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LILLE

La magie de Raphaël révélée à Lille avec un ensemble de dessins exceptionnel

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Publié le , mis à jour le
Le Palais des beaux-arts de Lille présente dans une superbe exposition inédite sa collection exceptionnelle de 37 dessins du peintre Raphaël (1483–1520), grand maître de la Renaissance italienne. Au sein d’une très belle scénographie, ces feuilles émouvantes sont mises en regard avec de précieuses peintures, et des animations vidéo qui révèlent leurs secrets.
Raphaël, Étude pour La Madone d’Albe (Détail)
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Raphaël, Étude pour La Madone d’Albe (Détail)

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Tracé en creux et sanguine • 42,5 x 27,6 cm • Palais des Beaux-Arts de Lille • © GrandPalaisRmn presse (PBA, Lille) / Adrien Didierjean

C’est un événement : Lille présente pour la première fois et en intégralité son impressionnante collection de dessins de Raphaël, qui avait été léguée à la ville par le chevalier peintre Jean-Baptiste Wicar (1762–1834) – un élève de Jacques-Louis David qui fut portraitiste à Rome et directeur de l’Académie des beaux-arts de Naples dans les années 1800.

Cet ensemble remarquable constitue l’un des fonds les plus importants de France en la matière : 37 dessins authentifiés de Raphaël, dont 16 recto-verso, tous restaurés pour l’occasion par le C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France). Un véritable trésor puisque ce dessinateur, peintre et architecte, considéré comme l’un des trois grands génies de la Renaissance italienne avec ses aînés Léonard de Vinci et Michel-Ange, a laissé derrière lui une œuvre aussi gracieuse que fascinante malgré son décès prématuré à seulement 37 ans.

Raphaël, Tête de jeune homme coiffé d’une barrette
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Raphaël, Tête de jeune homme coiffé d’une barrette, vers 1503

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Pierre noire et gouache blanche • 21,3 × 18,7 cm • Palais des Beaux-Arts de Lille • © GrandPalaisRmn presse (PBA, Lille) / Adrien Didierjean

Dans une très belle scénographie, signée par l’agence Nathalie Crinière, et une ambiance tamisée nécessaire à la préservation de ces fragiles œuvres sur papier vieilles de cinq siècles, le visiteur peut même tourner autour de certaines feuilles qui présentent des dessins à la fois au recto et au verso.

Le précieux témoignage du bouillonnement créatif de Raphaël

« Ces dessins sont particulièrement émouvants car ils sont l’émanation directe du geste et de la pensée de l’artiste. C’est de la magie pure ! »

Juliette Singer

Un bambin joufflu tenant un oiseau entre ses mains, une jeune femme au sourire mystérieux, des hommes au regard glissant, contrarié ou implorant… L’œil s’émerveille devant la douceur arachnéenne des dessins à la sanguine ou à la pierre noire, qui détaillent des visages aux expressions subtiles sur de minuscules surfaces. Plus bouillonnantes, les études à la plume impressionnent elles aussi, comme cette petite tête de vieillard édenté et ridé, dont la bouche ouverte semble déchirer la feuille d’un cri sourd.

« C’est une redécouverte exceptionnelle », se réjouit Juliette Singer, directrice du Palais des beaux-arts de Lille et commissaire générale de l’exposition, initiée par son prédécesseur Bruno Girveau. « Les équipes d’atelier aidaient Raphaël pour ses peintures, mais pour ce qui est des dessins, c’est sa main seule qui est à l’œuvre. Ces dessins sont particulièrement émouvants car ils sont l’émanation directe du geste et de la pensée de l’artiste. C’est de la magie pure ! »

Ces dessins servaient souvent à camper le mouvement, la composition et certains détails de peintures monumentales. Les visages et les corps étaient dessinés grâce à des modèles vivants, les garzoni, tandis que pour observer les plis des drapés des vêtements, l’artiste arrangeait des tissus sur des mannequins en bois.

