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Valentine Hugo, Le Rêve du 21 décembre 1929, 1929
Mine de plomb sur papier • Collection Mony Vibescu • © Valentine Hugo, ADAGP, Paris, 2023 / photo © Gilles Berquet
Si Dora Maar, Toyen, Lee Miller sont sorties de l’ombre ces dernières années à la faveur de grandes expositions, combien d’artistes femmes du surréalisme nous reste-t-il à redécouvrir ? Énormément, nous dit le musée de Montmartre, qui s’interroge ce printemps sur la possibilité d’un « Surréalisme au féminin ? ». Cinquante créatrices y sont rassemblées à la suite d’un important travail d’enquête mené par les commissaires Alix Agret et Dominique Païni pour retracer leur vie et remettre la main sur leurs œuvres… Cinquante femmes qui, bien que reconnues de leur vivant, ont été oubliées, ignorées des institutions, du marché et de la recherche en histoire de l’art. « La quasi-totalité des artistes que nous présentons auraient refusé de participer à cette exposition exclusivement féminine », admet Dominique Païni, qui reconnaît que ce moment s’avère toutefois nécessaire pour les sortir, une bonne fois pour toutes, des limbes.
Jane Graverol, Le Sacre de Printemps, 1960
huile sur toile • RAW (Rediscovering Art by Women) • © Jane Graverol ADAGP Paris 2023 / photo Stéphane Pons
L’histoire et le statut de ces femmes au sein du mouvement surréaliste sont plein de contradictions. Muses, objets de désir, avant d’être reconnues par leurs pairs masculins pour leurs pratiques artistiques, elles n’ont pas pour autant été tenues à l’écart. Elles ont ainsi participé aux expositions du groupe, contribué aux diverses publications… La formule d’Ithell Colquhoun (qui bénéficiera bientôt d’une grande rétrospective à la Tate Modern à Londres) résume placidement la situation : « Parmi eux [les surréalistes], les femmes avaient tendance à être ‘autorisées mais non nécessaires’. » Si certaines ont adhéré officiellement au mouvement créé par André Breton en 1924, d’autres ont en revanche préféré garder leurs distances, sans pour autant tracer leur route en solitaire : nombreuses sont les amitiés (et parfois les amours) nées au cœur des multiples constellations du surréalisme féminin, comme le montrent dans l’exposition des portraits réciproques (Lise Deharme par Valentine Hugo, Dora Maar par Lee Miller…) et un formidable dessin à quatre mains façon cadavre exquis, exécuté par Toyen et Meret Oppenheim.
Dorothea Tanning, Un tableau très heureux, 1947
Huile sur toile • Centre Pompidou Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle, Paris • © Dorothéa Tanning / Adagp, Paris, 2023 / Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Bertrand Prévost/ presse
Le parcours thématique offre un panorama concis des préoccupations de ces artistes, qui pour trouver le chemin de l’émancipation, se sont violemment révoltées contre l’ordre établi, loin des fantasmes de la femme enfant ou de la mère aimante, figures exaltées par leurs homologues masculins. Dans une toile ironiquement intitulée Un tableau très heureux (1947), l’un des chefs-d’œuvre de l’exposition, Dorothea Tanning signe ainsi une caricature mordante du voyage de noce qui se transforme en cauchemar, tandis que Claude Cahun se livre avec Le Père (1932) à un parricide aussi violent que jouissif.
Mimi Parent, Maîtresse, 1995
Assemblage, cheveux, manche de cuir, boîte sous verre • Collection Mony Vibescu • © DR, photo © Gilles Berquet
Ces artistes empruntent à la mythologie et aux métamorphose des figures hybrides, métaphores de leurs identités plurielles : inquiétante chimère chez Suzanne Van Damme, femme-paysage chez Ithell Colquhoun… Toutes s’affranchissent du statut de muse, projetant sur leur propre corps leurs fantasmes, désirs et plaisirs. En témoigne un facétieux éloge de la masturbation brodé par Mimi Parent (Sans titre 1960–1970), qui transforme aussi, avec Maîtresse (1995), ses sages nattes blondes en fouet sadomasochiste…
« Ces femmes ont été les plus surréalistes au moment où elles s’échappaient du surréalisme », insiste Alix Agret. Les œuvres présentées dans l’exposition, datées jusque dans les années 2000, s’étendent ainsi bien au-delà de la dissolution officielle du groupe en 1969. Dessin, peinture, sculpture, photographie, poésie et même cinéma : la grande diversité des médiums présentés montre combien elles ne se sont pas, bien souvent, limitées à un seul support d’expression, mais ont exploré sans cesse de nouvelles voies. Et ce jusqu’à tutoyer l’abstraction…
Surréalisme au féminin ?
Du 31 mars 2023 au 10 septembre 2023
Musée de Montmartre • 12 Rue Cortot • 75018 Paris
www.museedemontmartre.fr
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