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Matthias Grünewald en 2 minutes

En bref

Le Retable d’Issenheim est son chef-d’œuvre ! Matthias Grünewald (1475/80–1528), le maître de Colmar, est l’un des plus grands peintres allemands de la fin du XVe siècle. Contemporain d’Albrecht Dürer, d’Hans Holbein et de Lucas Cranach, il appartient à la génération des derniers primitifs, à la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance. Son œuvre, d’une expressivité remarquable, entre iconographie chrétienne et fascination mystique, est l’une des plus singulières de son époque.

Anonyme, Portrait de Matthias Grünewald
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Anonyme, Portrait de Matthias Grünewald

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Coll. Sammlung Archiv für Kunst und Geschichte, Berlin • © akg-images

On a dit de lui

« Le plus forcené des réalistes. » Joris-Karl Huysmans

Sa vie

Nous ne sommes pas réellement sûrs que Matthias Grünewald soit son véritable nom ! La vie de ce peintre recèle de nombreuses zones d’ombres, dont les premières sont sa date et son lieu de naissance. Il est communément admis qu’il vit le jour en Bavière. Les documents les plus anciens, le mentionnant non à titre de peintre mais d’ingénieur hydraulique, lui attribuent notamment le patronyme de Gothart. Ce n’est qu’au milieu du XVIIe siècle que l’historien de l’art Joachim von Sandrart l’identifie comme Matthias Grünewald.

D’abord responsable de travaux hydrauliques au service de l’archevêque de Mayence, Grünewald est désigné au cours des années 1510 comme peintre de retable. Il semble qu’il aurait pu collaborer à une œuvre de Dürer, mais sans rencontrer le maître. Le chef-d’œuvre de Grünewald, de toute évidence, est le Retable d’Issenheim, une œuvre complexe à doubles volets achevée en 1516. Elle fut réalisée pour l’hôpital des Antonins, alors que sévissait une épidémie de gangrène sévère (« le mal des ardents » ou « feu de saint Antoine »).

Le Retable d’Issenheim assura manifestement à Grünewald une grande renommée. À la mort de l’archevêque de Mayence, son protecteur, il rejoint la cour du cardinal Albert de Brandebourg, à Aschaffenbourg, non loin de Francfort-sur-le-Main. Grünewald évolue dans un climat luthérien. Encore sollicité pour des travaux hydrauliques, l’artiste se partage entre la pratique technique et la peinture religieuse. Se déplaçant à travers le pays, il décède dans la Saxe, à l’âge probable de 53 ans.

Le style de Grünewald est marquant en raison de son réalisme pathétique. Au XIXe siècle, le romancier et critique d’art Joris-Karl Huysmans s’est passionné pour cet artiste alors presque oublié. Il lui accorde une place primordiale au sein de l’école des primitifs allemands. Huysmans a souligné l’importance du retable d’Issenheim au sein de l’histoire de l’art, en particulier le panneau central représentant la Crucifixion. Grünewald traite les corps de façon tragique, accentuant les rides, les failles, les contours, tout comme il le fait dans les paysages. L’artiste est mû par un profond mysticisme (il était d’ailleurs adepte de la chiromancie), et sa palette de couleurs se révèle flamboyante.

Ses œuvres clés

Matthias Grünewald, Le Christ aux outrages
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Matthias Grünewald, Le Christ aux outrages, 1503 – 1504

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Huile sur panneau de bois • 109 × 74,3 cm • Coll. Alte Pinakothek, Munich

Le Christ aux outrages, 1503–1504

D’une grande cruauté, cette scène annonce la Crucifixion à venir. Le Christ, relégué dans un angle, est aveugle. Il subit la violence de ses bourreaux, représentés de façon grotesque. L’un d’eux s’apprête à lui asséner un coup violent. Son énergie contraste avec l’immobilité de Jésus, pleurant derrière son voile. C’est une image douloureuse et pathétique, mais qui invite le spectateur à adopter la même attitude que le Christ : cultiver la compassion en partageant ses souffrances.

Le Retable d’Issenheim (polyptique)

Matthias Grünewald, Le Retable d’Issenheim fermé : saint Sébastien, la Crucifixion, saint Antoine et la Déploration
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Matthias Grünewald, Le Retable d’Issenheim fermé : saint Sébastien, la Crucifixion, saint Antoine et la Déploration, 1512–1516

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Tempera et huile sur bois • 269 × 307 cm • Coll. musée Unterlinden, Colmar • © Musée Unterlinden, Colmar

La Crucifixion (retable fermé), 1512–1516

Cette œuvre d’une expressivité brutale représente le sauveur sur la Croix, le corps décharné et torturé, entouré de la vierge défaillante et de saints. Ses mains aux doigts écartelés, excessivement tendus, traduisent sa douleur. Ses pieds, tordus, ne sont plus que des lambeaux de chair. L’œuvre de Grünewald s’inscrit dans le Moyen Âge finissant. Elle fut peinte pour un hôpital dans le contexte d’une vague épidémique tragique. Le Christ est représenté à l’image des malades et offre une image parabolique des souffrances humaines.

Matthias Grünewald, Retable d’Issenheim : Visite de saint Antoine à saint Paul ermite (panneau de gauche), Agression de saint Antoine par les démons (panneau de droite)
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Matthias Grünewald, Retable d’Issenheim : Visite de saint Antoine à saint Paul ermite (panneau de gauche), Agression de saint Antoine par les démons (panneau de droite), 1512–1516

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Tempera et huile sur bois • 269 × 307 cm • Coll. musée Unterlinden, Colmar • © Musée Unterlinden, Colmar

La Tentation de saint Antoine (deuxième ouverture), vers 1515

La Tentation de saint Antoine est une scène inspirée de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Ici, Grünewald n’a rien à envier à Jérôme Bosch, tant les monstres, les créatures et la fureur qui se dégage de l’image plongent le spectateur dans un monde fantastique, rempli d’épouvante. Le saint est allongé, les cheveux tirés, tentant de résister aux visions qui l’assaillent. Là encore, certaines créatures présentent des moignons et pustules caractéristiques des symptômes du feu de saint Antoine.

Par • le 14 septembre 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Matthias Grünewald

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