ours en Sicile, 2019

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Photogramme • Prima Linea Productions • © Pathé distribution

Les créations contemporaines du cinéaste Bertrand Mandico ou encore les installations inspirées par le praxinoscope de Philippe Dupuy ferment le bal. Au bout du parcours, ce tourbillon panoramique donne le vertige. Pourtant, dans cet océan d’images dessinées ou animées, une tradition s’affirme, tributaire des mentalités, des progrès techniques et des modalités de diffusion des images. Cette histoire partagée met en évidence les mécanismes de la construction d’un langage visuel commun à l’échelle d’une culture mondialisée.

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De Popeye à Persepolis – Bande dessinée et cinéma d’animation

Du 27 janvier 2022 au 6 novembre 2022

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