Raphaël, Étude pour La Sainte Famille à la grenade (Sainte Famille Alfani)
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Raphaël, Étude pour La Sainte Famille à la grenade (Sainte Famille Alfani), vers 1507–1508

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Pointe de plomb, plume et encre brune, mise au carreau à la pointe de plomb et à la sanguine, trous de repère et montage à bandes dorées • 36,9 × 24,8 cm • Palais des Beaux-Arts de Lille • © GrandPalaisRmn presse (PBA, Lille) / Adrien Didierjean

Face à ces dessins, on accède au bouillonnement créatif et aux éclairs d’inspiration à l’œuvre dans le cerveau du peintre. La liberté du dessin lui permet en effet de juxtaposer sur la même feuille des éléments disparates au gré de ses idées et de son humeur : l’artiste ajoute par exemple des oiseaux raffinés au long cou juste à côté du visage gracieux d’un ermite, saint Nicolas de Tolentino.

Plongée dans les coulisses de la création

À la contemplation s’ajoute un intérêt scientifique, car dix de ces dessins ont bénéficié, à l’occasion de l’exposition, d’une batterie d’analyses menées par le C2RMF. Ces dernières ont permis de révéler certains secrets de création de l’artiste, expliqués dans des animations vidéo. Des photographies en lumière rasante et des techniques spectroscopiques (rayons X, ultraviolets, infrarouges…) ont mis au jour les tracés préparatoires que l’artiste avait effacés à la mie de pain pour ne laisser que sa reprise à la plume ou à la pierre noire – des sillons invisibles à l’œil nu, mais qui avaient laissé des traces sur le papier. Une découverte qui, en dévoilant ses tâtonnements, nous amène au cœur des coulisses de son art !

Ce n’est pas tout: de Pérouse à Rome en passant par Florence, l’exposition suit de façon chronologique la trajectoire de Raphaël en confrontant ses dessins à quelques très belles œuvres peintes de sa main (un ange prêté par le Louvre ; une Madone de la National Gallery de Londres) et d’autres artistes comme une Annonciation du Pérugin venue d’Italie, un Dieu le Père bénissant attribué à Domenico Alfani (peint d’après un dessin de Raphaël présenté à côté), ou encore un portrait de femme de Giovanni Antonio Boltraffio.

Raphaël (1483-1520), La Vierge à l’Enfant avec l’Enfant Baptiste
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Raphaël (1483–1520), La Vierge à l’Enfant avec l’Enfant Baptiste, vers 1510–1511

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Huile sur bois • 38,9 × 32,9 cm • The National Gallery, London • © The National Gallery, London

Quelques œuvres du XIXe siècle témoignent également de la fascination des artistes de cette époque pour Raphaël, comme par exemple La Vierge adorant l’hostie de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1854). Ce dernier, ému aux larmes dès son enfance par un tableau du maître (La Vierge à la chaise, 1513–1514), vénérait le peintre italien, si bien qu’il s’inspirait de lui pour ses femmes idéales aux gracieux visages ovales, et a même représenté l’artiste dans certaines de ses œuvres, comme Raphaël et la Fornarina (1814).

Une véritable « Raphaël-mania »

Le moulage du crâne de Raphaël exposé en fin de parcours témoigne aussi de cette adulation. Beaucoup s’étaient en effet vantés de posséder son crâne, jusqu’à ce qu’on finisse par ouvrir sa tombe en 1833 pour en avoir le cœur net : le squelette du peintre y était intact, révélant que les précieuses reliques brandies par les uns et les autres (notamment par la vénérable Académie de Saint-Luc) étaient toutes fausses !

Anonyme, Moulage du crâne de Raphaël
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Anonyme, Moulage du crâne de Raphaël, XIXe siècle

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Rouen, Musée Flaubert et d’Histoire de la Médecine • © Bruno Maurey / Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Dans la rotonde de l’Atrium, un film projeté à 360° et accessible gratuitement complète l’exposition et illustre cette « Raphaël-mania » en retraçant en images sa vie fantasmée par différents peintres, sur fond d’une bande originale composée pour l’occasion par Jean-Benoît Dunckel, cofondateur du groupe Air. Un procédé qui avait déjà été utilisé pour l’« Expérience Goya », présentée au Palais des beaux-arts de Lille en 2021. Mais alors que cette dernière contenait trop d’éléments numériques et bien trop peu de peintures du maître, l’« Expérience Raphaël » est une vraie exposition qui signe une alliance réussie entre écrans et œuvres réelles. Un parcours où la magie des dessins anciens occupe la place centrale !

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Expérience Raphaël

Du 18 octobre 2024 au 17 février 2025

pba.lille.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Renaissance italienne Raphaël

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