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Grande sculptrice du XXe siècle, Germaine Richier (1902–1959) développe d’abord une œuvre réaliste puis des figures hybrides dans les années 1940, notamment ses célèbres femmes-insectes. Partageant sa vie entre Paris et Zurich, elle expérimente de nombreuses techniques et introduit la couleur dans ses sculptures. L’une de ses œuvres, un Christ, est connue pour avoir déclenché la querelle de l’art sacré à la suite de son installation dans l’église d’Assy (Haute-Savoie) en 1950. Mondialement exposée et reconnue, elle livre sa dernière œuvre, L’Échiquier, en 1959, l’année de sa mort.
Agnès Varda, Germaine Richier dans son atelier, mars 1956
photographie • © Adagp, Paris, 2022 © succession Agnès Varda
« J’ai envie que mes statues soient gaies, actives. »
Un intérêt précoce pour la figure
Née dans les Bouches-du-Rhône, Germaine Richier entre à l’École des beaux-arts de Montpellier en 1920. Elle intègre la classe d’un ancien praticien de Rodin, Louis-Jacques Guigues. À cette époque, elle sculpte des représentations réalistes du corps humain. Cet intérêt pour la figure ne la quitte jamais.
L’enseignement de Bourdelle à Paris
Installée à Paris, Germaine Richier est l’élève particulière d’Antoine Bourdelle entre 1926 et 1929. Elle apprend à composer sa sculpture en architecte, suivant la leçon du maître. Elle abandonne ainsi certaines conventions venues du passé, notamment le contrapposto, ancrant fermement ses personnages au sol. En 1929, elle épouse le sculpteur suisse Otto Charles Bänninger. Dix ans plus tard, à la déclaration de la guerre, le couple s’installe à Zurich. Germaine Richier enseigne la sculpture et côtoie Jean Arp et Alberto Giacometti.
Une vision tragique marquée par la guerre
Bouleversée par les drames de la Seconde Guerre mondiale, Germaine Richier s’interroge sur la représentation de l’humanité. Sa vision devient tragique, et l’artiste se détache du réalisme. À partir de 1944, les corps qu’elle sculpte deviennent des personnages hybrides, exprimant la part de bestialité qui existe dans l’homme. Les animaux qui entrent dans ses créations sont inquiétants, porteurs de mythes, à l’image de la mante religieuse. Dans les années 1950, elle incorpore des fils métalliques dans ses compositions.
Détruire la forme pour mieux la faire renaître
Tout comme Giacometti, son contemporain, Germaine Richier explore différentes techniques et matériaux. Elle modèle la terre et le plâtre, détruisant la forme pour mieux la faire renaître en évitant tout naturalisme. L’artiste expose beaucoup à travers l’Europe, expérimente la gravure et l’illustration. À partir de 1951, elle introduit la couleur dans ses œuvres sculptées et reçoit le premier prix de sculpture à la Biennale de São Paulo.
Vers l’abstraction
Divorcée en 1954, Germaine Richier se remarie avec l’écrivain René de Solier. Ses œuvres tendent de plus en plus vers l’abstraction. L’artiste innove toujours, introduisant des matériaux inhabituels dans ses sculptures, tels que des os de seiche. Alors que sa carrière culmine, Germaine Richier, malade, décède à Montpellier en 1959.
Germaine Richier, La Chauve-souris, 1946
Bronze naturel nettoyé • 91 × 91 × 52 cm • © Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / ADAGP, Paris, 2023 / Photo Frédéric Jaulmes
La Chauve-Souris, 1946
Empruntant des titres animaliers, Germaine Richier sculpte des figures féminines dont le thème est l’hybridation. Depuis son enfance, l’artiste est passionnée par la nature et les insectes. Elle sculpte ainsi la Chauve-souris, mais aussi L’Araignée ou La Mante. Ces silhouettes sont inquiétantes, inspirent parfois de la terreur et de l’appréhension. Pour réaliser la Chauve-Souris, Germaine Richier utilise pour la première fois de la filasse, plongée dans le plâtre, devenant une forme de résille. L’œuvre fut ensuite fondue en bronze.
Germaine Richier, Le Christ, 1949–1950
bronze • 45 cm • Eglise Notre-Dame-de Toute-Grâce, Assy (Haute-Savoie) • © Pascal Lemaitre. All rights reserved 2023 / Bridgeman Images
Le Christ, 1950
En 1949, Germaine Richier reçoit la commande d’un Christ pour l’église d’Assy. L’artiste réalise une œuvre qui déroute le public : son Christ est émacié, aux bras démesurés, sans détail anatomique. Il incarne la souffrance davantage que l’espérance ou le salut de l’âme. Si André Malraux l’admire, l’évêque d’Anneçy la déclare choquante et inacceptable. L’œuvre déclenche une véritable querelle. L’art sacré doit-il être figuratif ou peut-il toucher à l’abstraction ? Peut-il être l’œuvre d’artistes non-pratiquants, voire athées ? Le Christ de Germaine Richier n’est remis en place qu’en 1969.
Germaine Richier, L’Échiquier, grand (au jardin des Tuileries), 1959
© GARDEL Bertrand / hemis.fr
L’Échiquier, grand, 1959
Cette installation de cinq sculptures monumentales au jardin des Tuileries met en scène les personnages d’un jeu d’échec : le roi, la reine, le cavalier, le fou et la tour. Il s’agit d’un agrandissement d’un petit échiquier conçu par l’artiste en 1955. L’œuvre exprime une partie en cours, mais les pièces sont immobiles et indéplaçables. Les silhouettes des personnages, faméliques et déroutantes, sont à la frontière entre figuration et abstraction.
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