Vue de l’exposition “Coalition. 15 ans d’art et d’écologie” à la Gaîté Lyrique à Paris
Gaîté Lyrique © Photo Marc Domage
Faire bloc contre la destruction du vivant, ralentir la cadence, construire de nouveaux imaginaires… Ceci n’est pas un programme politique mais une conviction profonde, inscrite dans l’ADN de l’association COAL. Depuis 2008, elle soutient les artistes qui font de l’écologie un enjeu artistique. Pour célébrer ses quinze ans, une cinquantaine d’entre eux – français et internationaux, connus et moins connus – ont été réunis à la Gaîté Lyrique. Ensemble, ils forment « COALITION », une exposition pluridisciplinaire qui rassemble toute une génération d’artistes engagés.
Il y a ceux et celles qui racontent la convergence des luttes : écologistes, féministes et animalistes. Avec leurs dix bannières de presque deux mètres de haut, le duo Lucy + Jorge Orta (nés en 1966 et 1953) tisse des liens entre la conquête du droit de vote des femmes, il y a cent ans, et l’urgence climatique d’aujourd’hui.
Lucy & Jorge Orta, Procession Banners 1918 2018, 2018
Banderoles en textiles réalisées à la main par les femmes du HMP Downview, prison à Sutton, Angleterre • Courtesy Gaîté Lyrique © Lucy & Jorge Orta, Adagp, Paris, 2024 / Photo Lance Tabraham
Des étendards fleuris et joyeux qui font écho aux mots d’Alex Cecchetti (né en 1977) inscrits à l’aquarelle sur des tissus teints à l’oignon, à la figue ou au calendula. Un jardin de poèmes et de slogans pour une révolte heureuse qui crie « La Terra vuole votare » (« La Terre veut voter », en italien). Mais qui portera la voix des oppressés muets ? Dans une urne, Thierry Boutonnier (né en 1980) a glissé des bulletins pour ceux-là, animaux et végétaux non représentés dans l’arène politique : le fleuve Gange, la forêt amazonienne ou même le chimpanzé Cécilia, premier animal reconnu comme personnalité juridique non-humaine par un tribunal argentin en 2016.
Art Orienté Objet, Réserve artistique, 1994
Installation visuelle et sonore • Courtesy Gaîté Lyrique © Art Orienté Objet
Pour d’autres artistes, il s’agit de trouver des solutions pratiques, quasi scientifiques. Le duo Art orienté objet, connu pour ses installations hybrides spectaculaires, l’a compris depuis bien longtemps : la révolte est un art ! Ici, c’est leur tenue du parfait « éco-combattant » qui est présentée, accompagnée de toute sa panoplie : casque solaire avec microphone intégré, porte-tracts, chaînes, poche de faux sang…
Un attirail complet pensé au début des années 2000 pour un groupe d’activistes qui voulait sauver des arbres de la coupe à Fontainebleau. Dans le sillage du combat mené par le peintre Théodore Rousseau presque deux siècles auparavant, les deux artistes se sont également mobilisés pour préserver la beauté de la forêt. Présentée dans cet accrochage, leur installation Réserve artistique prend la forme d’une chapelle mobile avec son banc et son porte-cierges électroniques ! Chacun pourra s’y recueillir devant une photo d’arbres en voie de destruction.
Nouveau Ministère de l’Agriculture, Eléments de langage : les actes, 2022–2024
Aquarelle sur papier • Courtesy Gaîté Lyrique / © Le Nouveau Ministère de l’Agriculture (Suzanne Husky et Stéphanie Sagot) / Adagp, Paris, 2024
Pour contrer le greenwashing et les discours politiques creux, les artistes rivalisent d’inventivité, et d’humour ! La reine en la matière, c’est Suzanne Husky (née en 1975) qui a imaginé avec Stéphanie Sagot un projet d’œuvres nommé Nouveau Ministère de l’Agriculture. Dans une série d’aquarelles intitulée « Éléments de langage : les actes », elles dépeignent Nicolas Sarkozy, Boris Johnson ou encore Donald Trump plantant chacun un arbre.
La répétition de ce petit geste, jusqu’au ridicule, nous rappelle cette phrase culte du militant brésilien Chico Mendes : « L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage ». En face de ces dessins satiriques, les deux artistes ont élaboré un inventaire de solutions de « géo-ingénierie verte » à même une peau de vache : des plantes OGG à racines profondes pour puiser l’eau, des arbres synthétiques pour capturer le CO2… Des solutions technologiques actuellement mises au point pour lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi très controversées.
Anaïs Tondeur, Noir de Carbone, 2017
Photographie • Courtesy Gaîté Lyrique © Anaïs Tondeur
Face au désastre écologique, certains artistes documentent, archivent les disparitions en cours. Et tentent d’imposer un autre tempo, plus lent et respectueux du vivant. Avec La Mémoire des glaciers, Angelika Markul (née en 1977) nous fait assister à la fonte, tragique et inexorable, du glacier de la Tierra del Fuego situé entre l’Argentine et le Chili. La vidéo tourne en boucle face à une centaine de visages de cire, témoins impuissants du chaos, comme nous. Plus loin, les photographies d’Anaïs Tondeur (née en 1985) jalonnent le parcours de « noir de carbone ». Pour produire ces clichés, elle a utilisé une encre produite à partir de cette substance émise par la combustion des hydrocarbures, qui s’était accumulée dans un masque respiratoire.
Ces propositions artistiques travaillées par la question écologique, aussi diverses soient-elles, convergent pourtant vers un même objectif : imposer le sujet dans la bataille culturelle. « Il y a quinze ans, le sujet de l’écologie dans l’art n’était pas très bien perçu. Et très peu visible. Depuis, il y a eu une vraie conscientisation de ces enjeux », analyse Lauranne Germond, la cofondatrice et directrice de COAL. « Mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Au moins deux : l’intégration de processus écologiques vertueux dans le secteur culturel et le déploiement de pratiques artistiques transformatrices qui s’inscrivent dans les territoires. »
Coalition. 15 ans d'art et d'écologie
Du 24 avril 2024 au 2 juin 2024
Gaîté Lyrique • 3bis Rue Papin • 75003 Paris
gaite-lyrique.net
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