Pour un « curator », un « commissaire d’exposition » ou un « directeur artistique » – peu importe le nom qu’on lui donne –, impossible aujourd’hui, que ce soit en Europe ou ailleurs, de concevoir une exposition sans au minimum 30 % de femmes artistes, le seuil requis étant plutôt de 51 % pour se prévaloir de toute critique a priori sur le projet curatorial.
Aucune loi ne l’y oblige, mais voilà désormais cette règle établie au regard des évolutions de la société, les femmes artistes ayant été longtemps oubliées, déconsidérées voire moquées dans une histoire de l’art dominée et dirigée par les hommes. On ne peut que se réjouir de voir, ce mois-ci, l’élection des plasticiennes Tania Mouraud et Nina Childress à l’Académie des beaux-arts. Ou de constater la multiplication du nombre d’événements consacrés à des femmes artistes jusqu’alors peu exposées. Heureuse mais tardive prise de conscience.
Alors que les nationalismes font florès, il faut rappeler que c’est avec la mondialisation du commerce des années 2000 que l’art est devenu moins occidentalo-centré, s’ouvrant à de nombreuses scènes artistiques d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Amérique latine. Cette relecture de l’histoire de l’art indispensable se poursuit aujourd’hui, comme en témoigne notre reportage à la biennale de Sydney, où les artistes aborigènes acquièrent enfin une reconnaissance internationale égale à celle d’autres créateurs contemporains.
Pour autant, faudrait-il instaurer des quotas d’artistes en fonction de leur origine géographique, voire sociale, ou de leur genre ? Pour ma part, j’y suis profondément opposé : concevoir une exposition est un acte de création qui doit être aussi libre que réaliser un film ou écrire un livre. Le fait que fumer un joint soit puni par la loi n’interdit en rien un écrivain, un artiste ou un réalisateur de se saisir du sujet pour imaginer un protagoniste faisant du prosélytisme en faveur du cannabis. Les artistes, écrivains, réalisateurs doivent être jugés au regard de leur créativité et de la qualité de leurs œuvres et non en fonction de la place qu’ils accordent aux femmes, hommes, Noirs, Blancs, hétérosexuels, LGBTQIA+, africains, européens, etc.
Instaurer des quotas signerait, à mon sens, la mort de la création et une atteinte à nos libertés.
Or, de nombreuses voix appellent aujourd’hui à l’instauration de quotas de diffusion. Certes, en France, la loi du 30 septembre 1986 imposant sur les radios publiques et privées une proportion d’au moins 40 % de chansons en langue française avait réussi à sauver de la faillite de nombreux labels et artistes hexagonaux. Tout comme le système d’avance sur recettes protège le cinéma français. Faut-il à présent, comme le suggèrent plusieurs études, que tous les établissements culturels français, y compris pour les arts visuels et les arts vivants, accordent davantage de place aux artistes nationaux – car ils le font moins, globalement, que leurs homologues européens et surtout américains ?
Sans doute, car il est vrai que notre tradition universaliste nous a incités à privilégier l’accueil de tous les mondes et à peut-être moins valoriser la scène française. Mais instaurer des quotas signerait, à mon sens, la mort de la création et une atteinte à nos libertés. Si l’on décrète demain que les musées et centres d’art doivent présenter au moins 50 % d’artistes français, faudra-t-il ensuite qu’en Bretagne soient exposés 50 % d’artistes bretons?
L’art n’a rien à voir avec la nationalité ou l’origine géographique, ni même avec le genre. C’est une question d’humanité. Faisons confiance à notre conscience, à nos exigences, à nos libertés d’humains! Battons-nous pour nos libertés artistiques sans quotas, pour notre liberté de pensée, de fraternité et d’égalité !
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