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MAISON VICTOR HUGO

Une expo dévoile l’œuvre inattendue de Georges Hugo, petit-fils de l’écrivain

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Connaissiez-vous Georges Hugo (1868–1925), le petit-fils artiste de l’écrivain Victor Hugo (1802–1885) ? Pour la première fois depuis les années 1920, une exposition riche de près de 300 œuvres et documents d’archives inédits, présentée dans la maison de l’écrivain, place des Vosges à Paris, ressort de l’ombre le talent de ce dessinateur, peintre et lithographe sensible et multifacette.
Alfred Capelle, Victor Hugo avec son petits-fils Georges
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Alfred Capelle, Victor Hugo avec son petits-fils Georges, hiver 1885

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© Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey / Paris Musées

Dans la première salle, une lettre d’enfant pleine de fautes d’orthographe émeut : en grosse lettres malhabiles, le petit Georges écrit à son grand-père paternel Victor Hugo, qu’il surnomme « papapa » ; pas papa, mais presque. Car Georges, que l’on aperçoit souriant sur une photographie, en tenue de petit garçon modèle, assis sur les genoux de l’écrivain avec sa sœur Jeanne, a malheureusement perdu son père à l’âge de trois ans. C’est donc l’auteur acclamé des Contemplations et des Misérables qui prend le relai de son éducation.

En 1877, l’écrivain célèbre leur relation fusionnelle par un poème, L’Art d’être grand-père, qui rend célèbre le jeune garçon ! Ce dernier adore observer son aïeul en train de dessiner ses mystérieuses et bouillonnantes rêveries fantastiques à l’encre de Chine. Inspiré, il se met à créer lui aussi. À Hauteville House (la maison de Victor Hugo située sur l’île de Guernesey), l’adolescent reçoit ses premières leçons de peinture, données par l’artiste Ernest Duez.

Georges Hugo, Islande (île Jan Mayen)
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Georges Hugo, Islande (île Jan Mayen), 1902

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Huile sur toile • Coll. particulière • Courtesy Brame et Lorenceau, Paris

Son service militaire, effectué dans la marine comme simple matelot, libère son crayon. Entre 1891 et 1893, Georges se met à croquer des portraits sensibles de ses camarades marins d’origine modeste, auxquels il apprend à lire. Sur certaines feuilles, sa manière rapide et vivante de camper des personnages évoque de futurs auteurs de bande dessinée comme Jacques Tardi et Hugo Pratt. À l’encre, à la mine de plomb ou au lavis, l’artiste saisit un naufrage, ou un port nimbé de brouillard…

Les formes évanescentes d’un Claude Monet

À son retour, il expose au Salon de 1894 deux marines à l’huile, dont La Dévastation, un navire militaire dans la brume qui évoque la palette de mauve et les formes évanescentes de Claude Monet. Une touche impressionniste que l’on retrouvera dans d’autres de ses toiles, comme une vue de la tour Eiffel baignant dans la fumée des usines Renault en 1918.

Georges Hugo, Hortensias
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Georges Hugo, Hortensias

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huile sur toile • Coll. particulière • © Jean-Louis Losi

 

Le dandy aux quatre cents coups, qui avoue à son fils Jean ne pas être « un exemple à suivre », cache un regard délicat, sensible et mélancolique porté sur le monde.

Le jeune artiste nous plonge aussi dans le quotidien de sa famille, en peignant notamment avec réalisme, à Hauteville House, le lock-out avec vue sur l’océan où Victor Hugo se réfugiait pour écrire, la silhouette du poète descendant l’escalier, ou encore son propre appartement parisien où il brosse sa femme Pauline (épousée en 1894) en robe blanche dans un intérieur clair, entourée de jeux de reflets.

