BnF Richelieu

Les Nabis et l’estampe : une folle créativité qui fait forte impression !

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Publié le , mis à jour le
À la BnF Richelieu, une très belle exposition met en lumière la passion des peintres nabis pour l’art de l’estampe. Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis… Tous ont rivalisé de créativité et d’audace, donnant à cet art populaire toutes ses lettres de noblesse.
Félix Vallotton, La Paresse
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Félix Vallotton, La Paresse, 1896

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Gravure sur bois • 17,7 x 22,3 cm • Coll. BnF Estampes et photographie, Paris • © Bnf

Attention, trésors ! En cette rentrée, la Bibliothèque nationale de France a sorti de ses réserves quelques-unes de ses plus belles estampes réalisées par les peintres nabis – un ensemble sublime complété par de beaux prêts provenant du musée d’Orsay ou encore du musée Van Goh d’Amsterdam, qui jalonnent le parcours de cette remarquable exposition présentée jusqu’au 11 janvier dans la galerie Mansart de la BnF Richelieu.

Si l’on connaît les tableaux de Pierre Bonnard, Édouard Vuillard ou Maurice Denis, on sait moins en revanche que ces derniers se sont aussi abondamment adonnés à l’art de l’estampe. « Les Nabis, qui sont alors de tout jeunes artistes dans la vingtaine, se sont d’abord s’emparés de ce médium pour gagner leur vie et se faire connaître », explique Céline Chicha-Castex, conservatrice chargée des estampes du XXe siècle au département des Estampes et de la Photographie de la BnF et co-commissaire de l’exposition.

Un véritable âge d’or

Pierre Bonnard, Affiche pour France-Champagne
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Pierre Bonnard, Affiche pour France-Champagne, 1891

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Lithographie en couleurs • 78 × 50 cm • Coll. BnF, Estampes et photographie, Paris • © Bnf

En témoigne, en préambule du parcours, la première lithographie en couleur réalisée par Bonnard pour France-Champagne, laquelle lui ouvre les portes de la renommée à seulement 22 ans. Déconsidérées, puisque réservées aux productions commerciales, gravures et lithographies génèrent alors un engouement sans pareil sur la scène artistique parisienne, et ce durant une décennie, de 1890 à 1900. Un véritable âge d’or durant lequel ces peintres, mus par le désir de décloisonner les disciplines et d’abolir les frontières entre l’art et la vie, mettront toute leur créativité au service de la défense d’un idéal : un art populaire et accessible.

« L’estampe est un multiple. Cela permet donc d’abaisser les coûts d’achats pour les collectionneurs, mais aussi de les décliner sur toutes sortes de supports et de les diffuser partout : sur des affiches dans les rues, des papiers peints, des livres, des programmes de spectacles, des partitions… », détaille Valérie Sueur-Hermel, conservatrice chargée des estampes du XIXe siècle au département des Estampes et de la Photographie de la BnF.

Inspirés par les maîtres de l’estampe japonaise

Édouard Vuillard, Paysages et intérieurs : Intérieur aux tentures roses I,
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Édouard Vuillard, Paysages et intérieurs : Intérieur aux tentures roses I, , 1899

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Lithographie en couleurs • 34 × 27 cm • Coll. BnF, Estampes et photographie, Paris • © Bnf

Dès le début des années 1890, émerge une véritable petite économie liée à la production et à la diffusion de ces œuvres sur papier. Directeur du Journal des artistes, André Marty rachète ainsi en 1893 la publication L’Estampe originale avec l’ambition de rassembler des corpus d’estampes mettant en lumière l’avant-garde de son temps, la lithographie couleur en particulier. Le célèbre marchand Ambroise Vollard lui emboîte bientôt le pas en publiant entre autres des albums monographiques signés Bonnard, Vuillard, Denis ou Roussel, composés de douze lithographies en couleur et d’une couverture. Imprimés à 100 exemplaires numérotés, ils sont alors vendus 100 francs, un prix « relativement accessible pour l’époque », précisent les commissaires.

Ces jeunes artistes s’autorisent toutes les originalités. « Ils ont été très inspirés par l’estampe japonaise, qu’ils collectionnaient tous », note Céline Chicha-Castex ; à commencer par Bonnard, surnommé le « Nabi très japonard ». Les Nabis, qui ont tous visité la grande exposition d’estampes japonaises de 1890 à l’École des beaux-arts, cultivent leur propre style tout en reprenant les codes de l’ukiyo-e : les cernes noirs, les intenses aplats de couleurs ou encore le blanc laissé en réserve.

Pierre Bonnard, La Petite Blanchisseuse
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Pierre Bonnard, La Petite Blanchisseuse, 1896

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Lithographie en couleurs • 57.2 × 42.3 cm • Coll. BnF, Estampes et photographie, Paris • © Bnf

Grouillantes de détails et de vie, les estampes extraites de Quelques aspects de la vie de Paris (1899) par Bonnard font ainsi la part belle aux cadrages audacieux. Celles de Maurice Denis, issues de son album Amour (1899) consacré à son épouse bien-aimée Marthe, imitent quant à elles de manière saisissante l’effet du pastel sur le papier. Un rendu époustouflant qui résulte de l’étroite collaboration avec son imprimeur Auguste Clot. « Les Nabis sont avant tout peintres et n’ont pas nécessairement reçu de formation de graveur. Ils ont ainsi besoin du soutien d’imprimeurs comme Clot, qui vont jusqu’à leur enseigner certaines techniques », rappellent les commissaires

Engagés pour un art total et populaire

Au fil du parcours, on se délecte aussi de la célèbre suite « Intimités » de Félix Vallotton, éditée par La Revue blanche, irrésistible critique pince-sans-rire de l’hypocrisie des mœurs de la bourgeoisie. « Ce sont des scènes d’éloignement et de rapprochement d’un couple traitées de façon extrêmement originale, en gravure sur bois de fil, une technique inspirée de la gravure sur bois originelle des XVe et XVIe siècles. L’artiste oppose de grands aplats d’encre noire au blanc du papier laissé en réserve. Du choc de ces deux couleurs simples naissent des planches extraordinaires », analyse Valérie Sueur-Hermel.

Henri-Gabriel Ibels, Les Fossiles, programme pour Le Théâtre Libre
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Henri-Gabriel Ibels, Les Fossiles, programme pour Le Théâtre Libre, 1892

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Lithographie en couleurs • Coll. BnF, Estampes et photographie, Paris • © Bnf

Tout aussi débordantes de créativité, les affiches d’Henri-Gabriel Ibels (à qui le musée départemental Maurice-Denis de Saint-Germain-en-Laye consacrera une rétrospective à partir du 25 novembre) plongent le visiteur dans un tourbillon de couleurs et de fête, évoquant l’effervescence du monde du spectacle parisien de cette fin du XIXe siècle. De partitions de musique en éventails, l’exposition « Impressions nabies » rappelle l’engagement sans faille de ces « prophètes » pour un art total. En témoigne encore, à la fin du parcours, les touchants faire-part de naissance des enfants de Maurice Denis. Chez les Nabis, tout est art, surtout la vie.

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Impressions nabies. Bonnard, Vuillard, Denis, Vallotton

Du 9 septembre 2025 au 11 janvier 2026

www.bnf.fr

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