La Piscine - Roubaix

Qui est le peintre Georges Arditi ? Le père disparu du comédien Pierre Arditi enfin sous les projecteurs

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Publié le , mis à jour le
À Roubaix, le musée La Piscine tire de l’oubli l’œuvre de Georges Arditi, père, disparu en 2012, du célèbre comédien Pierre Arditi : la mise en lumière amplement méritée d’une peinture injustement méconnue.
Georges Arditi, La Boucherie
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Georges Arditi, La Boucherie, 1950

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huile sur toile • 130,5 x 163 cm • Coll. particulière • Photo Alain Leprince / © ADAGP, Paris, 2023

Dans la famille Arditi, je demande le père ! Son nom est célèbre ; sa peinture beaucoup moins… Pourtant, en plus d’avoir engendré une lignée de comédiens – l’illustre Pierre Arditi, mais aussi Catherine, Danièle et Rachel, la petite dernière qui lui rend hommage dans J’ai tout dans ma tête (Flammarion) – Georges Arditi (1914–2012) était un artiste de talent. C’est la révélation que nous brosse, avec l’aide complice de ses quatre enfants modèles, le musée La Piscine à Roubaix qui consacre une grande exposition à son œuvre méconnue.

Sa vie se raconte comme un roman. Georges Arditti (avec deux « t » à l’origine) vient au monde en 1914 à Marseille. Son père, David, est juif. Sa mère est venue de Grèce. À Paris, Georges étudie au lycée Carnot avant d’entrer à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, où il suit entre autres les cours de l’affichiste Cassandre, avec lequel il collaborera régulièrement plus tard.

Georges Arditi, Pierre et Catherine Arditi enfants
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Georges Arditi, Pierre et Catherine Arditi enfants, 1950

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huile sur toile • 130 × 89 cm • Coll. La Piscine-musée d’Art et d’Industrie André Diligent, Roubaix • Photo Alain Leprince / © ADAGP, Paris, 2023

Dans les musées, comme à l’expo des « Peintres de la réalité » à l’Orangerie en 1934, il se passionne pour l’art des frères Le Nain, de Lubin Baugin, Sébastien Stoskopff, Georges de La Tour ou encore Valentin de Boulogne. Dans son panthéon figure aussi les maîtres du quattrocento. À partir de 1937, Arditi se lance en tant que peintre dans une manière singulière, entre réalisme et surréalisme.

L’artiste refuse de porter l’étoile jaune

Mais la guerre arrive et bouscule tout. En juillet 1940, la famille Arditi est déchue de sa nationalité française par les lois anti-juives du régime de Vichy. Le 15 mars 1942, l’atelier du peintre qui a refusé de porter l’étoile jaune, situé 3 place Wagram, est mis sous séquestre. Il sera entièrement vidé de sa cinquantaine de toiles… Jamais retrouvées à l’exception de La Route ou Bretagne surréaliste (1936), rare toile qui rappelle cette première période à l’exposition.

Georges Arditi, Double portrait au pot cassé, dit Double portrait de Londres
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Georges Arditi, Double portrait au pot cassé, dit Double portrait de Londres, 1942

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huile sur toile • 162,4 × 130 cm • Coll. particulière • Photo Alain Leprince / © ADAGP, Paris, 2023

Au résistant, l’amour pour Yvonne, rencontrée à Aurillac alors qu’elle cheminait vers la Belgique, donne des ailes. Suffisamment en tout cas pour traverser la France occupée, risquer sa peau, pour la convaincre de l’épouser en 1942. À l’expo de Roubaix, la mère de Pierre (né en 1944) et de Catherine (née en 1946) est la muse, à la troublante douceur, du Double Portrait au pot cassé. Les enfants du couple sont aussi présents aux murs.

Avec Jacques Canetti, ça tourne !

Artiste prolifique, Georges Arditi s’intéresse aux arts de la scène. En bon cousin du producteur Jacques Canetti, découvreur de Jacques Brel, d’Édith Piaf, de Georges Brassens, il l’accompagne dans ses tournées en tant que régisseur. Avant de réaliser des décors pour des pièces de théâtre, ce dont témoigne magnifiquement dans le parcours un projet pour le Vieux-Colombier dans une veine à la Matisse.

Georges Arditi, Nature morte à la bougie
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Georges Arditi, Nature morte à la bougie, 1948

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huile sur isorel • 74 × 60 cm • Coll. particulière • Photo Alain Leprince / © ADAGP, Paris, 2023

Georges Arditi répond aussi à d’importantes commandes, comme le vaste panorama, désormais disparu, peint aux murs du collège technique de Versailles en 1949. Il exécute encore des cartons de tapisseries pour les prestigieuses manufactures des Gobelins ou d’Aubusson.

En cette période intense d’après-guerre, Arditi participe aux Salons de peinture et se voit auréolé d’une exposition au musée d’Art moderne de São Paulo. Quand la France attendra 1990 pour lui consacrer, au musée de la Poste, sa première rétrospective !

La figure disparaît à la fin des années 1950

Georges Arditi, La Grande grue
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Georges Arditi, La Grande grue, 1954

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huile sur isorel • 112 × 85 cm • Coll. particulière • Photo Alain Leprince / © ADAGP, Paris, 2023

Illustrations de presse ou pour de beaux livres, pourtant rien n’échappe à sa créativité. Pas même l’abstraction – ou plutôt « non figuration » préfère-t-il dire – que le peintre embrasse à la fin des années 1950 alors qu’il est installé à Aix-en-Provence.

C’est avec une Grande Grue cubiste datée de 1954, où la figure s’efface entre les formes et les obliques, que l’exposition de Roubaix se referme. Conçue en deux volets, cette redécouverte de l’œuvre de Georges Arditi se poursuivra au musée Estrine à Saint-Rémy-de-Provence en 2024 avec des œuvres abstraites de 1958 à 1973. On a hâte de découvrir la suite…

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Georges Arditi - D’un réel à l’autre

Du 7 octobre 2023 au 7 janvier 2024

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Second volet de l'exposition consacré à la période de 1953 à 1973

Musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence
du 17 février au 28 juillet 2024

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Réalisme

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