Le musée Sérusier à Châteauneuf-du-Faou, 2025
© ville de Châteauneuf-du-Faou
Avez-vous déjà entendu parler de Châteauneuf-du-Faou ? Nichée entre les monts d’Arrée et les montagnes Noires, dans le Finistère, cette petite commune rurale de 3 700 habitants entourée de beaux paysages verdoyants a été la ville du célèbre initiateur du groupe des Nabis, Paul Sérusier (1864–1927), qui y a vécu 30 ans avec sa femme Marguerite (1879–1950), elle aussi artiste. Un atout culturel dont s’est emparée la municipalité, qui vient d’inaugurer le 21 juin un musée consacré aux deux peintres, afin de redonner par la même occasion « une notoriété à son épouse, longtemps restée dans l’ombre ».
C’est en 1893, après des séjours à Pont-Aven et au Pouldu, au cours desquels il a rencontré Paul Gauguin, que Paul Sérusier découvre Châteauneuf-du-Faou. Sous le charme de ces paysages vallonnés habités par des légendes celtiques, l’artiste y séjourne chaque été pour y travailler, avant de s’y installer définitivement en 1906, et d’y être rejoint par Marguerite en 1912. Il y signe de nombreux tableaux représentant des Bretonnes en habit traditionnel vaquant à leurs occupations, des paysages, et même des licornes et un korrigan dans la forêt de Brocéliande. Entre 1914 et 1918, il y laisse aussi sa marque avec des fresques (restaurées en 2020) dans le baptistère de l’église Saint-Julien-et-Notre-Dame.
Dans l’espoir d’ouvrir un jour un musée, la commune achetait et mettait de côté depuis 1978 des œuvres des Sérusier et de leurs amis, dont Paul-Élie Ranson, Armand Seguin, Georges Lacombe et Émile Bernard. En 2015, un événement accélère les choses : une habitante de la commune, Suzanne Yvinec, fait don à la ville, lors de son décès, de tous ses biens – parmi lesquels une maison et 80 œuvres, comprenant deux tableaux de Sérusier – d’une valeur totale de plus de 440 000 euros, à la seule condition que ce legs contribue à la création d’un musée local dédié au peintre. Avec l’argent reçu, la municipalité acquiert alors aux enchères pour 54 000 euros Autoportrait à la barbe rutilante (1907–1908), et commence à réfléchir à la création de l’établissement. Il faudra néanmoins attendre encore près de dix ans pour qu’il voie le jour…
Paul Sérusier, Autoportrait à la barbe rutilante, vers 1907 et 1908
Huile sur toile • 72 × 93 cm • Coll. musée Sérusier, Châteauneuf-du-Faou • Photo Musée Sérusier / Bernard Galéron
Après deux ans de travaux, l’écrin se dévoile enfin : trois maisons anciennes de la fin du XIXe siècle situées au cœur de la ville et reliées grâce à une extension contemporaine en bois conçue par l’architecte Sarah Taburet de l’agence brestoise l’Atelier de l’île, pour une surface totale de 565 m², dont 230 m² d’espaces d’exposition permanente et temporaire. Sur les plus de 200 œuvres (peintures, dessins, estampes, objets…) de la collection amassée au fil des ans – qui comprend 52 œuvres de Paul Sérusier et 52 de sa femme Marguerite (une parité parfaite) –, 150 sont exposées, réparties dans huit salles. Une projection immersive raconte également les décors réalisés en 1912 par Sérusier sur les murs de sa maison de Châteauneuf-du-Faou, inscrite monument historique mais impossible à visiter car en mains privées.
« Un musée en milieu rural consacré à des artistes reconnus, c’est un progrès pour le Centre-Bretagne », s’est réjoui le maire, Tugdual Braban, lors de l’inauguration. Pour son ouverture, le musée présente l’exposition « Musée Sérusier, la collection dévoilée » (jusqu’au 4 janvier 2026), rassemblant des œuvres du fonds communal et des prêts de collections publiques et privées. Le coût total du projet : 3,53 millions d’euros, qui ont été financés à hauteur de plus d’un million par des subventions publiques. L’objectif est d’attirer entre 10 000 et 15 000 visiteurs par an et de décrocher la fameuse appellation « musée de France ».
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique