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L'ÉDITO DE FABRICE BOUSTEAU

Du rôle capital des cartels : regarder, lire, et puis enfin voir…

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Publié le , mis à jour le

À gauche, un urinoir ; à droite, un sexe féminin, vulve peinte en gros plan et qui me fait face ; puis un cercle de pierre ; et la photo d’une chambre d’hôtel annotée de quelques mots. Autrement dit, d’un côté le ready-made fondateur de l’œuvre de Marcel Duchamp, proclamant que même un objet manufacturé peut être une œuvre d’art selon la manière dont on l’envisage ; de l’autre lOrigine du monde ou la représentation toujours considérée comme scandaleuse d’un sexe féminin en gros plan par Gustave Courbet ; puis l’affirmation, avec quelques pierres en cercle, que la nature est de l’art et même du land art, chez Richard Long par exemple ; ou enfin celle que, comme Sophie Calle, on peut faire d’une histoire banale dans une chambre d’hôtel une œuvre d’art !

Est-ce qu’il suffit de regarder une œuvre pour la voir ? pour la comprendre ? Eh bien non, souvent les chefs-d’œuvre n’ont l’air de rien, et en les regardant on ne peut les voir, les ressentir si l’on ne connaît pas l’histoire qu’il y a derrière… Et quand on la découvre, quand on l’apprend, ce qui nous semblait banal et sans intérêt nous fait jouir, pleurer ou accéder à une connaissance qui nous emplit d’une humanité, d’une conscience jusqu’alors inconnue. Il faut le dire et le redire aux imbéciles qui répètent sans relâche que le vrai « art » est celui qui « touche » immédiatement, crée de l’émotion sans qu’il y ait besoin de commentaires. Cela arrive parfois.

Une expérience menée par des neuroscientifiques

« Je suis vraiment opposé aux commissaires d’expositions qui refusent de mettre à côté des œuvres des cartels. »

Mais si les Van Gogh, Picasso, Monet sont tant vénérés aujourd’hui, alors qu’ils ont été détestés par leurs contemporains, c’est parce qu’on les a commentés, expliqués pendant des décennies. Aujourd’hui les musées, les centres d’art ne cessent de proposer des « médiations » sur les œuvres, c’est-à-dire qu’ils invitent les visiteurs à parler avec des médiateurs qui leur racontent ce qu’ils sont en train de voir dans l’exposition.

Et a priori ils ont raison, comme le révèle le fabuleux mensuel scientifique Epsiloon, qui titre dans son dernier numéro : « Les tableaux sont plus beaux quand on lit l’étiquette » ! L’article relate une expérience menée par des neuroscientifiques de Philadelphie, démontrant que, lorsqu’on explique la signification des œuvres de Jackson Pollock à des gens qui ne connaissent pas son travail, ils les « trouvent plus belles, plus intéressantes et plus émouvantes » qu’au premier regard !

Pour voir, il faut regarder, se documenter et réfléchir. On apprend à l’école à parler, à lire, à écrire mais pas à voir, alors que notre monde est image. L’art est plus beau à voir quand on sait. Je suis vraiment opposé aux commissaires d’expositions qui refusent de mettre à côté des œuvres des cartels, des textes explicatifs, prétextant qu’il incombe aux visiteurs de chercher seuls le sens d’une peinture, d’une sculpture, etc., alors qu’eux-mêmes ont travaillé longtemps pour les appréhender. Il ne suffit pas de regarder, il faut comprendre et lire pour voir !

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