Mais difficile d’exister quand on est « petit-fils de » ! Très vite, Georges se réfugie dans une vie mondaine débridée. Séducteur, flambeur, buveur et dépensier, il n’hésite ni à se bagarrer pour défendre la réputation de son grand-père, ni à se faire passer pour un inspecteur de la sécurité afin de visiter la tour Eiffel avant son inauguration ! Le dandy aux quatre cents coups, qui avoue à son fils Jean ne pas être « un exemple à suivre », cache cependant un regard délicat, sensible et mélancolique porté sur le monde, ainsi qu’une sincère empathie pour les gens de tous les milieux.

Georges Hugo, À gauche, Jean Hugo enfant, Guernesey, été 1898. À droite, Type de Guernesey
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Georges Hugo, À gauche, Jean Hugo enfant, Guernesey, été 1898. À droite, Type de Guernesey, vers 1920

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Crayon, Encre, Aquarelle, Papier • 12 × 9 cm • © Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey / Paris Musées

Son talent éclate particulièrement dans ses petits dessins documentaires à l’encre, aquarelle, gouache et lavis réalisés au front durant la Première Guerre mondiale, où il s’enrôle dès 1914 comme messager. Avec un sens du cadrage très photographique, et une habileté singulière à restituer le mouvement, la désolation et la confusion de la guerre, Georges Hugo croque d’une main nerveuse un bouillonnement de barbelés presque abstrait, des silhouettes floues de camarades emportant un corps sur un brancard dans une lueur crépusculaire, une scène de combat ponctuée d’explosions colorées, un champ de bataille jonché de cadavres esquissés à la ligne pure, digne d’une planche de BD, ou encore l’échoppe de fortune d’un savetier, creusée dans une tranchée. Publié dans L’Illustration fin 1916, puis exposé au musée des Arts décoratifs en 1917, ce travail remarquable et l’intérêt qu’il suscite le persuadent de se remettre sérieusement à créer.

L’œil acerbe d’un caricaturiste

Muni d’un carnet, l’artiste croque les chanteuses de cabaret, comédiens et clients des cafés avec l’œil acerbe et amusé d’un caricaturiste, à l’instar de son ami Sem. Doué dans la pratique de la lithographie, de l’eau-forte et de la gravure sur bois, il signe également des natures mortes délicates et de superbes scènes en noir et blanc (un paysage enneigé scandé de troncs sombres, une femme penchée sous sa lampe…) évoquant les gravures stylisées et contrastées de Félix Vallotton.

Georges Hugo, Dora vue de Dos
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Georges Hugo, Dora vue de Dos, vers 1910

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Huile sur toile • 43 × 55 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais presse / Hervé Lewandowski

De qualité variable, ses autres œuvres affichent différents styles. Là, une plage bretonne évoque la touche d’un James Whistler, tandis que ses beaux pastels de paysages islandais (réalisés en 1902 lors d’une croisière en compagnie de l’explorateur Jean-Baptiste Charcot) [ill. plus haut] et son grand buisson d’hortensias peint au soleil rappellent plutôt des peintres scandinaves du XIXe siècle [ill. plus haut].

Un fin dans la misère

Difficile de ne pas songer à l’artiste danois Vilhelm Hammershøi (1864–1916) face à son magnifique portrait de dos de Dora, sa deuxième épouse pour qui il a quitté Pauline en 1898 : une nuque lumineuse, couronnée de mèches ondulées relevées en chignon, pleine de délicatesse et de mystère… : la plus belle peinture de l’exposition.

Criblé de dettes, Georges Hugo termine sa vie dans la misère, dans une petite chambre située dans un cercle de jeu parisien du quartier de la Madeleine. Mort en 1925, il lègue 600 œuvres et objets au musée fondé en 1902 dans l’hôtel particulier où vécut son grand-père, contribuant ainsi aux collections que les visiteurs peuvent y admirer aujourd’hui.

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Georges Hugo : L'art d'être petit-fils

Du 10 novembre 2023 au 10 mars 2024

www.maisonsvictorhugo.paris.fr

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